LES PAROLES DES ANGES ET UE JÉSLS A MA - DEI.EINE AL SÉPLLCRE
I- Obligation spéciale de peser ce que saint Jean, ch. xx, nous apprend sur ce sujet. Sainteté du monument, gui est le trône d'un Dieu mort pour l'amour de nous. Durant ces trois jours, les anges ont partagé leur demeure: les uns étant venus au sépulcre, les autres étant demeurés au ciel : ceux-ci pour adorer le Dieu vivant, et ceux-là pour adorer un Dieu mort. Procédé étrange en une âme tout angéligue, d'avoir deux anges devant ses yeux et de ny penser pas. Elle ne pense qu'à son amour et n entretient nue sa douleur. — II. Il pèse ces paroles de la sainte : Tulerunt Douiinuin meum, et nescio, etc. Quoique Madeleine soit avec deux anges, elle ne leur parle point. Ils lui parlent les premiers, et elle leur répond peu de paroles, et c'est de son amour. Elle l'appelle le Seigneur, à raison de sa propre grandeur, et son Seigneur, à raison de son amour. Il pèse ces paroles : Hœc cum dixisset, conversa est relrorsum.// semble que les anges nont paru et parlé à Madeleine que pour donner à connaître que ce grand amour requérait que Jésus-Christ lui-même lui manifestât son nouvel état. — III. Conduite de Jésus vers Madeleine, à laquelle commençant à parler : Quid |)loras?quem qUcEris?// donne tin aiguillon d'amour, mais non pas un rayon de lumière. C'est par le nom de Marie que Jésus opère en Madeleine un effet de lumière et d'amour tout ensemble, et pourquoi. — IV. Considération de Jésus entrant dans la gloire. Jésus regarde Marie sa Mère en naissant, et ne lui parle point ; regarde Marie sa servante en renaissant et lui parle. Pouvoir apostolique donné à Madeleine vers les apôtres mêmes.
I. Il y a plaisir de voir le bien-aimé disciple décrire ces choses par le menu. Ne les négligeons pas, puisqu'il ne les a pas négligées lui-môme. Ou pour mieux dire, pensons-y volontiers, puisque le Saint-Esprit a daigné les écrire et publiera l'univers, et par un des |ilus rares el plus clioisis instruments qu'il ait eus en la terre. Selon saint Jean donc, les apôtres viennent et s'en retournent; el Madeleine demeure attachée à ce lieu, lieu vraiment désirable et bien di-
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OEUVRES compij:ïls du cardinal df nERULtr.
gno de vo«; larmes et de votre séjour, ô >Tadeloine. Ce Jieu est saint et a une dignité qui se rapporte au ciel, et le senil)le égaler; car si le ciel est le trône de Dieu vivant , ce lieu est le trône de Dieu nanrl, et mort {)onr le salut des hommes. Et durant ces trois jours, les saints anges ont partagé leur demeure; les uns demeurant dans le ciel pour y adorer le Dieu vivant, et les autres demeurant au sépulcre pour y adorer et accompagner le Dieu mort, c'est-à-dire Jésus mort et enseveli en la terre, et encore plus en l'oubli des hommes. Or les apôtres s'étant retirés, et Madeleine restée en ce saint lieu, les anges viennent aussitôt, et lui paraissent, d'oij il appert qu'ils viennent en terre, non pour les apôtres, car ils se sont retirés; mais pour Madeleine, car elle est demeurée ; et toutefois elle est si peu civile aux citoyens du ciel, et si peu courtoise aux anges qui la visitent, (jue les voyant, elle ne les regarde pas, elle ne leur parle pas, elle ne les entretient pas, elle n'y pense j)as, elle ne pense qu'à son amour, et elle n'entretient que sa douleur. Procédé, ce semble, étrange en une âme tout angélique et céleste, et laquelle aussi les anges cherchent commetelle ; mais elle ne les cherche pas, elle cherche le Seigneur des anges, et rien ne la peut arrêter et occujier que lui.
11. Ell^ donc ne parlant point aux anges, les anges se résolvent de lui [)arler, et de rompre son silence, en lui demandant le sujet de ses larmes : Mitiifr, quidploras ? [Joan. XX, 12.) Elle leur dit lors ces pitoyables [)aroles : Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. [Ibid., 13.) Ce pourpar- 1er est court, et bientôt infini ; et toutefois il est entre deux anges et une âme angélique. Mais un amour si grand ne permet pas plus de paroles. Je ne laisse pourtant pas de m'étonner et des anges et de Madeleine; car, ô sainte âme, la beauté, la splendeur, la clarté de ces anges descendant du ciel, et descendant lors pour vous seule en la terre, nestelle i)oint capable de toucher votre cœur, d'essuyer tant soit peu vos larmes, d'arrêter un peu votre es[)rit, et devons contenter en leur aspect et en leur soin vers votre âme? Tant d'objets de la terre nous louchent, nous ravissent, nous transportent si aisément hors de notre devoir même. Et ces objets du ciel ne sont-ils p-as bien dignes au moins d'arrêter tant soit })eu votre pensée et vous induire à les entretenir? Non, votre amour et votre esprit est absorbé dans celuiquevous nommez le Soigneur, à raison de sa propre grandeur, et votre Seigneur, à raison de votre amour. Et vous n'avez ni cœur, ni esprit, ni pensée, ni parole pour autre sujet. Ces anges sont devant vous, vous ne les regardez pas, car ce n'est pas eux que vous cherchez ; vous ne leur parlez [)as , car ce n'est pas eux à qui vous pensez ; et eux vous parlant, vous ne leur dites qu'une parole, et vous cherchez ailleurs ce que vous ne trouvez pas en leur présence : Quœ cum dixisset, conversaestretrorsum. {Ihid., U.) C'est pourquoi vous délaissez ces anges, et '.e sépul-
cre oh Jésus n'est plus, et vous tournez vos regards et vos pensées ailleurs.
Mais vous, ô saints anges, dites-moi s'il vous plaît, venez-vous du ciel en terre pour ne dire que ces deux paroles h celte âme? c'est beaucoupl'honorer, mais peii la consoler. A la vérité c'est porter beaucoup de respect à son amour, que de venir du ciel pour lui paraître, et de ne venir et paraître que pour lui dire si peu de paroles : Mais ce n'est pas porter remède à sa douleur. Vous qui savez le sujet de ses larmes et la gloire de son Seigneur, que ne lui ditesvous le secret qu'elle ignore, et la vie glorieuse de celui qu'elle va cherchant entre les morts? Votre silence respectueux me fait connaître que cela est réservé non aux anges mais au Seigneur des anges. ¥A\q ]echerche si ardemment, si pitoyablement,, pour honorer un tel amour, il veut être le premier à lui dire lui-même et à lui montrer sa gloire, l'amour que cette âme lui porte et qu'il porte à cette âme le requiert aussi. Ainsi Dieu souvent diffère à nous consoler, pour nous honorer et nous consoler davantage. Les anges donc demeurant en silence et Madeleine en douleur, le Seigneur apparaît non comme le Seigneur mais comme un jardinier ( car il veut encore exercer et éprouver lui-même l'amour de celte âme), et il lui tient le même propos que lui avaient tenu les anges (car aussi l'avaientils fait par son ordonnance) : Mulier, quid ploras ? Et pour donner un nouvel aiguillon à son amour, il ajoute, quem quœris ? Mais un amour si grand ne peut plus supporter de délai. A|)rès ces deux paroles il se manifeste, y\ découvre sa gloire, il lui rend son esprit, il lui ouvre les yeux et elle voit vivant celui qu'elle cherche mort et elle est ravie de joie, d'amour et de lumière en la présence de Jésus, en laprésence de ce soleil vivant.
111. C'est le premier effet de Jésus en sa gloire, c'est un nouvel état de grâce en Madeleine ; c'est une vie nouvelle en cette âme au regard de Jésus. 11 est ressuscité, il fait aussi comme une résurrection d'état de vie et d'amour en elle. Voyons jilus d'une fois comme cet œuvre rare s'accomplit, et comme Jésus y procède. Tout est mystérieux en Jésus," tout y est digne de respect et de remarque ; mais le premier etfet de sa vie nouvelle mérite bien une vénération .et observation singulière. Jésus donc ressuscité veut prendre la forme de jardinier, et paraître ainsi à cette sainte amante , pour se rendre présent, mais inconnu, à elle sous celte forme étrangère : Jésus lui parle et l'enlretient de sa douleur et de son amour, lui disant: Quid ploras? quem quœris? et par ces paroles lui donne un aiguillon d'amour mais non pas un rayon de lumière.
Car elle ne connaît pas celui qu'elle a présent et celui qu'elle cherche avec tant do douleur, ces prO|)os étant finis entre Jésus et elle, Jésus profère une simple |)arole et lui dit Maria et ce nom excite en elle amour et lumière; et, ravissement de lumière et
ELKYATÎON SUR SAINTE MAnFXKiNE. — CHAI». Mil.
<l'flmoiiret donne à M.idoleinc la plus liaiilo t>t (l(^sir«^e conrinissnnre cl, la |»lus n^^ré.ihh; joiiissnnco du plus digne (dijt'l nu'cllt,' eiU pu rt'^jardcr; cl, elle voit celui ijui est la vin qui esl sa vio, cl doinoure ravie de ecUc vie nouvelle de celle vie de yloire.
Béni soyez-vous, ù Jésus, d'.ivoir ainsi essuyé s(!s larmes d converli sa douleur en jouissance, el d'avoir employé ce beau nom de Marie, ce seul nom d« Marie pour un tel eiïil d'amour el de lunuère. > ous avez employé voire présence, voire vrjix el vos paroles en lui ili-ani : iMulitr, q\iid ploras f quem (jnœris 'f mais sans ell'cl ; car ee nonol»>l;Mil elle no connaît point celui (ju'elle elior» lie, celui «ju'elle a présent el celui rpii lui lient un si doux jiropos. \'oii.s prctlére/ lo doux nouille Marie, le seul ikuu de Marie, et ses yeux sontouverls en la prolalicjii île ce nom, comme ceux dos deux disciples en la fraclion mystérieuse faite en Kmmaiis.Cenom Avait irop d'alliance avec Jésus en la personne de sa sainte Mère ; el en la personne encore de celle sainte disciple, pour no [tas joindre aussitùl deux cœurs el deux esprits .si proches el si préparés i l'aniour saint et niuluel l'un de Taulre. Il scrlà Madeleine de 1)01 ter ce beau nom de Marie, et le Dieu de Lénédiclion, letjuel bénit tout en ses saints, veut bénir ce nom saint et vénérable et le veut employer au premier elfel de sa résurrection, et donner i)ar icelui la premièro connaissance de sa vie et de sa gloire. O nom de grâce, d'amour el de lumière ! O nom lié et liant à Jésus 1 O nom liant Madeleine à Jésus et lui faisant connaître son Dieu, son amour el son Sauveur ! C'est le premier nom proféré par Jésus en la résurrection ; el Madeleine aussi la prenoière de tous les mortels, selon l'évan^élisle qui voit Jésus le Fils unique de Dieu, le Sauveur du monde el le Dieu de son cœur dans la vie, dans la gloire. O grandeur 1 ô amour I ô faveur nonpareille 1
IV. Ces pensées me ravissent el je m'abîme en leur profondilé, je ne puis les quitter, je les repasse souvent par mon esprit el je m'y repose volontiers, ô Jésus mon Seigneur, et ce d'auianl plus que j'y vois votre gloire, votre amour el voire conduite admirable. A[)rès la croix donc, a|)rès la mortel le sépulcre, après tant de labeurs, d'opprobres el de douleurs, vous êtes en rejios ; et, ô Jésus mon Seigneur vous êtes en votre gloire et vous y ^les pour jamais, et vous ne faites que d entrer en cette vie de gloire. J"ai autrefois contemplé votre entrée en la vie mortelle et passible, el vos premières et principales actions en icelle. Je veux aussi contempler votre entrée en celle vie nouvelle, admirable el immortelle: et vos premières actions en cet état. O Seigneur toui-|>uissanl ! ô roi de gloire 1 ô Dieu d'amour, que dirai-je? ijuc penserai-je? Je veux ouvrir le livre de vie et le livre de votre vie ce sont les Ecritures. Là je trouve que la première personne que vous avez visiléc en votre vie nouvelle elen votre éial de gloire, c'est Madeleine. Là je trouve que la
|ipemière parole que vous avez prononcée en cet état heureux, s'est adressée \ elle et cr»Mrornait ses larmes et ses douleurs : Muli'-r, (jidd plnrm ? \M je trouve que le premier nom <pie voire bouche sacrée a jirononcé en cette gloire c'e^t son nom, ce nom doiii de Marie qui lui donne lumière, qui lui fait (onnaltre son Seigneur, qui la fait fondre à ses pieds, qui lui redonne la vie el lo combb; de joie el d'un nouvel amour.
(juand vous naissez , Seigneur en Rethléem, à la vérité les premiers regards do vos yeux morlels , srmt sur votre sainte Mère ; mais vous ne lui parlez point, vous no proférez point son nom qui esl le môme nom de Marie, bien que ce nom soit consacré en sa personne, h I innocence et à la maternité divine, et .*i une éminence de grAce qui n'aura jamais rien de pareil; vous ne le proférez [las toutefois et vous demeurez dans le silence, el dans l'impuissance sacrée de votre enfance. Quand vous renaissez, Seigneur, au sépulcre, en votre vie do gloire, vos [iremiers regards et le premier aspect de vos yeux immortels, glorieux et brillants comme un soleil, sont sur Madeleine, vos premières jiaroles sont à Madeleine, le premier nom (pie vous prononcez c'est son nom, ce nom de Marie, nom consacré en sa personne à l'amour et à la [•énitence : et la première commission que vous donnez et s'il m'est permis de parler ainsi, la première bulle el [)alenteque vous avez expédiée dans voire état de gloire et de puissance, est à elle, la faisant un a|)ôtre, mais apôtre de vie, de gloire et d'amour ; et apôtre vers vos apôtres. Il y a quelque temps que vous les avez faits a[)ôlres. Seigneur mais durant voire vie mortelle; vous les avez faits douze, en nombre el vous les avez faits vos ajiôtres, mais vers le monde, pour lui annoncer votre croix et votre mort; ici vous faites Madeleine votre apôtre en votre état de gloire, et en ce nouvel étal vous la faite seule a[iôlre el l'apôtre de voire seule vie, car elle n'annonce et ne publie que voire vie, votre puissance et votre gloire. Et vous la faites un apôtre non vers le monde mais vers les ai'ôtres , mêmes du monde, et vers les pasteurs universels de voire Eglise tant il vous plaît relever l'honneur et l'amour de celte âme.