C.\«D1NAL DE BEIU L!.i
moment ne sera récompensée de rien moins que de la vue et de l'amour éternel de Dieu; et quand même il nous faudrait passer toute notre vie dans les croix et les soulfrances, qu'est-ce que tout cela comparé à la gloire que Dieu nous prépare?
Remercions Dieu qu'il daigne bien destiner des créatures aussi basses, et aussi indignes que nous sommes h un aussi grand bonheur que celui de le posséder eU'aiii.e étennellement, sans craindre de le perdre de ce qu'il nous établit les héritiers d, royaume céleste par la grâce et Tadopiinn en Jésus-Christ, et nous a donné un droit réel et légitime, quoique nous menions souvent une vie languissante, cachée, humiliée, jiénitente, aux yeux des hommes.
Conversez dans le ciel, comme saint Paul demande, par pensées et par désirs, considérant quel langage on y lient, comme on y vit, alin de vous y disposer de bonne heure. On y adore, on y loue, on y aime Dieu sans cesse ; on s'anéantit, on s'abaisse, on s'humilie à la vue de sa grandeur, de sa majesté, de sa sainteté ; on n'y désire que Dieu. Efforçons-nous de commencera vivre sur la terre comme notre exil, comme un excommunié avec qui nous ne devons avoir aucun commerce, regardant avec mépris ses honneurs, ses plaisirs, ses charmes comme des hameçons dont le démon se sert pour nous j.erdre.
Animer souvent notre espérance par ces réflexions, que Dieu est notre Père, notre Pasteur, notre Médecin, notre Sauveur, notre force, notre soutien et notre reiuge ; qu'il nous aime infiniment, que son inclination le porte à nous donner plus que nous n'oserions es|)érer; qu'il a promis dans l'Ecriture de rem[)lir de bénédictions et de grâces ceux qui espèrent en lui ; que celui qui a bien daigné nous donner son Fils unique, ne nous refusera pas, à plus forte raison, la récompense qu'il nous a promise, et les grâces pour la mériter. C'est celte esj.érance qui doit adoucir les amertumes de. cœur, dans les fardeaux accablants de celle vie, aplanir les chemins raboteux du salut, nous soutenir dans la voie étroite, et nous animer dans les combats que nous avons à livrer sans cesse à notre concupiscence.
Enfin rappelons de temps en temps, cl surtout lorsque nous tombons dans l'ennui et le découragement, le souvenir dos secours puissants que nous avons reçus de Dieu. De combien de péchés et de crimes ne nous al-il pas délivrés? de combien de lumières et de grâces n'a-t-il pas rempli noire âme? avec quelle providence ne nous a-t-il pas conduits depuis que nous sommes dans la congrégation? S'il nous a si bien protégés quand nous étions ses ennemis, que ne fera-t-il pas lorsque nous serons fidèles à son service, et que nous le chercherons dans la simplicité de notre cœur ?
l'amocr de dieu.
C'est une union de cœur et d'aifection avec Dieu causée en nous, non par la crainte
lOSI AI'nCM.ICK.
t/es peines ilo l'enfer, ni (•.n I os| l'r/iuce île (|ti('l(jiie r6coni|MMiso, mais dans la ^eule vue (le la hontt^ divine ol (ont aini.iMe. i Dans nos orai.^ons, pcndanl nos (dliccs, dans une iidinilù d'oc» a.sicms el d'événeinetils, considère'/., louez, niniez cl ndorc/ louUe qno Dieu est en lui-inônie, sa .sagesse, sa honlé, sa puissance, sa grandeur, son inunciisiié el sa souveraine ni.ijeslû, et loutes les autres divines perlcM lions , eliacune d'elles en parlicMilicr elanl irdinie inérilcrail un liornicur inlini, cl donl la icnsifl«Walion esl capahle d'endiraser notre cœur des llaunnes du divin amour.
Conservez toujours dans le fond de votre âme une grande reconnai.'-sanre des hicnfails el ûcs miséricordes ijue Dieu a répandus sur nous, dont lo nombre n'est connu {jue de Dieu seul. Celle reconnais^ance esi un lrès-puis5anl motif pour ressusciter en nous les étincelles du divin amour.
('onsidérez les maux inlinis donl il a plu h Dieu de vous délivrer par sa seule miséricorde ; car, sans parler des maux extérieurs dont il nous a si souvent préservés, vu le fonds inépuisable de malice cl de corruption que nous avons en nous, sovons persuadés (]u'il n'y a point de crimes donl nous ne puissions ôlrc coupab'es, et nous dovonsatlriijuerh la seule miséricorde de Dieu, si nous ne nous plongeons pas dans toute sorte de crimes ; mais quel amour celle pensée ne doit-elle pas exciter en nous pour le Dieu de bonté el de miséricorde : Misericordiœ Dominiquia no7i sumtis consumpti {Thren. m, 22', nous ayant délivrés de l'en- {^r où nous aurions dû être précipités depuis si longtemps !
Celte divine charité demande que nous ayons une grande horreur, non-seulement des péchés mortels, mais encore des plus légères fautes, et dans nos examens et oraisons nousdevo.isen être vivement touchés, clcon- «erver toujours l'esprit de componction, p.irce qu'elles otfcnsenl celte divine bonté, diminuent la ferveur de la charité, empêchent la parfaite union de l'àme avec Dieu dont la sainteté est si grande qu'elle ne |)eut souffrir la moindre tache dans un cœur qu'il daigne honorer de son amour.
Soyons touches des péchés qui régnent et dans le monde, et dans les communautés. Ne voyons qu'avec regret combien jieu Dieu esl aimé. Klforçons-nous, par nos prières et par nos | énilences, et par la régularité de toute notre conduite, de procurer l'accroissement de l'amour divin dans les cœurs.
Uemercions souvent Dieu de la miséricorde qu'il nous a faite de nous avoir fait sortirdc celte malheureuse Rabylone, et que ce soit \h un luotif puissant pour ranimer noire ferveur.
Ne^ cessons point de noiis humilier du fond de corru[)lion que nous avons dans nous, et de prier Dieu de nous en purger toujours davantage, d'atfaiblir et de diminuer en nous celle malheureuse racine de l'amour déréglé «le nous-mêmes, (jui comb.it sans cesse l'amour de Dieu, el pour faire
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croître l'amour de Dieu, il faut alfaiblir hi ( iipidité : Au(jmentum churilaliif, diminutiu cu])i(tii(itis.
S'acioulumer à faire tout, jusfju'.iux [ilus petites ( hoses, par prim ipe (J'amour de Dieu, el renoni-er sans cesse aux intentions d'aiiioiir-propre que le démon nous suggère. Il( n<iuv.'lcz souvent celte droite inlenlion, atiii ([u'elle se répande sur toute votre vie, de peur (pi'.qirès avoir conimencé [lar l'amour de Dieu, la cupitlité ne prenne la j'Iuco el ne gâte vo-. meilleures actions.
Se bien convaimre que sans le princijiC d'amour de Dieu (pu doit dominer souverainement dans nos [lensées, nos paroles, nos désir.-., nos a<:lions, la religion esl un < orps sans âme, la foi est ioutile, l'espéranco est vaine, la piété n'est qu'hyjiocrisie et lâcheté, le martyre môme ne sert de rien. Au contraire, tout' esl bon, tout est agréable à Dieu, quel([ue jielil qu'il soit, tout esl avantageux pour le salut, quand c'est [«aria charité qu'on le fait.
La véritable marque que l'amour de Dieu règne en nous, c'est quand nous aimons sa divine loi : Qui dili(jit me scnnoncm tncum servabit. {Joun. xiv, 23.) l'ius donc vous méditerez le saint Evangile, plus vous eu ferez vos délices, plus vous vous allachere/. h pratiquer les règles, quehpie dures qu'elles paraissent à votre nature corromj)Ui-, |)lus aussi vous aurez de conliance que vous êtes animés de l'amour de Dieu, el non autrement. Lorsque quelque étincelle de l'amour de Dieu aura saisi votre cœur, suivez bien les avis de saint Augustin; conservezla, dit-il, entretenez-la avec grand soin, tr;;vaillez-y j ar la prière et riiumiiilé, par hi douleur"de la pénitence, par l'amour delà justice et de la vérité, {lar les bonnes œuvres, par des gémissements sincères et par une grande régularité et uniformité de vie. Soutirez, ajoute-t-il, celle étincelle du bo;i amour, et en y excitant votre ferveur, et quand elle aura fait quelque progrès, elle y consumera peu à peu tout le fond et loule la paille des cu[)idités charnelles.
l'amolr du prochain.
C'est la môme vertu de charité qui nous porto à aimer Dieu pour lui-môme, et le prochain pour l'amour de Dieu, regardant chacun comme son image, son tem[ile, le frère et le membre de Jésus-Christ, capable de [)Osséder un jour Dieu avec nous pendant réternité.
fil faut fonder cette charité envt rs le prochain sur des motifs et sur des [trincipes qui ne nous dispensent jamais de l'aimer, quelque imperfection que nous voyions en lui, et quehjue déraisonnable que soit la conduite qu'il tient à noire égard. Dieu nous en fait un commandement exprès : Diliyes... proximum tuiim sicut tiipsum. {Mallh. xxw, 61, 39.) Il veut môme que l'aïuour que nous aurons |)0ur nos frères sot comme la règle de la mesure de \a miséricorde que nous pouvons jamais espérer de lui : Diniilte nobis débita nostra sicul et nos dimittimus.
2° L'exemple de Jésus-Christ qui ne s'iiu-
ŒUVRES COMPLLTES DL CAR'Dl.NAL Di: BEftlLLE.
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mille et ne se réduite la pauvreté, h la misère et aux travaux pendant toute la vie, et qui enfin n*a soutïert la mort que pour des ingrats et de malheureuses créatures qui s'étaient révoltées contre leur Créateur. Et quel témoignage d'amour pourra-t-on s'imaginer plus grand que celui qu'il donne sur la croix en priant son Père de pardonner à ceux qui l'y'ftltachaient?
3° L'inclination et la nature de la grâce du christianisme qui nous oblige et nous porte à aimer ceux-là mêmes qui nous haïssent et nous persécutent. Car si nous n'aimions que ceux qui nous aiment, que ferions-nous de plus que les i)aïens et les pécheurs? Voici donc en quoi consiste cette charité.
Témoigner 5 chacun, par des actions, l'amour sincère qu'on a pour lui, le prévenir dans ces occasions, lui rendre tous les services dont on est capable, surtout quand on en est chargé; et si l'on ne [leut faire ce qu'il demande, tâcher au moins de lui témoigner le désir véritable de le satisfaire, s'il le pouvait, et de s'excuser avec des paroles si consolantes et si obligeantes qu'il soit aussi content de notre réponse que s'il avait obtenu ce qu'il désirait. Agir avec tout le monde d'un air obligeant et avec une douceur édifiante, et traiter chacun avec une tendresse et une affection vraiment fraternelle; surtout quand on est chargé de leur conduite; ne murmurer jamais contre personne, ne parler jamais d'aucune faute des autres , quelque légère et publique qu'elle soit ; ne faire paraître aucune marque de mépris ou de peu d'estime pour les autres, ni devant, ni derrière eux; mais s'elforcer de donnera tout le monde des témoignages sensibles de l'estime et de la déférence qu'on a pour lui dans le cœur.
Ne rapporter jamais à personne ce qu'un autre aura dit de fâcheux quand même la <;hose serait de soi peu importante, puisque c'est toujours par là que la division se met dans les communautés.
Ne proférer jamais aucune parole d'impatience, d'aigreur ou de colère qui puisse rabaisser et mortifier personne. Ne se point amuser à disputer dans les conversations; car bien souvent cela altère à la fois la charité. Ne reprendre point les autres sans avoir le droit et l'autorité de le faire; ne souffrir dans sun cœur aucun ressentiment ni aversion contre qui que ce soit, mais surtout se donner bien de garde d'en faire paraître au dehors, soit en s'éloignant de la conversation, soit en négligeant de lui rendre quelque service dans les occasions, aûn de lui témoigner qu'on est fâché contre lui, et qu'on a sujet de s'en plaindre. Quand on sentira quelque aversion et quelque antipathie, il faut veiller extraordinairemenl sur soi à la déraciner bientôt, n'en rien faire paraître aux autres^ ni à la personne contre laquelle nous sentons ces dégoûts, ni directement, ni indirectement, en se retirant de 5a compagnie, ou en ne lui parlant pas avec la même ouverture de cœur. Il faut alors prier avec plus de ferveur, et pour nous et
pour cette personne, et s'efforcer à lui témoigner plus d'amitié et de respect; sans cela une petite étincelle causera un incendie épouvantable dans l'âme et ne manquera pas d'éteindre le feu de la charité.
Ne jugez jamais de personne, ni ne le condamnez ; mais tâchez d'excuser les fautes, ou au moins de les diminuer, soit en nousmêmes, soit à l'égard des autres. Interprétez toujours bien, et vous blâmez au contraire vous-mêmes d'être si prêts à juger des autres, et à remarquer leurs défauts, tandis que nous en avons une infinité que nous n'apercevons pas ; nous humilier de ce qu'ayant un grand fonds de péché et de malice, nous jugeons des autres selon notre malignité, et non selon les règles de la charité. Cela pourtant ne nous dispense pas de condamner et de blâmer le mal partout où nous le trouvons; mais il faut excuser les personnes et leur intention.
Pour entrer dans ces dispositions, il faut nécessairement prier Notre-Seigneur Jésus- Christ de nous faire concevoir beaucoup d'estime et d'affection pour les autres, et une grande haine et mépris de nous-mêmes.
Fuir toute singularité et partialité dans les conversations. Toutes les sortes de liaison.** sont contraires à la charité et sont pour l'ordinaire la source des dérèglements des communautés.
\eiller beaucouf) sur les paroles pour ne laisser jamais sortir de sa bouche quoi que ce soit qui puisse blesser et otfenser les autres ; et si on ^a^ait fait, en faire sur-lechamp ses excuses, et en demander pardon. Eviter avec grand soin les médisances ; ne dire des autres que ce que l'on sait de bien, et taire le reste. Excuser avec beaucoup de douceur et de tendresse ceux dont on voudrait mal parler, particulièrement lesabsents, dont on doit toujours prendre la défense, soit en détournant le discours, ou du moins en faisant connaître, par son silence et son air sérieux, qu'on n'aime point entendre ujal parler d'autrui : Quod libi fieri non t;j>. (7'o6. IV, IC; Matth. vu, 10.)
Se bien rnmi)lirde ces paroles do Jésus- Christ : /n hoc coynoscent omnes quia disci' puli mei estis, si dilectionem habueritis ad invicem [Joan. xiii. 35), et lire avec attention tout le xm' chap. de saint Paul de la 1" Epitre aux Corinthiens.