SOMMAIRE DE CE QUI EST CONTENU EN L'EPITRE SUIVANTE
1. Etat déplorable auquel Vhérésie a re'duil V Angleterre, autrefois si florissante en pie'té. —
II. Différence de l'état ancien et de la condition présente des temples d'Angleterre. —
III. L'hérésie bannit Jésus de la terre. — IV. Jésus au saint sacrement consacre et bénit nos églises. — V. Baume ou désert de sainte Madeleine. — VI. Louange de sainte Madeleine.— VII. Dévotion de cette reine à sainte Madeleine, sous la protection de laquelle it semble quelle se soit mise.
Madame,
I. Lorsque vous passâtes de France en Angleterre, il plut au roi et à la reine, votre mère, me donner à Votre Majesté, pour l'assister en un état si périlleux. J'avoue que dès votre entrée en ce pays-là, je n'ai pu regarder Votre Majesté sans douleur et sans larmes; je vous voyais en une terre qui a plus d'orage et de tempêtes que la mer océane que vous avez laissée en passant le trajet. Je vous voyais en cette terre comme un lis entre les épines, et non entre les roses, selon que nous avions pensé. Les roses, autrefois, étaient les armoiries de l'Angleterre, et nous avions sujet de croire que les lis et les roses conviendraient bien ensemble. Nous leur avons porté des lis, mais nous avons trouvé leurs roses, ou cueillies par la persécution ou fanées par l'irréligion. Le rosier de cette île a changé de nature lorsqu'elle a changé de croyance, et il ne porte plus que des épines trèspoignantes. Les rosiers, avant le péché (ce dit saint Basile), portaient des roses sans épines. Mais l'hérésie, qui est le comble du péché, fait que les rosiers de cette île ne portent que des épines sans roses, de sorte que leurs armes anciennes leur manquent aussi bien que la foi et piété ancienne. J'ai regret que les seules armes qui leur restent soient Jes lions et les léopards, et j'ai crainte que quelques-uns ne disent que c'est ])Our marque ('e leur férocité contre l'Eglise de Dieu.
IL C'estjle malheur de notre siècle qui a changé la face de cette province autrefois si florissante, et maintenant si désolée. Elle est stérile en grâce et fertile en iniquités. L'erreur y est sur le trône et l'impiété dans les temples ; la foi et la piété ne s'y trouvent plus que dans les géhennes, les cachots et les supplices. Ce spectacle faisait fendre nos cœurs et fondre nos yeux sur une calamité si grande. Leurs progrès et voyages ordinaires en cette cour-là ne servaient qu'à nous faire voir l'étendue de leur misère et à renouveler nos douleurs. Et si, dans ces rases campagnes nous apercevions quelques temples, celte vue nous tirait les larmes des yeux. Ces temples sont les restes de la piété ancienne, et nous n'y trouvions plus cette foi et piété qui avaient bâti ces temples. Ces lieux, saints autrefois, sont maintenant profanés, sont déserts et inhabités, sont vaisseaux vides où il n'y a rien de précieux. Il n'y a plus de sanctuaire dedans ces édifices. Jésus, le Saint des ■vTi'nts, qui y était autrefôi'^s, n'y est plus maintenant; Jésus, dis-je, l'ornement de 1 Eglise, le soleil de nos temples, la vie de nos Ames, le salut de la terre.
lil. Jésus, allant à la croix, a voulu faire un mystère exj)rès pour être avec- le monde jus- '.l!' '^ ''^ ^'" ^^ monde, honor.int la terre de sa sainte présence en son Eucharistie. Mais 1 hérésie le bannit de la terre, avilit ses mystères, dément sa parole, détruit son sacrement, et, ennemie de Jésus et de son Eglise, fait un divorce entre elle et lui, et éloigne Jésus aussi loin de son E{)ouse que le ciel est loin de la terre. Maudite et malheureuse en-
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gennce, ciuieinic do la lorre et <hi ciel, cl ilc Jésus lo Dieu du ciel et do la lerre.
IV. Jésus donc, qui cf)ti,snorocll)éiiildo sn présciK (; les églises (|uo voiisnvcz vues en France, et y reçoit, en sa propre porsotuie, les va'n\ et iionnn.iges de son peu[ile, n'est point dans ces églises (juo vous vovcz en An^N-lerre. Kt cetlo pauvre proviin o, privée; <le Jésus cl de la loi (jne lui et ses disciples ont nnnoncéo au monde, n'est pins, depuis (juelipjcs années, (ju'un désert de grilce et de religion, et un rcp/iir*? de serpents (jiii enveniment co pnys-lîi, coiunio le premier serpent a envenimé le jaradis et frajiiié do mort Adam et sa postérité.
V. Ce désert afTreux,'dnns Icfpicl je vous voyais lialtiler, porta ma pensée ?i un désert heureux (|ue vous avez (piitlé en (initiant la France, (l'est le désert rpii relève, qui honore, (jui bénit les helU's côtes do Provence. Désert oij a vécu nno ânjo inconnue h la terre el admirée au ciel, une ânie qui vaut mieux (pu? tout coque vous voyez de paré,(Je brillanl en la couroù vous êtes, une âme de [ilus grand prix devant I)ieu que toute l'Angleterre ensemble.
VI. Il sudit do la nommer |)Oiir faire reconnaître sa grandeur el jon mérite, (^esl Madeleine, l'iMiiidde et fervente discipl»; de Jésus, assidue h ses pieds, attentive à sa parole, el la plus éminente en l'école de son amour. Souvenez-vous, .Madame, que les beautés que vous voyez sont périssables el ne sont cpie des ombres de la beauté suprômo et éternelle, et (jue tout ce qui fra|»[)e vos yeux, en celle cour où vous ôles, est mort et infect devant Dieu (car l'hérésie porte la mort do l'Atne), et peut-être est destiné aux flammes éiernelles. .\u lieu (lue celle Ame inconnue et cachée en ce désert, y est vivante do la vraio vie, de la vie du (ici, el maintenant est l'une des plus hautes el relevées personnes qui soient en la cour du Itoi du ciel et de la terre.
VII. Je vous parlai donc de celte Ame vraiment grande et vraiment nôtre, nuisqu'après la mort de celui (pi'ello aimait comme sa vie cl son Sauveur, le ciel nous l'a tlonnée, el lui a fait choisir la France [lour y |>arfairo le cours do sa vie et de sa pénitence. En co discours vous [preniez plaisir à voir les actions de celle ûme, lo changement de son cœur, les élé- >alions de son es[iril, les traits rares do son amour, lo cours heureux de sa pénitence, son séjour de trois ans en l'écolo do Jésus , son séjour do trente ans en un désert inaccessible, el enfin sa mort, ou plutôt sa vie cl son enlèTOment au ciel. El vous voulûtes que je misse jiar écrit ce discours , et votre piété vous incita à l'écrire même de votre propre main, pour honorer cette sainte jiar une action royale. Ce petit discours était toujours entre vos mains; c'était voire soulas en vos ennuis, voire entretien en voire solitude; Il vous semblait, en le lisant, que vous entriez en conversation avec celte âme rare. Vous cherchiez retraite en son désert, vous ressentiez douceur en l'amertume de sa pénitence, vous preniez plaisir en ses larmes, vous trouviez repos en sa solitude, vous nourrissiez votre es|)ril des pensées et aifeclions de cette sainte. Et comme la solitude de celte âme était l'occupation de votre solitude, aussi l'obscurité de sa grotte était à votre esprit une lumière claire cl brillante, qui allumait en vous un feu céleste dans vos saints exercices.
C'est le discours que je mets sous la presse, aûn que le lustre de l'impression vous en rende la lecture plus facile el agréable. Je dois vous le dédier, Madame, puisqu'il a été fait à votre instance et pour votre service. S'il y a quelque chose de bon, le public vous le doit : car Dieu me l'a donné i)0ur vous et auprès de vous. Je vous l'offre donc. Madame, et vous l'envoie, et vous sup|)lie de choisir cette grande âme pour votre assistance en vos besoins, et à son exemple vous rendre l'humble servante de Jésus et sa disciple en l'école de son amour. 11 est le Roi des rois; il est le Roi du ciel et de la terre; il est l'objet do votre foi el l'auteur de votre salut; il sera l'objet de votre éternité el le sujet de votre félicité. Gravez-le en voire cœur, imprimez-le en votre esprit, et que votre foi l'adore et votre piété l'embrasse comme celui qui est votre vie, votre Dieu, voire amour pour iamais. Je suis,
Maaame ,
De Voire Majesté »
Le très-humble et très-obéissant serviteur,
PiEBRE, cardinal DE BERULLE.
ÉtÉVATION A JÉSUS-CHRIST NOTRE-SEIGNEUR