‹ Œuvres complètesChapitre 75 sur 540 · KI.KVATION SUR SAINTE · texte numérisé non relu

KI.KVATION SUR SAINTE

ttirum. Kt res vios diverses sont aulaiil d'étals diiréroiils en la grâce du ciel el do l.i terre.

Le nouvel élal dont nous parlons est un d'iceux, el il se trouve relevé de la c()ui|iagnie et a.ssocialion «i la Mère de Jésus. () nouvel ordr(î de la cr(jix el du ciel loul ensend)lel onlre intérieur et invi.sihlcaux liouiines el visible aux anges! Ordre des Ames cruciliécs avec Jésus el par Jésus ! ordre naissant en la croix de Jésu-.! onlre coiumençjMit en la personne de la Niei^'c, el en la per>onne de la Madeleine! ordre fondé en ces p.'iroles el en ces patentes : Slahant juxln vrticnn Jesu, Marin mater ejus,t'[c., et Marin Mmjdalenn. Onlre d'amour, de croix el de niarlvredes cteurs et des esprits! ordi'C de constance et fermeté, digneniefit représenté |»arce sacré évani^éliste et par ce wuAStnbnnt. Ordre d'alliance el de proximité douce, aoioureuse et douloureuse à Jésus, et à Jésus comme erucilié. Proximité dignement exprimée par celte autre parole :Juxtu,L-{juxta crue e m Jcsu.

Car il faut distinguer el peser toutes ces p.'imles; elles jtrocèdent il'un esprit puissant el élevé, qui porte le nom d'aigle entre les évangélistes, et le nom (Je bien-aimé enire les a|)ôtres,et c'est aussi celui qui ijous rapporte les plus hauts secrets de Jésus el de j'école de Jésus. El il appert que idusieurs veulent bien être proches de Jésus, mais non |ias de la croix de Jésus. Mais la croix n'éloigne pas Madeleine de Jésus, elle se tient proche et de lui et de sa croix; et il est vrai (le dire que Jésus et sa croix étaient encore l)lus proches el de la Vierge et de Madeleine, que ce texte sacré ne l'exprime. Car et Jésus et la croix de Jésus sont dans le cœur de la Vierge et dans le cœur de Madeleine, et c'est lorsque Jésus attache .Madeleine à soi-même et àsacroix visiblement el constamment, nonobstant les soldats el nonobstant les Juifs. Uecueillons donc de ces discours et de ces paroles de l'évangéliste bien-aimé deJésus, que Madeleine est lidèle h Jésus, est présente k Jésus, est proche de Jésus el de sa croix, est attachée à la croix et à Jésus : Juxla crucem Jesu; est en un nouvel ordre et étal d'amour, de croix el de douleur au regard de Jésus. Vil. Et toutefois Jésus ne la daigne pas consoler d'une seule parole. 11 ne parle ni d'elle, ni à elle, comme si elle était ensevelie en sa mémoire. 11 |arle au bon larron qui ne fait que commencer à le connaître, el ne dit mot à Madeleine, qui le sert el l'aime de si longtemps, el l'aime d'un amour si parfait et si excellent, et l'aime encore depuis peu, d'une nouvelle sorte d'amour. 11 parle à sa sainte Mère et à saint Jean, et il ne parle point à Madeleine qui est en leur coQr)agnie; il parle au Père éternel sur soi el sur ceux-là même (]ui le crucifient, el il ne parle ni à Madeleine ni sur Madeleine, qui est crucifiée par son amour même. Il semble que le Verbe incarné n'a jamais été si abondant eu paroles qu'au dernier jour de sa vie el soutfrance; il fait un grand el long discours à tous ses apôtres sur son état

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nrésenl et sur leur condition; il parle h saint Pierre qui le doit méconnaître el à Judas qui le doit trahir. Il parle deux f<)is à Judas et ne parle pas une seule fois h .Madeleine; il parle aux soldats qui le vieinienl prernJre, à C.iiiihe (jui l'examiiie, à Pilate (pii le juge; à Hérode il ne dit mot, ni à .Madeleine. O lléioile méjirisant Jésus ! ô .Madeleine niéprisant tout et soi-même pour Jésus! à esprits par trop dillérents, et dillérenls fiour une éiernitéîet toutefois ils sont, ce semlde, également traités! Faut-il que Jésus soit sans parole à l'une aussi bien qu'à l'autre? faut-il que, dans l'étal de la croix, il y ail uu luêmo lot pour Héiodo cl (lour .Madeleine, et (|ue Jésus parle aussi peu à .Madeleine qu'a Hérode? O sort trop semblable en deux personnes si dissemblables! Mais Hérode p.Mle à Jésus, et JéîUS ne parle point à Hérode; el .Madeleine ne parle pointa Jésus, comme Jésus ne parle point à .Madeleine; elle ne lui parle point à la vérité, mais son cu'ur parle, et parle le langage d'amour qui est le langage du cœur. Elle entretient Jésus de son silence, et le silence de Jésus sert d'entretien à .Madeleine ; et le cœur de Jésus l'arlu à Madeleine el pour. Madeleine au Père éternel, comme nous verrons en peu de lignes en l'ordonnance de la croix établie sur elle. Autrefois elle a répandu en silence ses larmes et ses odeurs sur Jésus, car vous voyez que chez le pharisien elle ne dit mot, et au banquet de Béthanie, où elle réitère, sinon ses larmes, au moins ses parfums, elle le fait encore sans paroles, toujours aimante el toujours épandant son cœur et son esprit, mais toujours en pleurant. Comme donc elle répand et ses larmes el ses odeurs sur Jésus en silence, aussi Jésus répand maintenant son sang sur Madeleine en silence. Lors elle était sans parole, mais non sans amour vers Jésus; et maintenant Jésus n'est pas sans amour vers Madeleine, bien qu'il soit sans parole. La puissance de son esprit, et de son es()ril soutirant, est étendue sur Madeleine, el elle entre par amour en conformité d'esprit et d'état avec Jésus. Elle souffre par amour ce que Jésus souU're par les Juifs, et celle croix crucifie Madeleine en Jésus et avec Jésus, ces épines couronnent el navrent Madeleine aussi bien que Jésus, et ce fer de la lance qui perce le cœar mort de Jésus, jterce le cœur vivant de Madeleine. Tous deux en croix, en douleur, en souffrance, et en croix et souffrance d'amour excellent et divin.

Vlll. Mais Jésus meurt en celte croix, et Madeleine ne meurt pas ; car en mourant, il lui donne la vie et s'imprime en son cœur, comme en une cire amollie par ses rayons. Dans les derniers efforts de celte vie mourante, de cette mort vivante, il grave en elle sa vie, sa croix, sa mort et son amour; el cet amour est toujours vivant et vivifiant en elle. Jésus est vie et amoyr tout ensemble : mais il est amour vivant el vivant dans la morl même, car encore que Jésus meure, l'amour qui est en Jés.is ne meurt pas; cet amour qui fait mourirJ ésus ne peut mourir; au

OtL'YRES COMPLETES DL CARDINAL DE BERL'LLE.

contraire 11 est vivant, régnant et »riompha^ll dans la mort même de Jésus. Celte mort est Ift vie et le triomphe de cet amour qui vit el pè^'ne dedans ces flammes. On a dit autrefois de°l'amour qu'il est fort comme la mort ; disons que l'amour dominant en Jésus est plus fort que la vie de Jésus, et que la mort même de Jésus ; car l'amour fait mourir Jésus, el la mort de Jésus ne fait pas mourir l'amour de Jésus. Cet amour est vivant et régnant en Jésus mort, el fait vivre Madeleine ; c'est sa vie, c'est son amour, et c'est pourquoi elle ne meurt poinl en la mort de Jésus ; ne mourant pas, elle est crnciQée , car son amour est crucitié et il l'a crucifiée aussi, el la crucifiera trente ans durant en une autre manière et en une autre montagne que le Calvaire. Elle en porte l'ordonnance au pied de la croix, et livrant son coeur à Jésus, à sa croix, à son amour, plie adore l'ordonnance rigoureuse du Père éternel, qui consomme la vie de son Fils unique dans les rigueurs de la croix.

Après donc que tout est consommé, et que vous l'avez ainsi déclaré, ô Jésus, par votre sacrée jiarole; vous expirez, ô Seigneur de la vie, et on vous détache de la crois où l'amour et l'obéissance vous avaient attaché; et vous exi)iranl, elle reçoit votre esprit dans son esprit, et votre corps mort en ses bras, et l'accompagne jusqu'au sépulcre de Joseph où il doit être dé['Osé. Là elle est la dernière qui vous quille, el ne vous quille que pour ne vous pas quitter, c'est-à-dire pour satisfaire à la loi du sabbat, el à la loi de son amour qui la porte à chercher de nouveaux parfums pour vous oindre, car ceux qu'elle avait, ont été tous épuisés sur vous en Bé- Ihanie. Mais comme elle est la dernière qui vous quitte, elle est aussi la première qui vous cherche et la première qui vous trouve. Elle vous cherche mort et elle vous trouve vivant, el vous avez voulu publier à tout le monde, par vos plus fidèles écrivains, que cette pauvre pécheresse, que cette humble pénitente, que celte délivrée des démons el du péché, que cette âme méprisée du pharisien et reprise de vos disciples est la première de tous, même est la première de tous vos apôtres, qui a reçu le privilège de vous voir vivant et ressuscité en gloire ; car l'un de vos évangélisles nous dit ces grandes paroles : Apparuit primo Mariœ Magdalenœ, de qua ejecerat seplem dœmonia. [Marc, xvi, 9.) Le Seigneur ressuscitant a apparu pi-emièrement à Marie Madeleine, de laquelle autrefois il avait chassé septdémons;comme si vous vouliez qu'entrant en votre vie, en votre vie nouvelle, en votre vie glorieuse el immortelle, lepremieracte extérieur de cette vie grande et divine, remarqué dans l'Ecriture, fût un acte et visite d'amour vers cette âme qui ne vivait que [lar la vie qu'elle avait en vous. O primauté de grâce, de faveur el d'amour de Jésus vers Madeleine! ô primauté singulière el remarquable, et aussi remarquée par le Saiiit-Ksj)rit qui a dicté votre Evangile à vos disciples et apôtres I me sera- \-i\ permis de penser et de dire que cette

primauté défaveur est rendue à l'excellence el à la primauté de son amour.

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