AU BÉVÉRËND PÈRE PIERRE COTON , • DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
Mon révérend Père, Le voyage que j'ai fait depuis quelques mois en"Touraine, m'a empêché de recevoir vos lettres et d'y pouvoir répondre qu'à mon retour. Je vous supplie très-humblement de m'en excuser. Ce n'est pas que la distance des lieux ail rien diminué en moi de voire souvenir, au contraire, il me semble que vous m'êtes j)lus piésent, et la disgrâce de la cour me convie à honorer davantage vos travaux et à estimer votre retraite, qui a pour objet celui-là même que vous aurez pour unique en l'éternité. Je prise comme je dois l'occupation charitable de Marthe, mais j'honore beaucoup plus Madeleine, solitaire et adhérente à Jésus, et lorsqu'il est en terre et loisqu'i-1 est au ciel. O que celle âme me semble grande ! Que je souhaiterais savoir quelque chose de sa vie! que je trouve petit ce qui en est rapporté, hors Sun amour et son adhérence à Jésus I Il me semijlerait que c'a été une des rai étés et excellences de la terre, et un des plus grands effets du Fils de Dieu en icelle (je parle des effets particuliers), qui a voulu avoir celte âme à ses pieds, et là, réparer en elle cet amour sérai)hique perdu dedans le ciel, et [lerdu aux premiers séraphins. J'en conçois beaucoup plus qu'il ne m'est permis de mettre sur le jjapier, mais non pas plus que ce que je vous ouvrirais volontiers si j'avais le bien de vous voir. Si j'excède en la pensée proposée je le soumets à votre censure, et vous supplie m'en avertir et corriger. Je vous écris en son octave, mais avec peine du peu de liberté que j ai de penser à Dieu et à elle. Nous la solennisons d'octave parmi nous, et désire en dresser un Office comme celui de Jésus, et l'homélie d'Origène pourrait j servir, n'était qu'il me semble, que son nom n'est pas volontiers inséré dans l'Office ecclésiastique. Peut-être la pourrail-on employer pour leçons, aux seconds Nocturnes de l'octave, sans le nom mer. Si vous avez agréable de m'en dire votre avis , vous m'obligerez beaucoup.
L'affaire qui regarde M. V. N. ne me semble pas être en sa saison. Je le dis pour le regard de la disposition de l'esprit qui, à mon avis, pense à se pourvoir et non à pourvoiraulrui. Je vous prie vous ressouvenir de ce que je vous ai mandé autrefois. Ce nonobstant je parlerai quand vous le voudrez ; mais parce que par mon sens je n'y vois pas disposition, je ne le dois faire que f)ar le sens d'aulrui, que Dieu bénira peut-être par-dessus ma pensée. Si je cherchais sinij)lement à faire office, je le ferais; mais parce que je désire faire effort et non simplement olfice, je suis retenu. Je suis en eux.
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LKTTRE CCXXXI
AU B. r. COTTON, PROVINCIAL DE ï. A COM- PAliMi: DE JKSl S.
Mon révéïond l'^re, J'ai su (le M. lo comte de Choml)crl le soin et Ifl jioine qu'il vous a plu inoiidro pour notre étfll)lis>«'mc'nt h Liciiojj'cs, et pour la réunion du ni()n.'i>l(!;rL' do celte villi'-l.'i au reste de l'onlic; et le I*. de Thuillé nie contirme le inônu; fort soignen.seiiK.'rjt. Je n'a\ais [kts besoin d'aucun témoignage; il nie iuinsait de savoir que vous étiez dans lo
Ijays pour croire ces deux eirets-lù. Je loue )ieu de ce (ju'il lui plaît vous rendre toujours ange de jxiix et inslrutnent digne de î>es volontés. J ai cm de mon devoir de répandre aus>ilAl cette nouvelle, de l'obligation que nous vous avons, et au révérend P. de Lestrade; atin qu'il |»araisse, que s'il y en a qu(dques-uns qui travaillent h la division, il y en a d'autres qui travaillent à la réunion et nous obligent (dus |>arliculièremenl. Comme celle réunion est l'œuvre de votre esprit et charité, je vous supplie irès-huuiblement de la conserver et de choisir quelqu'un de vos Pères, auquel je puisse assurément adresser les âujcs nouvellement réunies, pour les conforter en res|)rit d'unité et d'obéissance, car ceux qui les ont sé|>arées continueront à les solliciter et inquiéter. Je ne doute nullement de votre sincérité, mais votre bonté me permettra de vous supplier, sans vous offenser, de faire ce choix avec plus de considération que de facilité, par l'expérience d'une semblable prière faite au révérend P. Souffran, qui par après adressa celle qui est maintenant jirieure à Bourges, au P. N. pour prendre entière contiance en lui, et elle trouva qu'il était un des plus violents cl déréglés en celle affaire, et est encore à présent. J'espère que Dieu bénira cet œuvre encommencé pour la part (jue vous y avez, et que peutêtre cela servira au second monastère de liordeaux, au moins si trois ou quatre en étaient séparées. Je prie Dieu vous continuer ses saintes grâces et bénédictions, et me rendre digne de vous servir, comme je le dois, comme vous le méritez et comme vous continuez à m'y obliger. Je suis à jamais,
Mon révérend Père.