LETTRE AU CARI>IN\L DF RICIIELIKU
De Bérullc l'avertit que (îaslon a le projet de êorlir du royaume.
Monseigneur, il me serait bien facile et bien plus doux do suivre vos pensées quu de vous inculquer les miennes. .Mais je dois au r<ji et à vous cette noiivclie instance et celte manifestalion réitérée de ce que nous voyons ici, alin que vr.us y pensiez et y pourvoyiez selon la prudence qu'il a f»lu à Dieu de vous donner, l^ face de cette allaire paraît ici de tout un autre œil qu'il ne parait que vous la voyez. Ce n'est pas mon avis seul, c'est celui du cardinal de Lavalette, c'est celui de M. de Chàteauneuf, après qu'ils se sont donné le loisir de juger des choses selon qu'elles se sont passées, et non selon les idées qu'ils en avaient prises d'abord d'ailleurs... Je sais bien que, par louttr. bonne raison, Monsieur et les siens ne peuvent ni ne doivent sortir du royaume, oti vous en jugez très-bien sur ce lûiidement. Mais ce n'est pas la raison qui les guide •.. c'est la faiblesse à suj>[»orler les opprobres dont on les charge, s ils ne font pas quelque coup d'éclat, et l'opinion d'une fausse générosité, dont les flallent ceux et celles qui tâchent de les jeter dans le précipice. C'est là précisément qu'est le mal, et c'est lÀ aussi que doit être rais le remède. J'eusse cru vous ennuyer que de vous mander, parnù vos grandes affaires, tout ce qui leur a etc. représenté à ce sujet. Mais s'il faut les retenir, il faut ([ue ce soit par des témoignages de bonne volonté, par des assurances de liberté pleine, par des offres de satisfaction qui leur donnent sujet de croire que Jeur honneur est mis à couvert, et il faut que cela vienne de la parole du roi, déposée entre les mains de la reine mère, qui la donne de sa part et de la vôtre : sans quoi, tout ce que nous pouvons dire par deçà, sera sans effet, parce qu'ils voient que nous sommes ici sans puissance, et que ce n'est à nous ni à i-romettre ni à tenir. La défiam e où ils sont, la peur qu'on leur a donnée ne peut être guérie que par celle voie; encore n'en sommes-nous pas assurés. En cela, nous n'estimons pas nous tromiier, mais nous exposons sincèrement nos pensées, pour vous faire connaître l'état des choses, non pour vous induire à prendre ce moyenlà, si vous ne l'approuvez pa», et si vous avez quelque voie plus haute dans votre esprit.
Que si je vous ai parlé moi-même de celui (171) de Bourgogne, conlinuait-il, où il n'y a de place que la citadelle de Châlons»
(471) Du gouvcrnen>€ni Je Bour{fo?ne, qu'on avait fouseillè à Richelieu ik donuer à Gaston pour l'apaiser.
01 UYRES COMPLETES DU CAUDINAL DK BERILI.E.
c'est en vous faisant observer qu'il est déjà à demi à Monsieur, étant à un de ses serg viteurs. C'est d'après M. de Chûteauneuf, ■f qui voit aussi bien que moi le péril, et qui î néanmoins m'y a fait i)enser. Je vous ai prié t de considérer, en aous f^iisant ma propo- ' silion, que si vous y voyiez moins d'inconvénient qu'à courir le risque des divisions domestiques et intestines, vous vous dépêchassiez d'en faire usage, avant que ces messieurs fussent sortis du royaume; qu'alors ils diraient ce qui est et' ce qui n'est pas; que les ennemis de l'Etat et les vôtres en sauraient bien faire leur profit; que le mal serait moins reraédiable , les atTeclions plus difficiles à lier, la confiance f»lus malaisée à reprendre; et qu'après tout vous })Ouviez regarder tout ce que je vous mandais sur cela, comme des pensées crues et indigestes, que je ne vous exposais que j)arce que vous me commandiez de vous rendre compte avec ingénuité de toutes mes vues. (14 juillet.)
EX-TRAIT d'une IETTRE AU CARDINAL DE RI- CHELIEU.
l)e BéruUe ruveriU que Gaston a gagné la frontière.
La frayeur a saisi Monsieur et ses trois conseillers ; ne se jugeant pas en sûreté au cœur du royaume, ils ont cru devoir gagner la frontière. Ils jettent des soupçons sur ce que vous n'accompagnez pas le roi, et croient que vous machinez quelque chose contre eux. Ils disent qu'ils se souviennent que, lorsque vous avez fait arrêter le duc de Vendôme, vous en avez usé de même, et que, vous aviez atfeclé de tarder à vous rendre à Blois. Le bruit qui s'est répandu qu'on envoie une partie des troupes en quartier de rafraîchissement dans la Bourgogne et dans la Champagne, ayant augmenté leurs frayeurs, je vous conjure, au nom de Dieu, d'assigner un autre département à ces troupes, sans quoi les fugitifs croiront qu'elles sont destinées pour les enlever ; alors il n'y aura plus éloquence au monde qui puisse les arrêter, et on aura le regret de voir Monsieur hors de France. Je ne vois qu'un seul moyen propre à parer cet inconvénient, celui que j'ai déjà proposé, savoir que le roi donne sa parole royale secrètement à la reine mère, pour la donner de sa part au duc d'Orléans, d'une pleine liberté pour lui et tes siens, avec assurance qu'il ne leur sera fait aucun tort, s'ils restent dans le royaume ; que le roi écoutera même volontiers les désirs et les prétentions de Monsieur, son Irère, et promettra d'y avoir égard en tout ce que lui et la reine sa mère estimeront convenable, et que vous-même vous voudrez bien de votre côté donner à [)eu près les mêmes paroles.