LETTRE LX
k UNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMÉLITES.
Lusdqe principal que nous devons faire des mystères du Fils de Dieu est un profond abaissement devant leur grandeur. La nature nous inquiète el la grûce nous abaisse en toutes choses.
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur soil avec vous pour jamais. Je viens de recevoir, ce '26 mars^ votre lettre, écrite du
18du [irésenl; quand je l'aurais reçue plus ifli il Mi'élail impossible d'y saiislnire. Dieu mo donne ici des liens qu'il no m'est pas [lermis de rompre. Et puisque c'est lui-mômo qui met cet empêchement, il a ordonné quel- (|uc autre voie pour rcmétJier à voire besoin. Nous la devons rc( hercher en lui-mAmc el dans le* mystères (jue ce saint lem|)s nous repréiente; il nous faut beaucoup d'humililé, d'oubli et de délaissement de nousmêmes, pour lui f.iire la place en notre es|»rit que mérite sa ^rranueur et que requièrent les .niystèrfs (pii sont honorés en ces saints jours. Notre même faiblesse nous doit servir de sujet pour entrer en cet esprit d'humililé ; c'est le fruit que nous en devons recueillir, c'est l'usage que nous en devons faire, et non j»as d'entrer par notre faiblesse en l'oine et en inquiétude. C'est l'usage ordinaire que fait la nature déréglée, mais l'usage de la grûce est tout autre ; et son pro[)re est de tirer en nous de toutes choses un abaissement profond et continuel d'esprit devant Dieu. La grâce lire en nous cet effet non-seulement de nos [iropres défauts, mais encore des grâces de Dieu même; le j)ro[tre de l'esprit de Dieu étant de convertir tout ce qui est en nous à un saint abaissement et parfait dépouillement de nousmêmes, qui rend tout à Dieu, et n'approfirie rien à soi que le néant et le .jiéché. L'âme ainsi conduite de cet es[)rit de Dieu s'abaisso en tout, ne s'élève en rien, et demeure toujours cajiable d'être visitée de Dieu, et remplie de nouvelle grâce sans qu'elle l'aperçoive. Je supplie Notre-Seigneur Jésus et sa très-sainte Mère vous donner la conduite de cet esprit, esprit d'humilité, qui est l'esprit propre de Jésus et de Marie, et l'esprit qui paraît dans l'abaissement de l'incarnation el de la croix, que ce saint mois nous représente. Plaise à Jésus Notre-Seigneur el sa très-sainte Mère réi)andre cet esprit sur nous el sur tout l'ordre. Je suis en eux. De Paris, ce 26 mars.