‹ Œuvres complètesChapitre 337 sur 540 · LETTRE LXXXI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXI

A l'NE RELlGIEtSE DES CAU.VlÉUTES DE LA CON- GKÉGATION DE FRANCE , QLI FIRENT EN- VOYEES EX FLANDRE POUR Y FONDER.

Dieu est l'unique objet de notre vie. Aolre ouvraije en la terre est la perfection de notre âme. Notre vie est appelée course, et nous devons courir vers Dieu.

La paix de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Le désir que j'avais de me consoler ivec votre âme et celles de toutes vos sœurs m'avait fait espérer que je pourrais aller en Flandre vous voir toutes; mais il n'a pas plu à Dieu de me donner ce contentement, avant été retenu de [>lusieurs sujets qui ne dé|>eiuient de moi , et au>si de quelques infirmités qui m'ont empêché même de pouvoir aller jusqu'à Amiens, encore que ia bonne Mère Isabelle des Anges Teù^

(toi) Cunuiii caHi$ur-'ivaii. [U Tint, iv, 7.)

LUilKLSES CAUMF.LITES. < liO

beaucoup désiré. Nous avons snf»plié M. (iallement d'y faire un voyage ilnns queloue peu de temps, et vous parler à toutes et dispo.-,cr de vous, selon ce qu'il avisera avec vous-même. Cependant je vous [)ric de vous souvenir que vous n'avez aucun objet à posséder m sur terre ni sur les cieux, que Dieu ; que vous n'avez aucun ouvrage à accom|dir en celle vie de travail et de misère, que la perfection de votre âme, qui consiste en l'abnégation continue do vous-même, et en l'amour parfait envers Dieu ; que Dieu vous porte une si grande bienveillance, qu'il ne veut point q\ie vous ayez un autre objet h vous occuper ici-bas cl 5 vous béatifier au ciel, que celui même duquel il jouit et s'occupe de toute éternité, c'est-àdire son essence et sa divinité; que nous sommes tous grandement coupables d'être appelés à nous occuper de cet objet divin en celte vie , et 5 jouir d'icelui en l'autre, qui sert doccupalion et de béaiiiude à la tres-sainle Trinité, et ce nonobslanl travailler souvent moins pour icelui, que les njondains ne travaillent ai)rès la poursuite de leurs vanités el de leurs passions, et nous avancer si jieu, que les mois et les années s'écoulent presque sans différence, et que l'on le tient môme à bonheur, si c'est sans déchet et diminution des grâces précédentes. Ne faites pas ainsi , ma sœur, cheminez toujours à grands pas vers Dieu, et remarquez que J'esjirit de Dieu appelle la voie des âmes saintes qui tendent à lui,, une course (loi) , comme nous témoignant par ce. terme qu'il ne faut pas seuleiuent cheminer, mais courir en la voie de Dieu, à l'exemple de celui qui ne s'est }>as contenté de venir seulement à nous , mais il a voulu venir en course et eu démarche de géant , c'est à savoir Noire-Seigneur Jésus- Christ, duquel vous chantez souvent ce verset de David : Exsultavit ut gigas ad currendam viam. (Psal. xviii, 6.) imilez-le en ses voies, contemplez-le en ses n^ystères ,, invoquez-le en vos misères : et après lui avoir re[)résenlé vos nécessités spirituelles et l'état de son Eglise, faites-lui quebjues {)rières pour les besoins qui nous environnent. Je suis en lui à jamais.

LETTRE LXXXIL

A UNE RELIGIEUSE CARMÉLITE

Jl lui ordonne de recourir et se dédier à la pureté de la divine essence et des personnes éternelles de Jésus et de Marie , pour être préservée de l'impureté spirituelle, que son humilité lui faisait craindre , au regard de ce qui se passait en elle de la pari de Dieu.

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pnur jamais. Je n'ai loisir de vous écrire par cette voie. Soyez en repos de tout le contenu en vos deux lettres , ce sont opérations divines, csquelles en humi-

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OELVKliS COMPLETES DU CARDINAL DE B?:KULLE.

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lité et simplicité, en pureté d'esprit et abandon de vous h Dieu, il vous faut délaisser, et ce sera l'humilité et la grâce de Dieu, et non pas votre crainte qui vous préservera. Dédiez-vous et consacrez-vous au Père éternel, pour être préservée ))ar lui de toute mipureté spirituelle en ces effets. Dédiezvous encore à la pureté de sa divine essence, à la pureté de ses processions éternelles, à la pureté de sa divine résidence. Oh! quelle jjuielé en la génération de son Fils uni(]uel oh 1 quelle pureté en la procession du Sainllilsprit ! oh î quelle pureté en la résidence du Fils au Père, du Père au Fils, du Père et du Fils au Saint-Esprit ! Adorez encore le Père éternel en celte troisième sorte de pureté, qui est en la résidence réciproque du Père au Fils, et du Fils au Père : Ego in Pâtre, et Pater in me. (Joan. xiv , 11.) Je ii'improuve pas la crainte que vous avez , mais j'en exclus l'inquiétude, et désire que votre crainte soit plus divine qu'humaine, c'està-dire soit plus émanée et opérée de Dieu en vous, que non pas prise {)ar vous-même. Car vous devez reconnaître l'état de votre voie être tel, que c'est de Dieu et de ses saintes opérations que vous devez attendre délivrance de ce péril, et non de votre industrie, trop faible et impuissante, et trop aveugle pour avoir effet sur cet état. Moins vous pouvez vous préserver par vousmême, plus devez-vous recourir à Dieu, et vous commettre à sa puissance, à sa providence et à sa bonté , et rechercher en lui adhérence et participation à sa pureté éternelle. Jésus et sa très-sainte Mère, esquels celte pureté est singulièrement appliquée et communiquée , daignent nous l'obtenir pour jamais. Je leur demanderai pour vous, et je vous prie aussi de la leur demander pour nous.

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