V. — Extrait d'une lettre à un prêtre
de l'Oratoire.
Sur la fondation du collège de Nantes.
La rencontre et la nécessité nous ont mis c^ Nantes près du collège, plutôt qu'aucun dessein prémédité J'ai considéré
que si celui-ci tombait en d'autres mains que les nôtres, ou nous serions contraints de changer de demeure, ou nous serions exposés à beaucoup de contestations; et tel a ëlé aussi le conseil que m'ont donné plusieurs ecclésiastiques de la ville. J'ai refusé des collèges en plusieurs bonnes villes du royaume, nommément à Troyes et à Orléans, «"t j\^ l'ai fait pour les conserver à ces Pères (Jésuites), par le seul désir de les servir. Mais je vous puis dire en confiance que nos services passés et nos atïections présentes ont été peu considérés, et qu'on se plaint de toutes sortes de choses, après des oppressions et des outrages fort criminels que je porte depuis si longtemps sans défense.... Jl y a quatre ans que je suis per.sécuté criminellement et aux mœurs et à la doctrine, par ceux-là même qui me devaient, ce me semble, quelque défense, non-seulement })ar les lois de la charité chrétienne, mais encore par le devoir d'une reconnaissance parliculière. Béni soit Dieu qui permet que ceux-là se plaignent qui, à mon avis, sont les coupables. Mais il faut, en travaillant aux œuvres de Dieu, s'attendre à la croix.... Je vûLLS dirai coulldemment qu'il y a 15 ans qu'une âme de Dieu, qui est encore yivaiUe, m'annonça cette persécution dans les mêmes termes que je la vois. Croyez-moi, l'esprit de Dieu n'est pas dans ceux qui veulent y prendre part, et ce n'est pas bénédiction à cet ordre de vouloir ainsi coopérer au dessein du malin esprit, en excitant un pareil outrage. Ceux qui vous disent que je suis irréconciliable, se trompent et me font en cela une nouvelle offense; mais je suis résolu depuis longtemps, de ne pas faire attention à tout cela, et seulement de n'être })as facile à me laisser tromper par eux, et de ne pas prendre des paroles pour des efiets. Car je puis vous dire qu'en même temps que ceux que vous avez en vue ne parlent que de réconciliation, on fait partout de pis qu'il se peut, et on nous accuse en France et à Rome dètre schismatique, dans des écrits que j'ai entre les mains et que je vous ferai voir. Croyez-moi, mon Père, ce n'est pas Dieu qui a suscité cet orage ; ceux qui y ont contribué ne sont pas conduits par sa grâce et par son esprit, et si je ne l'avais éprouvé, jen'aurais jamais cru devoir trouver tant de l'homme, tant d'activité, tant d'excès, si persévéramment et si universellement, dans des hommes que leur état oblige à un jjrocédé bien contraire.