‹ Œuvres complètesChapitre 78 sur 540 · SÉPARATION DE JESUS DAVEC MADELEINE AL SÉPLLCBE · texte numérisé non relu

SÉPARATION DE JESUS DAVEC MADELEINE AL SÉPLLCBE

Rigueur en Jésus vers Madeleine au même temps de cette grande faveur, par ces paroles : Noli me langere. Et quune âme si fidèle en Cobéissance et si extatique en l'amour, soit, ce semble, obligée de manquer à l'un ou à l'autre. Mais cette même privatxition du fruit de son amour, lui donne une nouvelle puissance et puissance d'amour pour la porter. L'amour de Madeleine subsiste par voie d'être et non d'entretien et d'opération, et ressemble au feu en son élément, où Use conserve sans mouvement el sans pâture.

OEUVRES COMPLETES DL' CARDINAL DE BEl'.LLLE.

Parmi ces grandeurs , ces faveurs , ces douceurs, permettez-moi, Seigneur, que je vo\is dise que j'v trouve une rigueur extrême. Car aussi tôt qu'elle est avec vous, vous la séparez de vous; aussitôtqu'elle vous connaît, qu'elle fond à vos pieds et qu'elle se lie à vous conmie à sa vie et à son amour ; vous Téloignez de vous et l'obligez de manquer, ou à son amour ou à son obéissance. Grand combat en une âme de telle fidélité en l'obéissance et de tel excès en l'amaur, et procédé bien différent de celui que vous avez tenu avec elle chez le pharisien, lorsqu'elle ne fait qu'entrer en votre grâce et connaissance. Là vous laissez cette humble pénitente longuement à vos pieds,, vous la laissez pleinement satisfaire à sa douleur et à sou amour ; même vous faite un long discours au pharisien, pour donner plus de lt»mps et de loisir aux excès de ses offices et de sa piété vers vous : et ici, ô Seigneur, vous ne permettez à celte divine amante d'être à vos pieds qu'un seul moment^ vous ne lui permettez qu'une seule parole, Rabboni (Joan. xx, 16), et au même instant vous la séparez, vous l'envoyez, vous rentrez dans le secret de votre lumière inaccessible et invisible à tout homme mortel, et elle ne vous voit plus, ne vous trouve plus, ne vous possède plus, ce semble. Vous êtes la vie, laissez-la vivre ea vous» vous êtes sa vie, laissez-la vivre de vous; au moins donnez-lui autant d'heures et do moments qu'il y a qu'elle vous pleure, qu'elle vous cherche et qu'elle vous Imprime en son cœur : mais il en arrive bien autrement. Au même instant qu'elle vous trouve, elle trouve en vous une pierre plus dure que celle du sépulcre quevosanges lui ont ôlée. Vous lui êtes une pierre, non d'achoppement à la vérité mais de5é})arati(>n,el vous frappez vous-même le coup de celte séparation ce semble rigoureuse ; et ce qui passe la rigueur même, vous la séparez dans l'excès d'un si grand amour. Je trouverais ce coup insupportable s'il n'était de vous, et s'il n'était par amour et s'il n'était même pour un j)lus grand amour. Car tout ce qui est de vous donne vie, force et amour ; et dans votre amour, privant cette âme du fruit de son amour, vous lui donnez une nouvelle puissance, et puissance d'amour pour porter cette privation, cette rigueur et cette séparation, séparation secrètement et insensiblement unissant son âme à vous en une nouvelle manière. O amour pur, céleste et divine 1 Amour qui n'a besoin d'entretien et sentiment aucun ; amour qui susbsiste par voie d'être et non par voie d'entretien, d'exercice et d'opération ; amour qui, comme ces feux célestes, se conserve en son âme comme en son élément sans mouvement et sans pâture ; au lieu que les feux terrestres sont en mouvement perpétuel et ont i)esoin d'aliment pour être conservés et entretenus ici bas comme en un lieu qui leur est étranger.

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