III. A DIVKHSF.S PERSO-INKS
iZOi
nioyens, el cela, pour no les pas exclure do relie ville, en la(|uelle ils n'avaient prélcito ir»'nlrer ipie par relie voie ; el a|ire;> avdir ilispo>6 l'rvôtpie el pluvieiirs de la ville à les admellre, (|iii en él.iienl fort àloi^^nés ; silôi «iii'ils y oui élu reriis, ils (inl Ir.ivaillé h nous les leridie cnntiaires el ii nous rendre les inanvai> ollices (ju'iU onll.iils h Bordeaux el ailleurs.
A 'l'rovos, depuis trois ans eu environ, le collège nous a été olfert par un ipii esl enlore vivant, et de leurs amis, letjiiel leur a téujoigné coniMienl nous l'avons refuse à leur considération, tellenienl «ju'iK ne le purent ij^norer, les témoins élanl encore vivants et de leurs conlidenls, et la ville lièséloignée de les en gratilier; et môme les noires ont lâché de le«> introduire dans la bienveillance de leurs amis.
A Alen^on, depuis six mois, un d'entre nous, seul curé d»- la ville, a disposé les paroissiens à deuiander les Tèros Jésuites dans la ville, et ce [larliculier a porté leurs all'aires comme les siennes pri>pres.
A la vérité, ils donnent sujet de croire qu'ils n'onl égard à rien, qu ils ne s'obligent lie rien, et qu'ils reconnaissent bien peu raffeclion qu'on leur a témoignée, el que leur propre intérêt est lui-môme leur loi.
J'oubliais de dire que le P. de Sancy, dejiuis qu'il est de l'Oratoire, leur a lait don de 12,000 livres, encore que nous ayons assez besoin. Je ne veux f)as spécifier que j'ai fait appliquer 1,000 écus d'aumôiie.% qui étaient en ma dis[)Ot.ition, à un de leurs collèges, n'ayant p.is voulu en a[)|»liquer un sou à aucune de nos maisons. Aussije ne le remarque que pour l'aire connaître que nous n'avons jamais re^u aucune assistance el libéralité de leur part.
Voilà noire [trocédé envers eui. Le leur envers nous ne se trouvera pas semblable, n'y ayant aucun Jésuite qui ail rien donné pour aucun [irêtie, ni (lour aucune maison de l'Oratoire. Deftuis dix ans qu'il a [ilu à Dieu de nous établir, ils n'ont omis aucune occasion de nous [louroir nuire, directement ou indirectement, sans que j'y aie pris pari; et même ayant pris (leine d'oublier ces choses, et non de les remémorer; de les cacher, et non de les publier. Nos Pères n'en ont rien su de moi; et ceux qui nous hantent ne se soni jamais entretenus de ces plaintes et discours, i^ui sont toutefois leur entretien ordinaire avec leurs amis, n'y ayant un seul de ceux qui les hantent, qui ne soit pleinement informé des plus j)elits sujets dont ils s'olTt-nsent ; en quoi je m'étonne que des âmes religieuses soient rcm[)lies de si petites choses, el en remplissent si souvent les autres.
A Kome, il y a six ans qu'ils nous traversent, dans l'alTaire de saint Louis, [lubliquenient par le P. Lorigny, encore que cette atfaire ne les regarde aucunement pour leur intérêt |)articulier, car ils n'y peuvent rien prétendre , ayant assez de maisons dans Kome. Ainsi, ils n'ont aucun prétexte de
b'en mêler, sinon en tant qu'ils veulent se mêler de tout.
Kn France, le désir que j'avais de vivre en (hanté avec eux m'avait fait mander [«ar toutes les maiions nu'il a plu h Dieu de nous donner, mu'oii les logeât par liospilalité toutes les lois (jw'ils y passeraient. Mais ils ont bien mal u^é de celle chanlé, s'en servant pour venir souvent h Dieppe, et y lr)g'.'r chez nous, dans le dessein de traiter avec ceux de la ville h notre desceu, et de nous enlever le collège (jue nous avons dès le commencement de notre éial>li>senient en la ville, et i^ui est plus fondé par nous que par la ville même. Kl étant logés chez nous, ils dressaient leurs mémoires sur cela, lesquels ont été trouvés depuis; et se voyant exclus de ce projet, ils n'ont uas laissé du depuis (l'y laisser deux de leurs Pères. Leur soin principal est d'y contrarier à ce que nous faisons, de diminuer le collège en ce (ju'ils peuvent, d'en divertir l'^s écv)liers pour les envoyer ailleurs : ce que nous su(tportoni en jiatience el silence, nous réser- ▼ant de nous opposer s'ils passent plus avant. Messieurs de la Ville-aux-Clercs nous ont avoué que les révérends Pères en avaient traité avec eux, et disent pour excuse qu'ils croyaient que c'était de notre consentement, parce qu'ils étaient logés chez nous : ce qui donna sujet à des personnes de grande puissance et qualité de m'en écrire exprès pour m'en averiii- et me faire [)lainle de la facilité et simplicité de nos Pères de Dieppe, de se lier ainsi aux Pères Jésuites.
A Rouen, le P. Phelipeaux a prêclié |)ubliquement contre les dévotions de l'Oratoire, encore que les conditions du terafis et de la ville, qui est rem[>lie de ()lusieurs hérétiques, fassent assez reconnaître qu'il y a des choses plus dommageables et plus dignes d'exciter son zèle. En étant averti, j'ai mieux aimé disposer nos Pères à souffrir en silence et patience, sans aucune réplique, pour ne [loint faire de bruit dans im lieu assez plein de libertinage et d'hérésie, et ne pas émouvoir le scandale que son zèle, aussi peu accompagné de science que de {)rudence, y avait préparé; et encore qu'il fût notoire que, par la grâce de Dieu, n<ius ayons d'aussi bons docteurs pour défendre ces exercices de piété, que lui pour les attaquer. Et iu lieu de ces mauvais offices, il a [ilu à Dieu de disposer les noires en divers lieux à louer en chaire leur Compagnie.
A Bourges, leurs excès sont publics en l'atTaire des Carmélites. Un nommé le P. Rabnrdeau a dit des calomnies étranges de moi à M. le Prince. Et ce Père et les autres ont publié ces calomnies dans la ville, en sorte que c'était la créance du peu['le. Quelques dames de qualité, qui ont eu, par la grâce de Dieu, une autre opinion de moi, passant par cette ville, étant tout étonnées et mal éditiées de semblables discours, leur en tirent des plaintes. Mais elles n'eurent d'eux d'autre réponse que celle-ci : Qu'elles étaient des BéruUistes, et qu elles étaient en-
!orc(lé(s de moi ; paroles peu séantes en la
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERl'LLE.
bouche (Je religieux et dp supérieurs de religion. Et toutefois le P. provincial étant informé de ces désordres, les laisse dans la même ville, où ils ont fait tant d'excès, et y entretiennent ouvertement les mêmes troubles et divisions qu'ils y ont formés. Et au lieu que j'ai à me plaindre, de plusieurs d'entre eux, et presqu'en tous lieux de la France ; je ne sache [)oint avec vérité qu'ils se puissent plaindre d'aucun d'entre nous, excepté d'un particulier, lequel ayant tenu quelques 'propos dont ils se plaignent, je le retirai hors du lieu où il leur faisait peine, et enfin hors de la congrégation.
A Bordeaux, ils avaient trouvé le dessein de me rendre suspect d'hérésie en assemblée publique, sur le sujet d'un papier de dévotion que j'ai fait imprimer depuis pour anéantir cette accusation; lequel papier a été approuvé par plusieurs prélats, docteurs et religieux de grand nom et mérite. Mais ce coup leur ayant manqué par l'arrivée de M. l'évêque de Nantes, ou plutôt par la providence de Dieu qui règne sur les siens, et comme ils répandaient la même accusation jiar les maisons, cela obligea Messieurs de Nantes d aller dans leur collège, et de leur faire entendre que, s'ils ne cessaient de parler ainsi, il était obligé, ayant approuvé ledit écrit, de monter en chaire pour le soutenir publiquement à l'encontre d'eux.
Dans la môme ville, depuis peu de jours, un des principaux d'entre eux a dit à des })ersonnes de qualité, en leur parlant de moi : Iste homo natus est ad pessima. C'est encore dans cette ville que, par leurs avis et conseils, des religieuses de mérite et de grande piété, et qui, étant dans le monde, les ont obligés en particulier, ont été traitées indignement, bien que la piété de l'une et la qualité de l'autre fussent si éminentes, {(u'ellcs méritaient bien un autre traitement. L'une est la Mère Marguerite, que vous connaissez ; l'autre, Mme d'Autri, sœur de M. le président Séguier, leur unique et puissant prolecteur au temps de leur opprobre. Mais ils voulaient violer tous les droits et tous respects, pour violer l'Oratoire, et il fallait qu'à cause que ces religieuses n'obéissaient pas aux conseils des Jésuites, pour obéir au Pape, à leurs supérieurs et à leur ordre, elles fussent chassées et légitimement excommuniées par un, qui n'en avait ni commission ni ordre; et que celles qui suivaient le conseil des Jésuites, et désobéissaient au Pape avec opprobre du Saint-Siège, ne fussent pas valablement excommuniées par ceux qui en avaient la charge et le pouvoir de Sa Sainteté même : ce qui est une nouvelle et dangereuse théologie, et un grand privilège pour ceux qui suivent les excès des Jésuites.
Je ne veux point rapporter tout ce qu'ils ont fait à Bordeaux, à Saintes, à Limoges et à Bourges, ce sont choses plus dignes de larmes que de paroles. Je dirai seulement que le désir que j'avais de vivre avec eux en repos, respect et charité, me faisait les introduire, employer et auloiiser plus que
moi-même dans tous les monastères dès Carmélites qu'il a plu au Saint-Père de nous commettre. Et ils se sont servis de cet accès que je leur donnais, pour susciter contre nous cette division que vous savez. On estimerait et appellerait cela dans le monde une perversion indigne, fondée sur calomn-ies, et encore contre une personne qui ne les a jamais desservis, qu'en fondant l'Oratoire par commandement de Sa Sainteté. Et ils ont maintenu cette division, et l'ont portée dans les extrémités qui sont connues à l'Italie, à la France et à la Flandre.
Il m'est notoire qu'ils ont semé cette division dans tous les lieux où cet ordre est fondé, bien qu'elle n'ait pu réussir qu'à Bordeaux, Saintes, Bourges et Limoges. 11 m'est encore notoire qu'ils continuent leur même dessein en plusieurs lieux; et depuis peu de mois, trois d'entre eux, dans trois villes ditîérentes; à Metz, à Lyon et à Nevers, y voyant de nouvelles supérieures, les ont été trouver exprès pour les solliciter de recommencer cette faction assoupie, et espérant qu'elles seraient d'un avis différent aux supérieures précédentes, ils ont essayé d'etïrayer ces âmes par des raisons de conscience et de théologie... Quel intérêt ontils de s'en mêler, sinon autant qu'ils pensent nuire à l'Oratoire, puisque les âmes ne leur sont point commises? Quelle apparence de suivre et vouloir faire suivre leurs pensées, après t;mt d'ordonnances de Sa Sainteté? Quelle violence ne témoignent-ils pas par cette conduite, puisque les Pères Carmes, qui étaient seuls excusables de s'en mêler, délaissent ces mauvaises affaires? Pourquoi ceux qui n'ont Jaucun droit de s'en mêler, recommencent-ils plus que jamais leurs poursuites? Quels prétextes et quelles excuses ont-ils, puisque c'est contre leur propre usage et maximes? En Flandre, suivant leurs maximes, ils sont cause que, de cinq monastères, deux se sont soustraits des Carmes ; et, en France, ils les veulent tous donner aux Carmes, parce que le supérieur de l'Oratoire est un de ceux qui en ont soin.
A la vérité ils sont coupables, et de grands prélats nous ont averti de leur interdire du tout l'accès de ces monastères, puisqu'ils y travaillent avec si peu d'obéissance envers le Pape, si jieu de tranquillité envers l'Ordre, si i)eu de sincérité envers nous, et si peu de charité envers les âmes, et puisqu'ils continuent si persévéramment en leurs desseins et j)assions déréglées.
Outre les calomnies atroces contre moi et les conseils violents et pernicieux en l'affaire des Carmélites, ils ont fait encore à Bourges ce qu'ils ont pu, pour y empêcher notre établissement, et par des voies trèsindignes. Ils y ont prêché publiqueruent contre le P. Gibieux, docteur de Sorbonne, homme grave, sérieux, très-docte et trèsmodeste. Cependant il n'a point jirêchô contre eux pour se défendre, aimant mieux se garantir par modestie et par patience que [)ar répliques. Ils v entretiennent encore
LKTTIIKS. — III, A niVLIiSKS l'KUSO.NNES.
les factions qu'ils y uni suscitées, cl IVi/iierit eiu-oie pire», si la luéscuce ilu M. I«; l'iiiKO et l'iuiloriliide rarclicvôcjue, auquel ils s'o|>- |KiM'iil, nu les eui|t<^( liaient.
lui tous lieux, ils divertissent |iul»li(|uemeiit leurs écoliers de s'associer à notre congrégation, |i(jur réloulfer en sa naissance; te qui in)us oblige de prendre plutôt et en I)lus (le villes (}ue nous ne voudrions, (pielques collèges, pour avoir une ieunessc et une institution indépendantes (le luur persuasion, (jui servent do séuiinaire h celle congrégation.
J'oinetiais à dire (ju'un do ceux avec (|ui
i"ai vécu avec res[)ect et confiance paiticuièro depuis longienips, a sollicité M. Uuval de se sé|>arer d'avec nous en la conduite des Carmélites, atiii de donner plus beau jeu aux Pères (Cannes par ce divorce, (^est ce que M. Duval m'a dit lui-môme, et (jue le 1*. Bauny a imprimé un livre contre moi, et • réimprimé, taisant accroire que c'est h la re(juélo de M. de Marillac, ce (jui n'est pas véritable, et jiar le commandement de son supérieur, à quoi je m'en rapporte. Ce livre est jugé [lernicieux à l'aulorilé du Saint- Siège [)ar |)lusieurs jiersonnes graves et religieuses, et pourrait émouvoir une nouvelle conleslation, et servir un jour de semence à une nouvelle rébellion contre les décrets de Sa Sainteté, soit sur cette alFaire, soit en la cause même qui s'agite présenteîuent des curés contre les religieuses, d'autant plus que chacun sait combien cette compagnie est soigneuse d'estimer et conserver les ouvrages des siens; et il nous serait par lro[) préjudiciable qu'il demeu<rât ou sans désaveu ou sans réplique. Pour ces causes, un docteur de Sorbonne, et docteur plus qualitié que le P. Bauny, et qui a prêché dans les plus grandes chaires de France, et notamnient à Notre-Dame de Paris, a écrit i-ontre ce livre, et j'ai fait surseoir l'impression, pour laisser à leur choix, ou un (Jésaveu public de ce Père, disant qu'il n'est point de leur compagnie et qu'elle n'en apjirouve point les maximes, alin de nous servir de justitication et de garantie; ou de trouver bon que cette réponse s'imprime, laquelle est forte et puissante contre les maximes de ce livre, soutenant qu'elles sont dommageables à l'Eglise, c'est-à-dire à tous états, aux familles, aux religions et aux Jésuites mêmes.
Enfin, après tant d'animosités témoignées par eux si universellement et si persévéramment, a[irès tant de libelles dillamatoires ai)[)uyés et même donnés et distribués par eux-mêmes, qu'ils portaient dans les compagnies, même jusqu'à des billets qu'ils ont fait courir et porter dans les maisons et entre les mains des princes, des grands prélats du royaume, ils m'ont obligé de faire un livre {celui des Grandeurs de Jésus) pour dissiper tous ces nuages et arrêter ces esprits. 11 a ^ lu à Dieu lui donner bénédiction et approbation })ubliques. Les Pères Jésuites seuls, et presque unanimement, sans respecter ceux qui l'ont ai>prou-
vé, ont lèmoigné leur aliénation continuelle, môme en ce sujet, el chacun d'«Mjx diversement, les uns on le déprimant extrôinement, le> autres le blAmant excessivement ; (luehjues uns disent (jii'il favorisait les hérésies, qui l'A, à la vérité, un degré rabattu des a( cusatirjiis précédentes ; les uns se couvrant d'un profond silence dans les approbations publiques, el les autres faisant courir par le peuple le bruit (ju'ils y réjtondraient. Le lilre même de la réfionse s'est publié si fort, sous le nom d'un théologien, qu'on l'a cherché chez les libraires, l'oul ( ela, afin que le monde crût (pi'il y avait une réponse, encore qu'elle ne fût point, et (pie cela diminuât le [lOids el l'autoiité du livre : artifice plus séant aux profanes (pi'aux religieux. Et ce théologien, qui devait paraître, était le P. (iarasse, leur écrivain ordinaire. Mais ce même écrivain, ayant fait un livre public cl vanié à l'excès, sëhjn leur coutume, il est arrivé que ce livre a été universellement imjirouvé de tous. Et nonobstant, nous n'en parlons point; nous n'y feignons point de réponse, bien qu'elle fût aussi aisée à faire qu'à feindre, et nous demeurons dans les termes de notre devoir et retenue; et eux en sortent à tout projtos, pourvu (jue ce soit au préjudice de l'Oratoire.
J'aime mieux finir que de rechercher davantage leurs excès envers nous, vous supj)liant, Monseigneur, de considérer que leur conduite est très-élevée, leur esprit, peu différent de leur humeur, fort dilîicile, et qu'il est notoire qu'ils ont peine à vivre en Italie, avec les Théatins; en Espagne, ave(; les Dominicains; en Flandre, avec les Caimcins; en Angleterre, avec tout le clergé et tous tes religieux. Et parlant, il n'est pas raisonnable de nous imputer s'ils'onl peine de vivre avec nous, puisque ce malheur leur est commun avec tout le reste de l'Eglise au regard d'eux. Je supplie le Dieu de paix d'étendre sur nous toute sa grâce et sa conduite pour nous rendre des enfants de paix, des anges de paix, et, en celle qualité, dignes d'annoncer, comme eux, en la lerre : Gloire à Lieu, et la paix aux hommes de bonne volonté. [Luc. ii, li.j
EXTRAIT d'une LETTRE A MADAME ACARIE, E.N DATE DU 4 MARS 160i.
// lui parle des difficultés qu'il rencontre en E)>pa(jne touchant l'objet de son voyaije.
Vous ne sauriez croire combien, dans ce pays-ci, les premières impressions sont fortes et lenaces. Je pense que vous m'y avez fait venir pour y apprendre à être opiniâtre et arrêté dans mon sens, en même temps que je hais fort l'opiniâtreté dans les autres. Je ne {>uis rien vous dire, sinon que j'ai une grande espérance que Dieu rompra tous les obstacles qui se présentent. Ils n'ont, grâce à Dieu , jamais ébranlé mon es[>ril, quoifiu'ils fassent souvent perdre terre
CEIJYRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
IGOO
à tous ceux qui se mêlent de noire affaire; et je ressens une force comme invincible qui m'élève au-dessus de la résistance des uns et du désespoir des autres. Les hommes peuvent bien résister et arrêter quelque iem[is; mais enfin ils sont contraints de céder c^ la fiersévérance d'une âme affermie en la puissance et en la volonté de Dieu que nul ne peut vaincre. Et quand je pense que c'est ici son affaire et qu'il semble qu'il a voulu, par une miséricorde ftarliculière sur moi, me faire venir en Espagne pour le servir dans cette œuvre, rien ne me peut faire plier, et je veui que non-seulement l'œuvre se fasse, mais qu'elle se fasse de la manière la (ilus avantageuse pour le bien de cet ordre en France, quelque impossibilité qu'il me paraisse d'ailleurs à y réussir, et il me semble que je dois croire que Dieu le désire ainsi.
EATUAITS DE PLUSIEURS LETTRES, RELATIVES A LA RÉVOLTE DES CARMELITES CONTRE LEURS SUPÉRIEURS LÉGITIMES.
I. — Extrait d'une lettre en date du 20 fe'vricr 1622, au P. Berlin.
Outre le désir que j'avais de satisfaire à mon devoir, et de connaître à l'œil l'état des maisons et des sujets, j'ai été bien aise de ne point agir par moi-même dans l'affaire des Carmélites, et de laisser faire à M. Duval et à l'ordre tout ce qu'ils jugeraient à propos pendant mon absence. Cependant, on ne laisse de m'imputer tout, comme auparavant, quoique je fusse à deux cents lieues de Bordeaux ; et que, depuis un an, je n"aie ni écrit en ce pays-là, ni envoyé aucun pouvoir, mais laissé tout faire à M. Duval
Ils abusent de la patience et de la modestie dont j'ai usé envers eux. Car, depuis dix ans qu'ils nous persécutent, je n'ai pas dit une seule parole, ni écrit une seule ligne pour me plaindre; et depuis deux ans qu'ils écrivent, qu'ils impriment, qu'ils publient partout des injures atroces, je n'ai rien dit, rien écrit. Je me suis seulement contenté de dire à ceux qui m'en ont parlé, que ce dont ils m'accusaient, n'était point; et que, Tiar la grâce de Dieu, il me semble que leurs libelles ne sont pas crus. Ils n'ignorent pas que depuis un an et demi quatre évêques, doctes et signalés, et douze docteurs ont approuvé cette formule de dévotion; et néanmoins ils ont encore cherché depuis ce temp^ toutes sortes de voies pour la faire censurer, la ;)résentant pour cela sur de fausses copies, comme il paraît par les dernières qui en ont été imprimées. »
H- — Extrait d'une lettre en date du 18 juin 1628, au cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux.
Si j'eusse osé me promettre de vous, Monseigneur, autant de bienveillance que J en ai éprouvé autrefois, je vous eu?se
même supplié de vous rendre maître des conditions!, de les régler, et d'en ordonner ce qu'il vous plairait, m'engageant à en [lasser absolument par tout ce que vous eussiez décidé. Et, si en l'honneur du Dieu de f)aix, dont vous êtes le ministre, vous vouliez encore faire cette chaiilé à l'ordre des Carmélites que de vous rendre auteur de cette réconciliation, nulle des parties ne j)Ourrait douter de la certitude des paroles données de part et d'autre, vous en ayant même une entière bénédiction, et outre la consolation particulière que vous auriez d'avoir terminé ce différend par votre seule autorité, vous donneriez une grande satisfaction au Pape Vous êtes, Monseigneur,
le ministre de Dieu sur la terre dans cette grande province; prenez donc garde de ne pas faire servir son autorité qu'il a mise entre vos mains, à mettre le trouble dans son Eglise, et à y entretenir l'esprit de division.
in. — Extrait d'une lettre , en date du 16 juillet 1623, au P. Bertin, à Borne.
Je vous remercie très-humblement des avis que vous me donnez en l'affaire des Carmélites; j'y ai plus de croix que d'intérêt Je n'y fais rien, je laisse agir l'ordre,
et mes deux collègues dans la supériorité. C'est eux qui agissent et non pas moi, soit à Bourges, soit à Bordeaux, soit ailleurs. Je n'ai rien voulu ni signer, ni requérir de MM. les commissaires. Après tout cela, je ne laisserai pas de faire tout ce qui me sera mandé de vos quartiers, aimant mieux faillir par obéissance, que faire bien par mon propre sens. Si c'était une autre sorte d'affaire, qui ne me concernât point de si près, je serais fort contraire h cette conduite; mais en ceci, je demeurerai en silence, en obéissance et en dépendance de tout ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner en ce sujet, ainsi qu'en tout autre.
IV. — Extrait d'une lettre, en date du k septembre 1623, à la supérieure du couvent des Carmélites de Tours.
De Bérulle fait allusion à une atroce calomnie lancée contre lui.
Je dois plus louer Dieu de ses miséricordes sur mon âme, de nous avoir, par sa grâce, préservé du mal dont on nous accuse, que je ne me dois mettre en peine de l'accusation qu'on en fait. 11 a, par sa bonté, dissipé les calomnies précédentes en son temps : j'espère qu'il dissi[)era aussi celle-ci, qui
est sans fondement Par la grâce de Dieu,
je n'ai pas vécu dans le monde d'une manière que MM. de Tours doivent croire des
choses semblables Pour moi, je désire
me contenter de souffrir, et de prier Dieu qu'il me fasse la grâce de bien user de ce nouvel exercice qu'il lui plaît de m'envoyer, et de me donner quelque part à la croix et aux opi)robres de son Fils unique.
LETTRF.S. — III, A DIVKIISKS l'KRSO.NNKS.
rcxi.iii.
EXTRAIT DI< PI.ISII l US IITTHICS lU'.I.ATIVES A I.'OIIATOIUK.
1. — Extrait d'nnr lettre an cnnlinal dr la Jiorltrfoticittilt.
De Oériillr' lui explii|ii(* dans (|ii<'l sons les pr(Hres de l'Oraloin: (li'|iriMltiil des évèipn's.
Sans cclfl, .'i Uoinc, cl si les méLils nvaicril le (Jroil (le réj^lcr le c()r[>sau (letl.■lIl^, coiiiiiie on veut (juMs l'iiicnil de le diriger dai)*» les foiu'lions du dehors, »;'esl bien «lors, (ju'.iu lieu d'ûlro unecor.gré^alion de prôlres, avant une fnnr.e ilc vie cnmniune, ce seiail l)ioiJ j)lulôl une disgrégatiitn >ans; lien, sans union, dont cIkkiuc ninist)n lirt rail son esprit, sa rèijlo et sa discipline des ordinaires, dont chacun dans son diocèse, et son successeur après lui, les formeraient et fa(;onneraienl è leur guise, selon leur goùi et leurs vues particulières, d'où il arriverait infailliblement (jue Ioniserait bientôt dissipé. Si l'on veut donc ')ue le projet soit utile, il f.iut qu'il soit solide et de durée, ce (pii ne peut éire que par celte dépendance ilu Sainl-Siége pour ses statuts; c'est par là (ju'il tient un juste milieu entre le commun des f)rêtres séculiers (jui servent l'Kglisc' sans litre, et les diirérenls ordres religieux. Vous savez, Monseigneur, le peu de pouvoir qu'ont les évoques de France, pour engager ceux-là au travail, à moins ijuils n'aient à leur proposer des charges de lucre et d'honneur, que nous leur abandonnons volontiers, et [»our contenir ceux-ci dans de justes bornes, en les empêchant d'empiéter sur la juridiction des ordinaires, au lieu que notre congrégation a pour but de se rendre religieuse par son esprit et ses intentions, en se soumettant aux prélats quant à l'emploi des fonctions. C'est un secoursqui pourra ôlre d'usage à ceux qui voudront de nous, et qui ne peut porter préjudice à ceux qui n'en voudront pas, puisqu'ils en seront quittes pour s'en passer; qu'il est en leur pouvoir de nous apiielor, au lieu qu'il n'est [)as au nôtre de travailler, s'ils ne nous appellent et ne nous ap))li(pient.
\l. — Extrait d'une lettre à M. de Soulfour,
(165) agent de l Oratoire, à Rome. '2% juin
Faites considérer à ces messieurs, que ne devant nous établir nulle [>arl, (jue du vouloir des évoques et apfielés deux, c'est leur faire tort beaucoup plus qu'à nous, et ne se
(165) Nicolas de Soulfour élail né en Savoie ; saint François de Sales, dont il avait lu coiitiance, lui procura, dans un voyage de Paris, la connaissance de M. de Bérulle, alors occupé du projet o'étaldir la congrégation de l'Oratoire, il guùta singulièrement ce projet et résolut de coopérer à son exécut on, en se liant d'une inanièie toute parliculiére avec celui qui devait en être le fondateur. C'est dans cette vue qu'il prit un lo<;en)ent dans le liàliinent exiérieur des Carmélites, où résidait alors M. de Berullf. Le cardinal de la Rocheroiicault, charge en iOlU par le roi d'aller a Koine faire son couiplnnent d'uiëdience au Pape, à l'ocoasioo de son a\Ciiement au trône , eiumena M. de Soulfour »'€€ lui', le tit intendant de sa maison, et
pas fier à eux, que de prétendre nous obliger d'obtenir de Home, toutes les fois que nous serons appelés (ians leurs diocèses, un nouvc'iu pouvoir, comme si leur ogrément ne snllisail pas ; fpieces rigueurs cl ces sujétions donnent sujet à bien des prélats, de se passer dc> UoiiiaiiiN, autant ipj'ils le peuvent, et de rechercher en eux-mêmes ce ipj'on leur fait acheter si cher; ce qui diminue d'autant la liaison qui «loil é're entre le Sainl-Siége et eux, surtout en France, où nous tenons qu'en vertu de l'ani ien droit, nos évètjues ont le pouvoir défaire; bien des choses qu elle se rend dillirile à leur accorder ; d'ailleuis on n'a jias toujours ni argent toujours prêt, ni députés, ni ciédit, ni loisir pour traiter à Home et y demander de nouvelles bulles, surtout avec leurs longueurs dans leur manière de procéder.