CHAPITRE I. amour. — II, III. Jésus ayant eu dessein
l.Le choix que Jésus fait de In Madeleine, pour de faire deux grands miracles pendant sou
la rendre rmincnte en su yrâce el en son séjour en la terre, l'un intérieur, l'autre
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extérieur , a employé celui-là sur l'âme de la Madeleine, et celui ci sur le corps du Lazare son frère, mais en sa faveur. — IV, La Madeleine e'minenle en amour, dès le moment desa conversion. — X .Explication de ces paroles, Elle a l)oaufOii|') aimé. — L'amour où Madeleine entre avec éminenccdès le moment de sa conversion, est une nouvelle manière d'amour qui commence en la terre, par le pouvoir et en hommage du nouveau mystère de l'Incarnation, et commence aux pieds de Jésus. Ce nouvel ordre d'amour plus que séraphique semble e'ire une émanation spéciale de la manière d'amour dont Jésus aime Lieu. Jésus ne dit point à Madeleine, \a et ne pèche plus; comme si elle n était plus en danger de pécher, tant son amour est puissant. Ces paroles du Fils de Dieu, où, parlant de Madeleine au moment de sa conversioti, il ne dit pas simplement quelle aime, mais qu elle et aiûié et beaucoup aimé, nous enseiynent qu un moment de cette âme vaut un siècle ; tant elle a de vie en la grâce ît de ferveur en l'amour.
I. En vos jours sur la terre, ô Jésus, mon Seigneur, et eu Theureuse conversation que vous avez eue avec le monde par l'espace de trois ans, comme INIessie de la Judée et Sauveur du monde, vous avez opéré plusieurs miracles, vous avez conféré })lusieurs grâces, et vous avez fait choix de plusieurs âmes j)Our les tirer à vous! Mais le choix le plus rare de votre amour, le plus digne objet de vos faveurs, le chef-d'œuvre de vos grâces est en la Madeleine, et le plus grand de vos miracles a été opéré à son sujet.
II. C'est en sa faveur que vous avez ressuscité le Lazare, donnant à ses larmes le ])lus grand de vos œuvres émerveillables : tomme si vous vouliez que le plus grand éclat de votre puissance servît au i)lus grand amour que vous aviez, et que son frère reçût en son corps le [il us grand de vos elîets miraculeux, comme elle était elle-même le plus grand de vos miracles sur les âmes et le plus rare effet de vos faveurs,
III. ^'ous étiez sur la terre un Dieu caché, ce disent vos prophètes : Vcre Deus absconditus, Deus Israël salvator. {Isa. xlv, 15,) En cette qualité vous aviez deux natures, l'une invisible et divine, l'autre humaine et visible. Et comme l'homme créé à voire image t'St composé de deux substances, l'une spirituelle et l'autre corporelle : aussi, ô Homme-Dieu, vous êtes composé de deux êtres, l'un divin, l'autre humain; l'un créé, l'autre incréé; l'un visible à nos yeux mortels, l'antre invisible même aux ye^ux des anges, ^''ils ne sont élevés en gloire. En cet état vous êtes un rare objet, tout divin, tout miraculeux, exposé aux hommes, adoré des anges, *H comme un ouvrier excellent, vous voulez taire aussi deux sortes de miracles. Les uns 'j-ont intérieurs, et se font à la vue des anges; les autres sont extérieurs, et se font à la vue des hommes. Le Lazare en son corps a porté le p.lus grand de vos miracles extéiieurj, et scn^ibles, et la Madeleine en son
âme a porté un de vos plus grands miracles intérieurs et invisibles par l'opéi'alion secrète de votre esprit sur son cœur et son âme. L'un de ces miracle ravit les hommes, et l'autre ravit les anges,
IV', Lorsque vous cheminiez sur la terre, opérant vos merveilles, vous avez, ô Seigneur, regardé |)lusieurs âmes; mais vos regards plus doux, ô soleil de justice, et vos rayons plus puissants ont été sur celte âme I Vous la tirez de la mort à la vie, de la vanité à la vérité ; de la créature au Créateur, et d'elle à vous-même. Vous répandez votre esprit sur son es-prit, et en un instant vous versez dans son cœur un torrent de larmes, qui découle à vos pieds elles arrose, et fait un bain salutaire qui lave saintement et suavement cette âme" pécheresse qui les répand. Vous lui donnez en un moment une grâce si abondante, qu'elle commence où à peine les autres finissent, et dès le premier pas de sa conversion elle est au sommet de la perfection, établie en un amour si haut, qu'il est digne de recevoir louanges de votre bouche sacrée, lorsque vous la daignez défendre de ses émulateurs, et clore sa justification par cette douce parole : Elle a beaucoup aimé. {Luc. vu, 47.)
Parole grande, et parole très-remarquable en la bouche du Verbe éternel. Quoi! Seigneur! l'amour est-il le partage de celle âme dès le premier moment de sa conversion ? Et votre amour, c'est-à-dire l'amour sacré de Jésus, est-il le partage do cette pécheresse? Amour singulier et nouveau; amour qui commence en la terre, et non au ciel : mais il y commence et pour la terre et j)0ur le ciel ; amour qui se forme à vos pieds, et fait désormais une nouvelle différence dans l'ordie de la grâce et dans l'ordre de l'amour, et d'un amour jilus que séraphique. il y a en vous un nouvel être qui fait un nouvel étal dans les choses créées et incréées mômes. Vous êtes un nouveau vivant en l'univers, et vous êtes aussi une nouvelle source de grâce et un nouvel objet d'amour. Et vous êtes bien digne d'être un nouveau sujet d'un nouvel ordre d'amour en l'univers. Ce nouvel ordre commence en la terre, au lieu que l'es ordres angéliques oui commencé au ciel : car c'est un ordre qui regarde le mystère de l'Incarnation, commenc ô aussi en la terre, et non au ciel; c'est un ordre affecté au temps de ce sacié mystère, et à la i)ré,-en(e de Jésus sur la terre.
Ce nouvel ordre est réservé à Madeleine, et vous voulez lui donner principauté en cet ordre et en cet amour, et voici l'heure en laquelle vous commencez d'en allumer les llamuies en son cœur, et le feu sacré de cet amour prend naissance dans les eaux qui découlent des yeux de cette humble pécheresse et très-heureuse pénitente, que je vols' collée à vos pieds et ravie en vous. Quoi ! ce nouvel amour n'est point encore dans le ciel, et il est en la terre ! Il n'est point dans les séraphins, et il est dans le cœur de celle humble cl prosternée pénitente. C'est (ju'elle est à vos pieds, et ces pieds sont plus di-
tl.KVATION A DIEU SL'U SAIMK MADtLLINE. — CIIAI'. II.
i;nes qiie lo [)lus haut des cieux. lit il est juste que ce nouvel ordre de j^râco et d'ainoiir se coiumenc e et se f(»rme en un lieu si dii^ne, U'(iuel je révère et adore, no devant pas adoier niôn)e le |>lus tiaut iles cieux, tant ils sont intérieurs aux |)ie(ls du Fils (i(î Dieu en la (erre. .Mais j'aut-il (|uo celle Ame soit élevée pour cet amour? C'est une péilieres>e, Seigneur; mais elle est à vos pieds, el, en nn lieu si sainl et si adorable, il n'y a plus (pféminence el sainteté en elle. Aussi ne parle/.-vous point de ses péchés; vous no jtarlez (jue de son amour : car l'amour a déjà «ouvert ses olFenscs : vous no parlez que de ses larmes, de ses [larlums, do son amour et de son soin h baiser, à laver ol à essuyer vos [lieds.
\ . Que si les [lenséos basses du pliarision vous obligent h outrer en sa vie |)assée, vous le coulez en une |iaiole, el encore «o n'est (jue pour honorer son amour, et lui allribuer la rémission do. ses laules : Beaucoup lie péchés, ce diles-vous, lui sont remis : car eUenbeaucoupaimé. (L«c.vii,i7.)Môrne l'avis donné ailleurs de ne plus [léclier ne lui est point ici donné comme cola élail superllu à son amour, tant il est fort et [)uissant. Celle flme est tellement couverie de ses larmes, el son cœur fomlu en amour, que rien n'y [)araît qu'amour, si ce n'est au dédaigneux pharisien qui n'a point d'yeux ()0ur voir cet amour ni celte âme. Ainsi l'amour, et l'amour de Jésus est le partage de Madeleine, et dès lors il est le partage de cette Ame sainte, heureuse et glorieuse; et dès lors même elle est en cet amour : car, Seigneur, vous ne dites j)as seulement, quelle aime, mais quelle a aimé, et quelle a beaucoup aimé. O merveille ! ô grandeur, ô rareté de l'amour qui repose au cœur eten l'espritde celle mé()risée pénitente. Le pharisien la dédaigne, et il semble que vous ne la regardiez jias, ô Seigneur! Kl toutefois son amour est grand, et est grand dès le premier instant de la naissance de celle àmc en votre grâce et amour. Elle ne fait que d'arriver à vos pieds, el à ces pieds divins elle a fait un si grand progrès, que son amour n)érite d'ôlre eslimé grand, et par celui qui est l'amour et la grandeur môme.
C'est la première heure de sa vie en la grâce. Kl toutefois, ô Jésus mon Seigneur, vous qui posez toutes choses et avez en vos mains le poids du sanctuaire, pesant celle âme et son amour, vous ne dites pas quelle aime, mais qu'elle a aimé, et qu'elle a beaucoup aimé, coiume si déjà elle y avait employé (dusioiirs jours, plusieurs mois cl [ilusieurs années. Mais c'est qu'un moment de cette âme vaut un siècle, tant elle a de vie et de vigueur en la grâce, et de ferveur en i'acnour. El en son abaissement à vos [)ieds, ô Jésus, elle a une élévation si haute et si puissante, qu'en bien peu de temps elle fait un pi ogres atlmirable en l'école sacrée de votre amour. Plût à Dieu que le cours de ma vie fût é(|uivalont à un do ses moments, ,et (pi'apiès tous les ans d'une vie longue et laborieuse je jiuissc avoir quelque part à
ce degré d'amour par lecjuel elle a comnioncé, et en faveur dur|uel vous daignez prononeor quelle a beaucoup aimé. O âme 1 Ci amour! ô pécheresse' ô pénitente! ô Jésus, source de pénitence, de grâce et d'amour!
CHArmiE II.
L HEUREUX TK.MPS DL SKJOl R DU FILS DB DIKU SUH LA TKIIIIE.
I. L'he\ir et la dignité dr la terre par la présence (lu fils de Dieu conversant. Il faut attendre choses grandes de cet Homme- Dieu pendant le temps qu'il daigne séjourner en la terre. — II. Le premier amour que Dieu avait produit a été perdu au ciel en la chute des anges, et il doit être réparé par Jésus en la terre. — l\\. Il y est réparé avec avantage, et il est vrai de dire que la gretce et l'amour qui procèdent du mysti'rc de l'Incarnation surpassent tout . ce qui avait précédé. Quand on dit que le premier amour a été réparé en Madeleine, et ce avec avantage, la \ ierge n'y est point comprise, comme étant par-dessus les chœurs, et ne recevant nulle comparaison. La Vierge nest comprise ni dans les propositions du péché, ni même dans celle de grâce, si elle ny est nommément exprimée. La Madeleine est celle que Jésus a choisie, pour réparer en elle Vamour perdu au ciel.
I. Que c'est un temps heureux que celui de la vie et du séjour de Jésus en la terre ! C'est un temps de mystères et de merveilles ; c'est un temps désirable et salutaire; c'est le printemps delà grâce et du salut; c'est la plénitude des temps, ce dit l'Ecriture; c'est en ce temps que les choses plus grandes et les plus émervcillables doivent être opérées, [»ar hommage à la présence d'un Dieu naissant et vivant, d'un Dieu marchant et conversant, d'un Dieu parlant et opérant sur la terre. Que la terre s'élève et s'éjouisse, et que le ciel s'abaisse et s'étonne en la vue el honneur de celle vérité. Il y a en la terre de [>lus grandes merveilles que dans le ciel : car vous êtes en la terre, ô Jésus mon Seigneur! et vous n'êtes pas encore au ciel, et vous êtes le Dieu du ciel el de la terre I Au ciel je vois des anges, j'admire et leur grâce et leur gloire ; mais je vois un Homme-Dieu en la terre, et en lui je vois une grâce, source de grâce, et une gloire, source vive de gloire. Les anges qui habitent les cieux ont un être excellent, mais créé toutefois. Ce nouvel homme, qui habite la terre, est un nouveau vivant, auteur de la vie, el la vie même. 11 est un divin composé de l'être créé et incréé, composé de deux êires si ditrérents, mais si liés ensemble : l'un est déifié par l'autre, et l'autre ne peut être avili par l'être créé, humain et abject que nous voyons. En cette bassesse il y a une grandeur incomparable, et en cette disette un trésor inestimable, trésor que la terre soûle [)Osséde lors, et que le ciel même cher; che et adore en la terre. Si nous avons à estimer ia terre, ne l'estimons et ne l'aimons ouc pa-co [ue le Fils de Dieu s'est incarné
OKLVRLS COMPLETES DU CARDINAL DE DEKLLLE.
en la torre, et non au ciel. C'est la terre qui voit et porte cet Homme-Dieu ; le ciel ne le lient pas encore, et la terre est honorée de sa présence, est marquée de ses pas, est enseignée de sa parole, est arrosée de son sang, est honorée de ses mystères. Sujet digne d'estimer plus la terre que le ciel. Or cet Homme-Dieu, ce nouveau citoyen de la terre, honorant la terre en laquelle il est né, lui donne des privilèges dignes de sa naissance, et veut faire de plus grandes œuvres dans la terre que celles qui avaient été faites jusqu'alors dans le ciel. 11 veut mémo réparer en la terre ce qui s'est perdu au ciel, et le ré|)arer en une manière plus excellente, digne du Verbe incarné, digne de la sublimité des pensées de la Sapience éternelle revêtue de notre humanité, digne de notre humanité, digne de l'éminence des voies de celui qui est la voie, la vie et la vérité.
II. Au ciel s'est perdu le plus haut degré d'amour qui avait été créé, et ce par la perte du premier ange, auquel il avait été donné. Et c'est en la terre que se doit réparer cet amour perdu dans le ciel, c'est aux pieds de Jé^us que cet amour doit être réparé; et il doit être réparé en un degré plus haut, en une manière plus excellente, pour faire hommage au mystère d'amour, qui est l'Incarnation, et four rendre honneur au triom[)he d'amour, qui est Jésus, l'amour du ciel et de la terre, l'amour des anges et des hommes, l'amour du Père éternel, et son Fils bien-aimé, auquel il prend son souverain plaisir.
III. Je reçois volontiers cette pensée qui honore Jésus, et le sacré mystère de l'Incarnation : c'est le mystère des mystères. Sa grandeur et sa dignité nous persuadent aisément que la grûce qui en découle surpasse celle qui a été avant son eflicace, soit au paradis de la terre, soit au paradis du ciel. Ni l'homme, ni les anges n'ont reçu chose semblable aux choses grandes et précieuses (ainsi les nomme le premier des apôtres) qui nous sont préparées en Jésus-Christ Notre-Seigneur. C'est une grâce incomparable, et les anges en leur gloire l'admirent et la révèrent, et ne prennent autre rang (jue de!^ servants à celte grâce. L'amour fondé en cette grâce nouvelle et dépendante de l'Homme-Dieu, surpasse l'amour infus aux anges dedans le ciel, et rallume en la terre un plus grand feu d'amour que celui qui s'est éteint au ciel. Je ne parle point ici de la Vierge. Son amour et sa grâce ne reçoivent [ioint de comparaison ; sa dignité la rend trop proche du Créateur, en qualité de mère, pour être comparée à cet ange, non lias fiiême à tous les anges ensemble. Elle est leur souveraine, et non pas leur compagne ; elle a suréminence sur toutes les créatures et de la terre et du ciel.
En cet excès d'amour, de grandeur, de dignté qui lui appartient, et qui surpasse les pensées et des hommes et des anges, il ne la faut jamais comprendre dans les proposi-' tions du péché ni de la grâce : partout elle
a son exception, si elle n'est nommément exprimée; partout elle a ses privilèges. Sans intérêt donc de la Vierge, et même avec hommage au Fils et à la Mère de Dieu, suivons nos pensées, et poursuivons notre discours de l'amour perdu dedans le ciel, et réparé dedans la terre. C'est dignité à cet amour qu'il soit réparé par Jésus, et c'est honneur à Jésus qu'il soit réparé par luimême en la terre, au jour de ses bassesses, et non au jour de sa puissance et de sa gloire. Je me rends donc facilement à croire que c'est par Jésus en la terre que cet amour céleste doit être réparé; ([ue c'est à ses pieds divins que se doit faire ce divin ouvrage, comme pour rendre hommage à l'amour et à l'abaissement de Jésus en la terre, Mais sur qui tombera ce sort heureux? L'Evangile nous marque et rejirésenle la Madeleine fréquente et assidue aux pieds de Jésus : c'est par là qu'elle con)mence chez le pharisien; c'est parla qu'elle continue chez Marthe, sa sœur, et chez Sin^on le lépreux, en BéJianie; c'est par là qu'elle finit au pied de la croix, et au sépulcre encore, au regard de Jésus paraissant en forme de jardinier. Partout nous la voyons aux pieds sacrés de Jésus. C'est son séjour et son partage ; c'est son amour et sa conversation, c'est sa marque et sa différence dans la grâce; et c'est elle aussi qui recueille à ses pieds sacrés la rosée céleste et le divin amour perdu dedans le ciel, et Jésus est celui qui le répare et le répand dedans son cœur lorsqu'elle est à ses pieds.