DE LA PATIENCE ET AMOLR DE LA CROIX
C'est une soumission parfaite de l'âme à tout ce qui plaît à Dieu de lui envoyer d'humiliation et de mortification. C'est un ardent désir, et une faim insatiable de souffrir ])Our l'amour de Jésus-Christ avec joie, avec tranquillité, et avec une entière dépendance de la volonté de Dieu.
Cette vertu est le caractère des âmes prédestinées, puisque c'est celle qui nous rend conformes à Jésus-Christ. C'est la marque qu'on aime véritablement Dieu. C'est la véritable source de la paix intérieure. Car quand l'amour do Dieu fait trouver doux et facile ce qu'il y a de plus amer dans la vie, qu'est-ce qui pourrait nous troubler? S'il y a quelque consolation solide sur la terre, elle ne se trouve que dans le cœur d'une âme véritablement crucifiée.
Il ne faut pas se laisser emporter à aucun mouvement d'impatience, mais conserver toujours la paix et la tranquillité d'esprit, et la faire paraître dans ses paroles, dans ses actions, sur son visage, et dans tout son intérieur, et retrancher de son cœur toutes les affections et tous les mouvements qui lui sont contraires.
Ne donner entrée dans son âme à aucun trouble, ressentiment et tristesse, moins encore à aucun mouvement de colère et de vengeance, quelque légère qu'elle puisse être. Envisager les rencontres dures et lâcheuses comme envoyées de Dieu pour notre avancement spirituel, et les recevoir avec soumission à sa volonté , autant de fois, et *n quelle manière qu'elles nous arrivent. Dans les médisances, calomnies, injustices, mépris et persécutions, ne point s'aniuser ni s'arrêter à ceux qui en agissent de la sorte à notre égard, mais adorer la volonté de Dieu dont ils sont les instruments, et prier pour eux plus ardemment.
11 ne faut même pas nous plaindre des torts et des injustices qu'on nous fait de quelque part que ce soit, et ne croire pas aisément qu'on nous fait tort. S'il est nécessaire d'en parler, on peut remédier au mal, ou pour la paix de notre âme, et ce doit être à des personnes discrètes, tranquilles et qui ne sont pas sujettes à s'indigner ou à murmurer facilement. Ne point désirer , moins encore procurer qu'on nous plaigne, qu'on ait compassion de nous, e(, ce qui est pire, souhaiter qu'on nous estime, non-seulement affligés, mais encore patients et courageux. C'est une vanité et une ambition bien délicate, mais bien dangereuse.
S'exercer et s'accoutumer à l'exercice de cette vertu par les trois degrés: 1° souffrir ce qui nous arrive de fâcheux, d'humiliant et de raorlifiant, sans se troubler et avec une humble patience ; 2° le souffrir sans répugnance, avec promptitude et avec une entière soumission à la volonté de Dieu ; 3° le souffrir avec joie, et rendre grâce à Dieu de ce que sa volonté s'accomplit par cette souffiance. Ne faire jamais les délicats et les difTiciles è contenter pour ce qui regarde les nécessités de la vie ; ménager au contraire une infinité d'occasions de souffrir et de se mortifier dans les maladies les plus grandes, et dans les remèdes les plus amers. Ne s'impatienter et ne se plaindre jamais, mais se ressouvenir du calice amer que Jésus-Christ goûta sur la croix, se conformant ainsi à ses souffrances, pour participer à sa gloire. Si eompalimus et conregnabimus. {Rom. viu, 17.)
Souvenez-vous bien qu'un chrétien doit vivre et mourir sur la croix, et ne trouver de repos et de consolation que sur la croix. Ceux qui désirent la croix sont dans le degré des commençants; ceux qui la reçoivent et la portent avec joie, dans le degré de ceux qui s'avancent ; mais, pour être parfait, il faut même se reconnaître indigne de souffrir, et de porter la croix. Celui qui croit souffrir quelque chose est bien peu éclairé; mais celui qui se croit effectivement éloigné de souffrir et souffre pourtant, est vraiment spirituel. Qui connaît la force, le mérite, la récompense de la croix, la désire ella recherche; mais c'est une marque qu'on ne la connaît pas, lorsqu'on la fuit et la rejette.
Que votre partage soit de dire avec saint Paul et dans son amour pour la croix : Mihi absit gloriari nisi in cruce Domini. [Gulat.\i, H.) Superabundo gaadio in omni tribulatione nostra. {Il Cor. vu, 4.) Avoir souvent ces paroles de Jésus-Christ dans la bouche et tâcher de les graver dans son cœur : Jn patientia vcslra possidebitis aniinas veslrus, {Luc. XXI, 19.) Ainsi soit-il.