‹ Œuvres complètesChapitre 440 sur 540 · LETTRE CCXXXII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXXII

 Vy SIEN AMI.

// le console sur la mort de sa fille. Je ne puis ignorer la f»erte que vous avez fait? d'une personne qui vous était si proche et si chère, et je dois prendre part à votre ainiclion et m'en condouloir avec vous. Mais je ne veux pas renouveler la jilaie en renouvelant la mémoire d'un sujet si sensible, que je ne la referme au même instant par des pensées dignes de votre piété et de ma condition. Dieu commande à la vie et à Ja mort, et c'est lui, dit un grand roi et un grand prophète, qui mortifie et qui vivilie ; mais la

OEU VRES COMPL, nS DE UÉRl ME.

m. A DIVKKSCS PERSONNES.

foi nous apprend, que dans la mort il redonne la vie h ce<ix qui sont h lui. Dieu est le (Iraiid des grands, et le Souverain des souverains , et Mailr<î absolu des petits et des grands. El corimie Maître, il fait de ses (réaiures ce qu'il lui plaît; mais sa bonté nous ol)lige à crriire que quoi qu'il en dispose, c'est pour leur plus grand bien si on le sait bien connaître. Dieu est ju^te et ne [•eut supporter aucun mal sans punition, et trouve assez de (juoi ()unir en nous ; mais il nous chAtie ici jiour nous récompenser ailleurs; et il ne tend pas des moindres ch.Uiments h nous tirer des [)lus grandes fautes et misères, et nous devons humblement ployer sous sa verge et sa correction, qui fait partie de sa conduite envers les siens, et s'afipelle en son école : Mrga dircclionis, tirga œquitalis; car elle est toujours accompagnée d'équité et de direction, et nous sert d'adresse en ses voies ; c'est un des effets de sa providence , qui sait bien détrem[ier la douceur des prospérités dans l'amertume des afllictions, pour nous déta- <;her des clioses basses et périssables, et nous mettre au chemin des faveurs et [)rosj)érités perdurables à jamais. Que si pensante ces vérités, Monsieur, votre douleur vous en divertit, souvenez-vous que Dieu l'a tirée de la terre pour la mettre au ciel, et que la qualité de père qui vous portait à l'aimer en terre vous convie à l'aimer dans le ciel. Si elle n'est plus à vous elle est à Dieu, à qui tout est et doit être pour jamais. Car soit que nous vivions, soit que nous mourrions, Domini sumus, ce dit l'.Apôtre. Elle est donc à Dieu dans l'état de la mort, et suivant cet oracle, nous devons être à Dieu dans Tétat de la vie, pour servir Dieu en servant nos maîtres; vous l'avez fait si dignement, que vous méritez de le faire encore longuement et heureusement. C'est le jugement et le souhait de ceux qui vous connaissent et honorent comme moi, qui suis.

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