AL M^ME
Sur qnrlquet devoirs de sa nouvelle condition.
Mon Père, la gr/^( e d(» Jésus-fihrist Nolre- Seigncur soit avec vous pour jamais. Je vous envoie quantité de lettres écrites h MM. les cardinaux que je vous su[)plio prendre la peine do firébenter vous-même; j'achèverai le re^te, s'il [dalt h Dieu ; j'en ai autant î\ écrire en Frame fju'en Italie, et a mon avis, je mérite un [teu d'excuse, si en ce commencenjent je tarde h rendre tous les devoirs que je voudrais faire aussi [)onctueliement que vous le jugez convenable, s'il était en ma [>uis>ance. Je voulais écrire par celle voie aux révérends Pères de l'Oratoire de la Valiselle, mais il ne m'a (tas encore été (los.sible ; je suis obligé à |)lu>ieurs devoirs qui ne sonl [tas connus el qui co/icernent des sujets im|>ortants et essentiels, et je ne dois [tas y man(}uer [tour me rendre aux cora[)liments que je juge nécessaires, comme vous, mais de moindre considération et im[)ortance. Kt ce changement de condition m'est arrivé en un temps où il y a plusieurs sortes d'affaires fort pressantes. I^ vie de l'homme est courte, el il me semble que nous l'abrégeons journellement par quantité d'occu[)alions que je dirais volontiers peu utiles, si je n'étais retenu à juger d'une profession qui m'est nouvelle, et que je dois honorer par-dessus mes sentiments jtropreset [larliculiers, puisqu'elleapparlieni au Fils de Dieu et à son Eglise, et avec éminence; mais je puis bien dire que c'est une des fatigues de la condition nouvelle en laquelle il a [jIu à Dieu me mettre. Je la dois su[)[torter comme croix, mais je la dois porter toutefois et ne pas m'en exempter, comme je ferais aussi volontiers qu"au[taravaiit, si j'étais en condition |)rivée. J'ai regret de vous donner tant de part à ce fardeau, et vous rendre si [)eu d'édification et de service. Je sup[)lie Jésus et sa très-sainte Mère de sup- [tléer à tous nos manijuements, et vers vou» et vers la congrégation, et nous rendre tou* dignes, etc.
LETTRE CLIIL
▲ UN PÈRE DE l'oratoire.
Lequel il exhorte à porter en patience et dot^ceur d'esprit quelque petite traverse, et à s'occuper plutôt de Dieu et de Jésus- Christ.
Mon Père, la grâce de Jésus-Christ Notre- Seigneur soit avec vous [tour jamais. J'ai reçu el considéré les lettres que vous m'avei écrites; je serais marri (jue, pour la charité que vous rendez, vous reçussiez du dé[tlaisir, si cela même ne vous rendait plus conforme au Fils de Dieu qui a [tâti en bien faisant, et si cela ne vous donnait un moyen de [iraiiquer cet enseignement que l'esprit de Dieu nouii donne dans l'Ecriture, et q^e,
ŒUVRES COMI'LETLS DU CARDLNAL DE BERULLE.
je m'assure, vous enseignez vous-même aux autres, de vaincre le mal en bien (155). Je n'ai pas estimé à propos de donner votre lettre à N.,nar elle me semble un peu trop sensii)Ie et étendue, ef il faudrait en retrancher beaucoup pour la rendre au point où il est convenable pour l'éditicalion que vous devez répandre en vos lettres et en vos sentiments, aussi bien qu'en vos paroles. J'ai été bien aise que vous me l'ayez adressée, car en un autre temps, vous seriez vous-même marri qu'elle eût été donnée ; même il me semble que les deux lettres peuvent être plus bénigneraent interprétées, et puisqu'elles le peuvent, elles le doivent être par l'abondance de la chcirité, laquelle non cogitât maliim. {I Cor. xni, 5.) Je vous dis humblement et familièrement ce qu'il me semble que Dieu demande de vous, et que je pense avoir sujet de pratiquer quelquefois aust-i bien que vous en sujets semblables. Délivrez votre esprit de ces choses, elles sont trop petites pour vous arrêter; occupezvous de Dieu et de ses œuvres; oubliez ces traverses et vous contentez des actions, sentiments et passions du Fils de Dieu : Annuntia inter gentes studia ejus. {Psal. ix, 12.) Et croyez-moi qu'en la vallée de Josaphat ni eux ni vous n'aurez aucun sentiment de cela. Je supplie Notre-Seigneur Jésus-Chri:?t et sa très-sainte Mère, nous délivrer tous de nous-mêmes et nous reaiplir totalement de leur esprit, de leur puissance et de leurs effets salutaires. Je suis en eux.