LA MADELEINE EST 4LX PIEDS DE LA CROIX
1. Jc'susestallachcà la croix par les mains des Juifs, et Madeleine par amour. Les ténèbres universelles ne purent empêcher Madeleine de voir Jésus en la croix. Jésus n'est ni mourant ni captif au regard de Madeleine ; mais toujours vivant et opérant en elle. — II. Madeleine plus éminente en amour vers Jésus, est aussi, entre les disciples, celle qui soujfre le plus avec lui. Le même amour qui triomphe de Jésus, le réduisant à la croix, triomphe de Madeleine, la réduisant à vivre et à mourir tout ensemble. Madeleine aux pieds de la croix reçoit une nouvelle impression d'amour, mais cet amour est douleur. L'amour de Jésus porte ses qualités et livrées, et l'amour qui procède de Jésus souffrant porte impression de souffrance. — lll. Ua.nour de Madeleine a commencé par douleur chez te pharisien; mais lors sa douleur était sur flle-méme, et maintenant elle est au regard de Jésus chargé de douleurs. Une des excellences de Madeleine est d'être la première et la plus haute en l'amour, en la
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE RERULLE
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croix et en la douleur au regard de Ji'sus. On ne comprend point ici la Vierge, qui 11 entre jamais en comparaison. Qualité' de la douleur de sainfe Madeleine, très-élevée par-dessus la nature. Les larmes naturelles ne sont pas dignes de pleurer Jésus, et il semble que c'est ce que Jésus reprend dans les femmes de Jérusalem. — IV. Jésus prend plaisir aux larmes de Madeleine, comme étant lui-même et le sujet pour lequel elle pleure, et le principe qui produit sa douleur et ses larmes. Il y a un regard mutuel d'amour et de douleur, entre Jésus pendant en la croix et Madeleine au pied de la croix. L'extrémité de l'amour passe celle de la douleur, puisque la douleur ne vient que d'amour. Les souffrances de Madeleine font souffrir Jésus. L'amour et la douleur de Madeleine s'accroissent l'un l'autre. — V. Une des rigueurs de Jésus en croix vers Madeleine, est que, parlant à plusieurs et de plusieurs, il ne parle ni à elle ni d'elle. Fidélité et adhérence de Madeleine à Jésus en croix, en un temps cù les apôtres fuient et les autres dames suivent de loin. Explication de ces paroles : Stabanl juxta crucem Jésus Mater ejus, etc., et Maria Magdalona. — VI. Adhérence de Madeleine à Marie, Mère de Jésus, dans le temps que Jésus est en croix. Ces deux paroles : Slahant et ']u\\,n, appropriées à la Mère et à la fidèle servante de Jésus, marquent une singulière appartenance à sa croix. En ces deux personnes commence le nouvel ordre des âmes crucifiées avec Jésus-Christ. Plusieurs veulent bien être proches de Jésus, mais non pas de sa croix. — VII. Il pèse derechef que Jésus ne parte ni à Madeleine ni de Madeleine. Mais que comme Madeleine ne parle à Jésus qu'en silence et d'un langage d'amour, Jésus lui pétrie en la même manière. Opérations admirables de Jésus en silence, sur Madeleine en silence. — VIII. Dans la grande conformité de Jésus en croix et de Madeleine, il y a cette différence que Jésus meurt et elle ne meurt pas, car sa mort même opère en elU une vie d'amour et de croix. L'amour qui fuit mourir Jésus ne peut mourir. L'amour de Jésus est plus fort que sa mort, puisque sa mort ne peut faire mourir son amour. La vie d'amour que Madeleine reçoit de Jésus mourant est cause qu'elle ne meurt point; mais son amour qui est crucifié, la crucifie pour le reste de ses jours. Conduite de la Madeleine vers Jésus en état de mort. Elle est la dernière qui le quitte et la première qui le cherche ; et elle est aussi la première à qui Jésus apparaît. Explication de ces paroles de saint Marc : Apparuit uriiio Mariœ Maydalecae.
I. Mais quittons ce banquei et allons à la croix qui en est si proche, et nous y trouverons Madeleine attachée tandis que Jésus y est attaché. Là elle n"a vie qu'en la croix, et n'a sentiment qu'aux douleurs de son Sauveur. Il est sa vie, et puisqu il est en iroix, sa vie est en la croix. Les Juifs ne l'y
ont pas attachée, mais l'amour l'y attache, et i)ar (les liens plus forts et plus saints que ceux qui sont en la main de ces barbares. Au pieil de cette croix elle élève ses yeux et son âme à Jésus ; les ténèbres répantlues sur la terre ne lui en peuvent ôter la vue. A la vérité le soleil est honteux de montrer sa clarté, en voyant le Père de lumière obscurci de tant de disgrâces. La terre est couverte de ténèbres, pour marque des ténèbres de son infidélité, mais ces ténèbres no I)euvent couvrir Jésus à Madeleine. Ce soleil qui s'est éclipsé, n'est pas le soleil de cette âme, elle a une autre lumière que la sienne, et Jésus est le soleil de Madeleine, qui ne s'éclipse [loint dans son cœur. Il est lors plus lumineux en elle qu'il ne fut jamais; il l'éclairé dans ses ténèbres, et mourant en la croix, il demeure vivant pour elle, et il opère comme vivant en elle, même dedans sa mort. Vivant et attaché en croix, il est captif et non plus libre; il est souffrant et non [ilus opérant, et il semble que son pouvoir aussi bien que ses mains sont attachés en cette croix. Mais Jésus n'est point captif pour Madeleine, son pouvoir n'est point lié pour elle ; moins il opère lors dans la Judée, plus il est 0[)érant dans l'esprit de IMadoleine, et il y opère choses grandes que la terre ne peut connaître en ses ténèbres, que le ciel nous révélera en sa lumière.
II. Ce nous est assez de dire et de penser que, (dus l'objet e^t digne, plus il y a d'amour, plus il y a de douleur soit en la souffrance, soit en la sé|)aration tle ce qui est aimé. Or tout ceci se trouve joint en la croix en la Madeleine, et ce avec excès et en excellence, li n'y aura jamais un plus digne objet d'amour que Jésus, et Jésus souffrant, et souffrant choses étranges, et les souffrant par amour même. Et ce qui augmeiUe encore et l'amour et la douleur, c'est que cette souffrance se termine à nous ravir Jésus. Entre tous les disciples de Jésus, il n'y ava t point une âme plus fidèle et constmte en aii.our que Madeleine, ni entre les (lécheurs de la terre un cœur plus noble et plus disposé à recevoir les impressions de l'amour céleste; et le tem[)s le plus jiropre à cette im[)ression sainte est celui de la croix et de la mort de Jésus. La croix est le trône et le triomphe de l'amour de Jésus ; là cet amour triomphe de Jésus môme, et il veut triompher aussi de celte humble disciiile de Jésus ; il triomphe du Maître en la réduisant h la mort, non par l'impuissance de sa personne , car elle est divine ; mais par la puissance de lamour au(]uel Dieu même veut céder. Par cette même |)uiss3nce iJ triomphe de la disciide, en la faisant vivre et mourir tout ensemble , et vivre et mourir par amour. Au pied donc de cette croix où Jésus est mourant, où Madeleine est attachée, et où l'amour de Jésus est régnant et triomphant, Matleleine reçoit une forte et nouvelle im{)ression d'amoi:r; mais cet amour est douleur, et cette douleur est amour, amour et douleur tout ensemble, douleur aimante et <;mour douloureux. El
LLKVATION SIR SAINIK MMUIUINK. — CIIAP. V.
ri) ri'cîsl pfls riiorvoillc, cela ronvienl h l.i iwiluro ol Hiix circoiisiaiiccs des choses présentcs. L'nmoiir de Jésus [lorlo ses f|unlil«'s ot les cnuliMirs de Jûsiis niôiiif; si Ji^>u> ««si AU l'iol, son aiiKJiir csl ((^'Icsle, et ri'liiitnre (lit (|iiu nous renversons <njx cicnx {Philip. m, 20) ; s'il esl en croix, son nniour est criiciliù ; et un ^rnnd saint nnvré (Je cet amour a ilil : Aninr mens crucifixus est ; si Jésus est en navmrc cl en dou^ou^, cet amour est navn'int cl douloureux. Or Jésus lors csl en soiilVr.ince, cnuvert de |)laics de|iuis la lôlo jusqu'aux pieds, el il esl proiircmenl cet lionune de douleur donl nous [)arle Isaïe. Au.^si l'amour de Jésus c>l plein de blessures el de douleurs, el il esl lors Iransftunié en douleur dans le cceur de celte âme.
ill Ce n'est pasclioso nouvelle à celle âme, ni h son amour d'ùlrc en douleur; son aujour a commencé [tar larmes el par douleur ciiez le plunisien, el il continue en larlues el en douleur au jued de la croix do Jésus; mais chez le pharisien la ilouleur de «elle âme était sur elle-môiue et sur ses ofleiiM's, cl ici s(îs larujes el sa douleur ont un plus digne ohjel; ses larmes se ré|tandenl sur Jésus, et son cœur esl navré de douleur sur les douleurs de Jésus môme, el sur la perle (lu'elle va faire de Jésus. Celle douleur est en un si haut (loint, que comme cette âme sainte est sans |)areille en amour, fclle est aussi sans [)areille en douleur. Car après la très->ainle Vierge (qui est la Mèie de Jésus mô.iic, el n'entre point en comparaison avec ses disciples et servantes), cette âme que nous voyons au pied de la croii, a recueilli de la croix de Jésus plus d'amour el de douleur, que pas une âme, ni alors, ni après; et c'est une de ces excellences, d'être la première et la plus haute en Vamonr, en la croix et en la douleur au regard de Jésus. Et nous verrons ci-après comme Jésus témoigne, honore et récompense celte excellence el primauté, en la visitant et consolant la première de toutes après sa résurrection glorieuse, comme si sa première visite et faveur était due au plus grand amour cl à la douleur la plus grande. Ne jugeons lias humainement et bassement de chose si Iiaute et si divine; n'estimons pas cette douleur simplement humaine et naturelle, telle que les objets impriment dans les sens, et les sens dans l'esprit j)ar une suite et liaison commune et ordinaire ; et peut-être que les larmes que le Fils de Dieu reprend en sa passion, étaient de celte sorte quand il dil : Filiœ Jérusalem, nolite flere super me, scd super vos. {Luc. xx.iii, 28.)
IV. Mais Jésus quia toujours défendu Madeleine, ne la reprend pas ici; son amour a une source plus haute, et sa douleur aussi ; et c'est pourquoi le Fils de Dieu ne reprend point ses larmes, mais il y prend plaisir et il s'y baigrie aussi bien que dans son sang et dans ses douleurs. Car c'est lui-même qui qui produit ses larmes dans son cœur, 11 en est non-seulement le sujet, mais la cause par sa puissance el jiar ^on opération secrète. Une main si sainte et si divine opère
OEuvaES coMPL. i>E DE Berulle.
et cet amour ot celle douleur en .Madeleine, (^el amour tlonc sera d'.'nilant plus grand el la rlouleur d'aulant plus vive, (|ue la main qui l'opère est [iliis [luissanle et (ju'ello opère proportionnellement h la dignité de sa croix, de sa jiersonne el de son amour envers trihi â(ne. <) croix ! ô Jésus 1 6 Madelciru'! ô douleur 1 A afuour! Madeleine donc navrée d'amour, outrée de douleur, regarde et contemple Jésus vivant, soulfrant el mourant en la croix ; el Jésus navré en son corps, el plus encore en son C(f!ur, regarde ot Cfintemple .Madcdeine vivante cl soulfrante à ses pied'-. Jésus csl en douleur [»uiM|u'il est en la croix, et c'est ici le jour qui le fait nommer par un prophète, l'homme non-seulement de douleur, mais de douleurs : Virum dolorum. f/.sa, i-iii, 3.) Tant elles sont en grand nombre. Kl comme il est en douleur il est en amour. Car sa douleur el sa croix viennent d'.imour. Tellement que ce jour sacré el cet état présent de Jésus est le jour et l'état de douleur et d'amour tout ensemble, et d'amour encore bien [)lus grand et |>lus vif que la douleur, quoi((u'elIe soit extrême. Mais l'extrémité d'amour passe l'exlrémité de douleur, puisque Jésus n'est en douleur que par amour el par excès d'amour. En cet état j'ose dire môme qu'une des {)ointes de la douleur de Jésus, esl l'amour et douleur de Madeleine, laquelle il voit soutTranle par son amour. Jésus est la vie et l'amour de cette âme, et dès longtemps. Et celte âme se voit au jour de sa plus grande douleur, puisqu'elle est au jour de la mort et souffrance de son Seigneur, qui est son Dieu, son amour et son tout. Sa douleur augmente son amour, et son amour engendre sa douleur, et c'est un flux et retlux perpétuel de douleur et d'amour en ce cœur pur, saint et dolent de Madeleine, Ce jour donc est le jour de douleur el d'amour, de Jésus et de Madeleine.
V. Or en cet amour sacré el divin, en cet amour grand et réciproque, je vois, ce semble, une rigueur exercée par l'amour même et par la bénignité même, c'est-à-dire par Jésus ; et rigueur exercée vers une âme des plus aimées et des plus aimantes, et exercée au jour de leur plus grande douleur, et de leur plus grand amour. Mais cela convient à la croix. L'amour est crucifié, el il faut qu'il crucifie aussi. L'amour est couvert et couronné d'éi)ines, et il faut en sentir les pitjûres en sentant cet amour. Jésus donc qui parle à plusieurs en sa croix ne parle j)0int à Madeleine; Jésus qui parie de plusieurs en sa croix, ne parle point de Madeleine, et toutefois il la voit à ses pieds, et lui qui s'est souvenu de Madeleine lorsqu'elle ne pensait [loint à lui, semble ne se |)Oinl ici souvenir de Madeleine, lorsqu'elle n'est vivante et mourante que j)ar son amour. Elle est fidèle à Jésus, et ses apôtres qui étaient avec lui au jardin des Olives, l'ayant quitté, Madeleine qui n'était point avec lui en ce jardin, et au temps de sa ta|>fure, le cherche, le trouve et le suit au milieu des soldats el des Juifs, au teiu,i
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d"e sa condamnation et de ses soufTrances (25). Elle est non-seulement fidèle et cherchante, mais elle est adhérente à Jésus, lille est à ses côtés tandis qu'il est en croix.
Et le texte sacré joint Madeleine à la Vierge en ce jour ménierable, en cette grande action, et en cette proximité de la croix, Juxta crucem Jesu. Elle est donc fidèle à Jésus, elle est cherchant Jésus, elle est présente à Jésus souffrant, même elle ne se contente pas d'être |»résente, cela ne suflTit pas h son amour; elle s'approche de Jésus et de sa croix, et n'en demeure pas éloignée comme les autres dames de Galilée (26), qui contemplent de loin ce spectacle d'amour et de douleur extrêuie. Elle se sépare d'elles et se joint à la Vierge, et s'approche de Jésus et de sa croix, selon que dit saint Jean (xix, 25) : Stabant juxta crucem. Elle est collée et attachée à Jésus en sa croix, et ce sang ruisselant de Jésus est le ciment qui joint le cœur de Jésus et de Madeleine ensemble. Et Madeleine est attachée à la croix de Jésus par des clous plus forts que ceux dont les Juifs y ont attaché son Sauveur et son amour. Jésus donc voit Madeleine à ses pieds, et Madeleine contemple Jésus en sa croix. Ces regards sont mutuels et réciproques, et ces deux cœurs sont deux miroirs qui, étant proches, se rapportent et se représentent l'un à l'autre. Qui verrait le cœur de Jésus, y verrait Madeleine empreinte ; qui verrait le cœur de Madeleine y verrait Jésus et Jésus souffrant, vivement imprimé.
Que cette âme, et l'amour de celte âme, et sa force et constance en amour, nous ravisse et nous étonne; Madeleine n'est pas fuyante comme tous les apôtres. Car le texte sacré ne se contente pas de dire qu'ils se sont mis en fuite, mais nous dit notamment, fugerunt omnes. 0\x étiez-vons alors, ô Madeleine 1 vous n'eussiez pas fui, mais vous eussiez voulu être semblable à votre amour. Et puisque Jésus était cai)tif, vous eussiez été captive comme lui et avec lui, et cette captivité vouseûtété re[)0s et liberté. Mais, puisque ce bonheur ne vous est pas arrivé, vous courez après Jésus, le cherchant et le poursuivant avec beaucoup plus d'amour et de douleur, entre les Juifs et les soldats, les clous et les épines, que vous ne l'avez cherché autrefois en un banquet chez le pharisien. Et si lors vous avez lai.ssé Jésus chez le pharisien, vous absentant de Jésus |)ar obéissance à Jésus même, selon cette parole, \ade in pace ; ici vous ne délaissez pas Jésus entre les Juifs et les soldats, vous demeurez présente et constante au spectacle de la croix, qui crucifie votre amour et votre cœur tout ensemble. Jésus sera détaché de la croix en la présence de Madeleine, et ne sera pas détaché de son cœur ; elle le suivra jusqu'au tombeau, prenant garde où et comme on le dé|)Ose en ce lieu, pour le venir oindre aussitôt que la loi du sabbat lui permettra.
(23) Tune discipuli omties, reliclo eo, fugerunt {Matth. XXVI, 56.) (2ti) Stabant autem omnes noti ejus a longe, et
VI. Mais revenons à Jésus en la croix, et h Madeleine aux pieds de Jésus et de la croix. Ce spectacle d'horreur et de douleur ne l'en éloigne pas, nonobstant la tendresse, la douceur et la détresse de son -cœur; car son amour plus grand, plus fort, plus agissant que sa douleur, l'a[)proche de Jésus et de sa croix, puisque c'est la croix de Jésus. Elle se joint à la très-sainte Vierge, et comme elle la suit en l'amour de Jésus, elle s'approche et de la Vierge, et de Jésus, elde la croix, oiî Jésus est pendant et attaché. El saintJeannous dit d'elle commede la Vierge: Stabant juxta crucem Jesu, Maria mater ejus^ et soror matris ejus Maria Cleophe, et Maria Magdalena. Grande et heureuse proximité, et d'autant i)lus remarquable, que ce grand apôtre et évangéliste, ne parle que de ces trois personnes en qualité de proches de la croix de Jésus; et il n'use point de paro* les différentes pour Madeleine et pour la >'ierge ; il les comprend toutes deux sous un même terme, et il dit ces deux paroles grandes : Stabant et juxta. Deux paroles apj)ro|)riées par un même esprit à Marie, mère de Jésus, et à Madeleine aimante et disciple de Jésus, et appropriées à elles par l'esprit de Jésus et par la plume de son bien-aimé saint Jean.
Ces deux paroles nous apprennent un nouveau secret eu l'école de Jésus et de l'amour de Jésus. Elles nous représentent un grand et un nouvel état de la Vierge et de la Madeleine, et un état d'appartenance et de proximité à la croix de Jésus, et à Jésus en croix. Mais il faudrait un môme évangéliste pour nous décrire les secrets, les raretés, les particularités de cet état et de cette confiance de Jésus et de Jésus crucifié. Béni soyezvous, ô disciple aimé de Jésus, de nous avoir révélé ce secret, de n'avoir pas omis en votre histoire de Jésus cette particularité d'amour de cette âme aimant Jésus. Béni soit cet état de Madeleine, stable, ferme et proche de Jésus et de la croix de Jésus. O état digne de Jésus, digne de la croix de Jésus, digne de ce temps sacré, auquel Jésus fait ce grand sacrifice, ce sacrifice unique et sacrifice consommant l'Eternité, pour userdumômeterme de saint Paul. Tem[)s singulier et mémorable auquel Jésus est actuellement pendant en la croix, teujps auquel la vie mourante est source de vie éi de plusieurs vies, c'est-àdire non-seulement de plusieurs effets de vie communiqués à plusieurs âmes, mais ce qui est plus, Jésus qui est la vie et qui est lors la vie mourante, est source de plusieurs sortes de vie, qui font une très-grande et très-belle dilférence dans l'élernité; et pour une sorte de vie dont l'homme s'est privé ]iar le péché d'Adam, Jésus second Adam établit entre les hommes plusieurs sortes de vies, et est vraiment dans le paradis de la terre et du ciel, c'est-à-dire en l'Eglise militante et triomphante ; Jésus, dis-jp, est cet arbre de vie qui s'api)elle aussi tignum vi-
mulieres quœ seculœ eum erant a Gulilœa, licec vidcnies. {Luc. xxin, 49.)