LETTRE XXX
A LA PRIEURE DES RELIGIECSES CARMÉLITES
De la dévotion à la Vierge et à l'enfance do.
Jésus.
La grâce do Jésas-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. La dévotion que vos novices ont à la très-sainte Vierge est une Ijénédiction particulière que vous devez conserver et augmenter en leur esprit. Souvenez-vous qu'elle est plus honorée de son Fils que de toutes les créatures ensemble, comme elle est plus connue de son Fils que de toutes. En l'honneur de cet honneur immense, que le Fils rend à la Mère, et la Mère au Fils, ce qui fait un chœur et un ordre à part dans le ciel, faites honorer et le Fils et la Mère par les âmes de votre maison, qui doit être comme un ciel en la terre, et doit imiter en la terre ce qui se passe au ciel.
Souvenez-vous de la solennité que l'Eglise nous présente en ces jours-ci,, et offrez à Jés»js-Christ enfant, nouvellement né pour notre amour, toute la sensibilité et affection de votre âme, sachant que c'est un des hommages que nous devons lui ofl'rir en sa naissance. Sa croix, sa passion et sa mort demandent de nous une autre sorte d'hommage et de reconnaissance : mais sa naissance re- (juiert de nous proprement celui-là. Et comme il commence à vivre pour nous une vie humaine et sensible, il lui faut offrir et consacrer toute notre humanité et sensibilité, et n'en réserver, ni pour nous, ni pour aucune créature. Je le supplie d'être avec vous pour jamais, et nous donner à tous part à la simplicité et humilité de son enfance.
LETTRE XXXL
A LA PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMELITES
Jl lui propose les motifs dune octave de corn- ?nunion. La cliarge quon a des âmes requiert plutôt de faire pour elles devant Jdieu que de leur parler beaucoup. Ceux qui en ont la charge les doivent porter en leurs cœurs.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Je vous écrivis par le dernier messager, mais sans avoir vu ce t[ue vous aviez mandé à N. j)our m'envoyer. J'approuve en vous la communion (juotldienne jusqu'à la fin de l'octave du très-saint Sacrement, et vous prie de la faire on esprit d'abaissement et d'hommage au fardeau que Jésus a porté pour les âmes, et on esprit d'adhérence à Jésus, et de dépendance de son vouloir et de son pouvoir sur vous, connu ou inconnu à votre âme ; en esprit encore de participation au fardeau qu'il lui plaira imposer à votre âme, sans limite, sans choix, sans différence. Etablissez-vous es dispositions proposées en notre leltrc précédente. Priez- et souffrez pour les âmes : et après Jésus et sa très-sainle Mère, ayez les présentes en votre âme, non tant pour leur parler beaucoup, que pour les édifier et les |)Orter devant Jésus et sa trèssainle >^ère, à qui ils appartiennent. Je dis
CAUDl>AL DE BEULLLE.
les porter, cl en votre âme devant eux, et à eux, comme vous référant, et tout ce qui est on vous, à Jésus et à Marie. Et ces âmes doivent être encloses en vous, et sont comprises dans l'étendue et la circonférence do votre âme, puisqu'elles vous sont commises. Cette voie intérieure réprime beaucoup les imperfections de la nature; et en faisant et parlant peu, fait beaucoup, et opère et obtient beaucoup pour lésâmes. Je 'supplie Jésus et sa très-sainte Mère, dans l'étendue et circonférence desquels nous sommes aussi enclos et compris, vous faire entendre, ou plutôt pratiquer cette manière : et pour vous y mieux disposer, honorez Jésus, inconnu sur la terre, cheminant sur la terre par l'espace de trente ans, sans parler, sans opérer miracles, et portant durant tout ce temps-là le monde et les âmes en soi-même devani Dieu son Père. Si vous trouvez à propos de faire voira N. ce petit mot, pour la part que je désire qu'elle ait en cette pratique, pour le regard de celles qui lui sont commises, j'en serai bien aise, à cause que je ne lui écrirai par ce voyage, lui ayant écrit par le dernier. Je désire qu'elle m'écrive, et vous remercie du soin que vous avez de sa santé. Continuez et augmentez en liaison mutuelle en l'honneur des liaisons de Jésus et de Marie; et ne donnez aucune entrée volontairement aux sujets de moindre union et correspondance qui se pourraient présenter. Je désire cet esprit d'union entre vous deux, autant qu'il m'est possible, en l'honneur de l'union que Jésus daigne avoir avec les siens, et qu'il a demandée à Dieu son Père, en saint Jean xvii, 23, avec tant d'efficace en sa [)rière divine et admirable, allant à la mort : Ego in eis, et tu in me, ut sint consuma mati in iinum. Jésus et Marie soient avec vous pour jamais.
LETTRE XXXIL
À UNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMELITES
Du pouvoir que Dieu donne à l'esprit malin d'exercer ses œuvres.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Je prévoyais bien que les délais survenus en l'affaire de N. avaient quelque chose de plus qu'humain , et étaient préparés sous divers prétextes par l'esprit malin , pour tomber dans le temps de la permission qu'il avait de traverser l'œuvre. Car les œuvres de Dieu ont leur temps et leurs moments ordonnés par la Providence ; leur temps de bénédiction, et leur temps de traverse; leur temps d'enfance, et leur temps de progrès. Et ces temps et moments sont ordonnés par la divine Providence, à laquelle et les diables et les hommes sont sujets : et souvent faute de lumière ou de conduite humble et soumise à Dieu qui est l'auteur de ses œuvres, et faute de nous rendre à ses inspirations secrètes, nous tombons dans le temps de la permission de Dieu, et des difficultés préparées par res]irit, qui n'a plus autre charge en la
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