AU MÊME
Il l'exhorte à redoubler les prières et les bonnes œuvres, contre une nouvelle persécution des catholiques d'Angleterre. — // a un soin très-particulier que les Pères qui sont en ces quartiers-là fructifient en tout bon œuvre, et répandent odeur de Jésus-Christ.
Mon révérend Père, la grâce de Jésus- Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. J'estime qu'il est à propos que vous fassiez tous les quinze jours, ou au moins une fois le mois, une exhortationauxdomestiques de la maison de la reine, soit que la reine y assiste, soit non ; carnous devons travailler à leur salut, etlesoindeleurannoncerlaparole de Dieu lait partie de notre devoir. Le Père N. ne doit pas y manquer tous les dimanches. Je vous prie d'avoir grand soin que tous nos Pèi es répandent une grande odeur d'édification, en toute cette petite Eglise naissante et militante, et les exhorter souvent à honorer le Fils de Dieu dans leurs ministères, à honorer sa croix par leur patience et charité, et à servir aux âmes qui portent de si longtemps cette rude croix de la persécution qui commence. 11 serait bon, commeje crois, de faire prières publiques pour l'apaiser. Car nous devons combattre par ces armes, c'est-à-dire par larmes et par prières, les fureurs qui allument ce nouvel embrasement. Il serait bon même que ces prières se fissent publiquement en la chapelle de la reine, et non-seulement en lanôtredeSaint- Jayme. Le roi et la reine mère sont fort mal satisfaits des auteurs de cette persécution, et je ne puis comprendre avec quel front ni quelle [irudence ils veulent offenser en un môme temps et la France et l'Espagne. Je prie Dieu venger sa querelle, et avoir })itié de ses pauvres serviteurs. J'ai peine de rendre si f)eu de service à Dieu en votre âme et en tous nos Pères, que j'ai d'autant plus présents en l'esprit, que je sais que portant, pondus diei el.œstus, s'ils se rendent à l'esprit de Jésus en travaillant à sa vigne, ils auront plus que le denier qui sera donné
LKTTRES. - II. - AIX l'UKTUKS DE LOftATOlUr
aux niilros. Jo vous cxliorle h roltsorvflnce (les rt''yUMii(>rils inléru-iirs, h la ri^cdllciiiou (le rojiril, nu soin (juo nous dcvotis tous avoir, (liî répatidir IV's|irit et l'odeur do Jésus, à la niodcslio cl iiiodénition ijui nous convient en toutes actions, et noinniéinent au pays où vous ôtes.
La maladie du IN'ie N. reni|i(\lie encore d'aller h N. et de donner lilierlé au I». I). do venir par deçà.: ce sont retardeinents <\uc Dii'u apporte, et il nous ohlige h dépendre de >es ordonnaïK'es et Ac. les. trouver meilleures (jue nos desseins et nos ordres particuliers. Jésus-Christ Notro-Seigneur et sa très-sainte .Méresoient avec nous tous, et nous disposentàraccomplissement parlait de leurs idinlej) volontés. Je suis en eux jjour jamais.
LETTRK CXLVII.
* IN P^.nE DE LOU.\TOIKE , EN ANCW.ETI.RKE.
i.i peine sur la nouvelle persécution des catholif/ues dWnt/leterre , et la lumiîre quH en avait eue avant partir de Paris pour y aller. — Les œuvres de Dieu ne se font que par la croix, et c'est à quoi se doivent ré' soudre ceux qui y travaillent. — // lui donne divers avis de la manière dont il se doit conduire. — Grande dépendance des ordres et de la conduite de Dieu, où nous devons être. — JVous nous devons contenter des moyens que Dieu nous donne.
Mon Père, la grdoe de Jésus-Clirist Notre- Seigneursoitavec vous pourjamais.Je ne dois uas employer ee papier è vous dire la douleur que j'ai du traitement qu'on lait aux catholiques, et de la peine que vous y avez. Elle m'est connue plus que je le vous mande , elle m'est sensible ; j'en sais les causes et origines, et si je l'ose vous le dire, elle m'a été prédite avant partir de France pour l'Angleterre. C'est une des croix qu'il faut [)ùrter et supporter, et avec moins de peine et sensibilité que vous ne faites. Dieu Yeul la croix et veut faire ses œuvres dans la croix, et par la croix fortifier nos âmes. Et il nous faut correspondre à ses desseins, non à nos humeurset sentiments. Continuez à travailler, à prêcher, à confesser, à donner bon exemple : Jn silentio et spe erit fortitudo nostra [Isa. xxx, 16), selon l'avertissement du Sage. Je n'omets [)as les remèdes que vous me proposez , encore que je ne vous réiionde [)as là-dessus et que je ne vous en éclaircisse pas; mais je vous ai déjà mandé en termes généraux que je fais ce que je dois et ce que vous désirez. Je ne manque à rien, et on m'écoute, et on me promet. J'ai fait venir le P. B. do cent lieues pour le voir et lui parler; mais Dieu l'appelle h un autre emploi , et nous devons ne pas suivre, ni vous vos pensées, ni moi les miennes; il faut suivre Dieu. Je fais tenir tout prêt le P. D., et au même temps qu'il doit partir. Dieu l'arrête par une rencontre inopinée; et il nous faut recourir à Dieu, qui conduit ses œuvres comme il lui plaît, et non comme il nous plaît : Dominus est, quod bonum est in oculis suis fàciat. (IReg.iii^
18.) Je fais tout ce que je puis pour liAivr ce ipie je crois utih; h votre sfjulagement. et Dieu le relarde. Il vous préserve de là peste au milieu de la peste . et en fait mourir deux de nos Pères aux Ardiliers, et plusieurs autres ailleurs. Son saint nom soil béni. Quant «u P. N., il peut satisfaire à l'ollice qu'on lui a de>tiné , pourvu qu'on lui donne un aide, il faut si: eonlenler des moyens que Dieu met en nos mains, et ne les pas négliger ni soupirer inulilemenl après des remèdes éloignés, que souvent nous trouvons inutiles, ot quelquefois môme pénibles (juand nous les avons. Dieu de rien fait quelque chose, et le serviteur de Dieu doit faire l'œuvre de Dieu de ce que Dieu met. entre ses mains : Moïse d'une vorge, Samson de la mâchoire d'un âne, (iédéon avcjc des pots cassés. J'ai pensé à à ce Ljui vous fait peine , et il m'a semblé que c est une providence de Dieu sur vous et sur nous , et cela [>our beaucoup de raisons que je vous [lourraisdire de vive voix, et serais trop long à écrire. Soyez en jiaix et en repos. Parlez oij vous devez , mais sans insister. Proposez, mais ne vous roidissez pas. Ce doit être notre manière d'agir, particulièrement en ce temps et en ce sujet.
LETTRE CXLVIIL
A UN PÈRE DE l'oratoire, EN ANGLETERRE.
// rexhorte puissamment à quitter ses raisons pour se rendre à l'exercice de la prédication dont il était requis. — Obligation de mourir à nos pensées, à nous-mêmes et à toutes choses, par hommage à la mort de Jésus.
Mon Père, la grâce de Jésus-Christ Notre- Seigneur soit avec vous pour jamais. Le temps saint du Carême qui approche, et le besoin qu'on a de vous en ce saint temps, ne me permettent pas de penser que vous vouliez délaisser sitôt cette Occupation que Dieu vous a donnée avec tant de témoignage de sa providence, et sur vous, et sur la congrégation. M. de Mende, à son arrivée, me dit comme il vous avait ouï une fin de sermon, et désirait que ce Carême vous eussiez un jour assigné à prêcher devant la reine, et je l'en ai remercié. Cela est venu de lui-même , et sans aucune induction ou industrie de ma part. N'écoutez pas, s'il vous plaît, si fort vos raisons; elles sont, à mon avis, d'un autre principe qui les suscite, qui les anime et leur donne couleur et apparence. Adorez Jésus mourant et perdant par cette mort une vie divine, et acceptez volontiers de mourir à vos raisons, et, mourant à si peu de chose. Dieu ne dédaignera j)as de recevoir de vous cette sorte de mort intérieure et spirituelle, en l'honncurdesa mort extérieure et copfiorelle. Je vous écris ceci en un vendredi, qui me rend cette mort de Jésus plus présente , et me fait désirer qu'elle vous soit vivement représentée, pour vous induire à mourir à vous-même, à vos pensées et à vos intérêts humains et
OEUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLa.