‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 540 · iUANDKMlS lU! JKSTS. — DtDlCACK AL UOJ. l · texte numérisé non relu

iUANDKMlS lU! JKSTS. — DtDlCACK AL UOJ. l

ijiel i>a gloire ol son coiilciiliMncMil en leur liien cl en l<;ur re|»o>? Il n'en vont nu'h l'iiéréaie et non ?» riiéi6ti(|ut' : h riiL'ré>ie liiiionso (.-t mnu<lilc (jni lui ravit le (œnr des siens; qui lui Icrine les pf»rli;s <le ses villn.s; qui ouvre les rolFres de ses tinances |)Our les ravir; (|ui reui|ilit ses pays de soldats et d'années ; (|ui apfiello les élranyers n |)iller son royaume; (jui parla^^o et cantonne son Klal et ses rirovinces; qui sont tous eiïets (jui ne re^|lirent pas i'Kvangile «'t ne ressentent rien île ll-lj^lise, si ce n'est de celte nouvelle sorte d'Kgiisc! «mji h.'liit (Jes citadelles et jihal les église-) : ({iii fait des sold.ils et capitaines et défait les ec(lé.si.isli(|ues ; (]ui fait des lueuitres et des ruines et ne fait point de miracles au monde, Kglise apostatiq\ie et non aiio.^tolique, dont les crjncilos sont les armées, dont les patriarcats .sont les cercles, dont les canonnades >otil l'iivangile. Kglise, (jui, venant h la terre sans mission et sans puissance d'à] ôlres et de ()a>leurs pour prftclier, usurjie la mission et la puissance dos rois, pour donnner et j)Our couvrir et ellVayer la terre de soldats, de canons et d'armées ; et en ce double attentat et usurpation furieuse et illégitime, paraît dès sa naissance commo un monstre en l'htat et en Tliglisc, impie en l'un et rehelle en l'autre.

Exhortation iiitx rebelles à se rendre an roi, en leur rejirrsentanl son pouvoir cl sa clémence.— Mais votre clémence et piété. Sire, siirj)asse et l'impiété et la lébellion de ce}> esprits dévoyés de la foi due à Dieu, cl de la (ilélilé <pii vous est due. Car je vois que V(itre Majesté, portée par les vents de sa piospéiilé.jusipraiix extrémités de s<jn royaume, foudroyant de ses canons ses derniéies villes rehellés, et élant aux termes de reprendre sa puissance absolue et d'em|)orter une victoire entière sur ses ennemis, entre en pensée do paix pour l'amour do son peu[ile. Je vois Votre Majesté arrêter, par sa (Joui eur, le couis de SCS victoires. Je la vois ravir h soi-même la gNjire île son irioiiijilie, pour ne ravir à ses sujets le bien de la jiaix, et pour triompher de leurs cœurs el de leurs volontés. Je la vois oublier sa gloire et leurs oll'enses, pour ne pas oublier sa bonté envers eux, qui, s'oublianl eux-mômes, s'étaient rendus très-dignes de son courroux, très-indignes de sa clémence. Je la vois ajouter à son titre de Juste, le titre de Pacifitiur. Je la vois planter l'olivier de la |»aix à l'ombre de ses palmes, se rendant aimable et vénérai)lc aux deux partis qui divisent la France, Aux catholiques, par sa piété, employant ses beaux jours, non aux délices, non à l'oisiveté, non aux intérêts d'une ambition particulière, mais à l'honneur de celui pour qui les hommes et les rois sont créés. Aux liéréiiques, par sa clémence, les recevant à ses pieds si bénignement et si inopinément à miséricorde, a[)iès tant de rébellions et d'ofl'unses.

Mais, esprits d'orage et de tempête, sera-t-il bien possible que, comme votre puissance vient fondre aux pieds de sa majesté, vos cœurs soient amollis i)ar les rayons de sa douceur el clémence? Sera-t-il bien jiossible que vous réformez vos humeurs, vos desseins el vos pensées premières? Sera-t-il bien possible que vous gardiez la loi de Dieu et la loi du prince, chose que votre foi nous |)rôche être inqiossible? Mais le roi veut avoir meilleure opinion de votre intention que de votre religion; veut oublier vos fureurs, })Ourvu que vous les oubliiez vous-mêmes; veul vous tenir pour son [leuple, pourvu que vous le teniez pour votre j>rince et lui obéiïsiez comme à votre roi légitime. Vous rendrez-vous capables de ces pensées tranquilles et salutaires? Ne vous rendrez-vous point indignes de ces conseils pacitiques? Ne ferez-vous plus la guerre en la paix par vos inventions ordinaires, comme le roi fait la paix en la guerre par sa douceur extraordinaire?

Changiez d'humeur et d'es[)iit, Messieurs, et, prosternés aux pieds du roi, recevez la paix de sa bonté royaie; recevez la paix de sa clémence et non de votre puissance; recevez la paix avec un es|)rit de [)aix et d'obéissance. Kt voyez que ce prince est une tleur de la branche royale épanouie eu nos jours, et une perle de la rosée du ciel, de la rosée de ce granil saint" Louis dont il porte le noui, l'innocence el le sceptre. Ce prince vous doit être vénérable jiar sa bonté, et reiloutable par sa {)uissance. Car Dieu, qui a mis en son cœur la douceur pour vous 5up»porter, a mis en son bras la puissance pour vous confondre. l"t le roi porte en sa main l'anneau de Cygès. ]iour rendre votre Kglise de visible invisible.

Jt représente ce que mérite l'Eglise invisible cla hérétiques. — C'est vous qui nous apprenez ces deux sortes d'Hglise, visible et invisible, et, selon vos principes, ce ne sont pas des métaux si éloignés qu'il ne se trouve aisément un mercure commun qui les [misse allier : et il ne faut pas désormais user d'une grande alchimie, pour trauslormer l'état juéseni et visible de votre Kglise en son état premier et invisible. Ktal invisible qui est })ropre et naturel à votre Eghse, et duquel elle est en possession il y a seize cents ans : possession publiée par vous, reconnue de nous, avouée de tous et non enviée de personne, (/est son état ancien et ordinaire, état en sa longue durée favorable à la France; car, depuis douze cents ans que tleurit notre monarchie, elle ne s'en plaint point du tout. Au lieu que cet état, présent el visible de votre Kglise, est tout nouveau et extraordinaire à votre Eglise» et fort dommageable à la France : car il n'est que depuis qualre-vingts ans, 'et de[iuis elle ne voit que schisme et division, que guerres et embrasements, que ruines et saccagenients. Vous naissez en nos jours, et vous naissez en conjurant; vous croissez en combattant, vous exi)irez en ruinant, et nous n'avons presque point de marques plus expresses de votre visibilité, que les marques sensibles du mystère de votre iniquité. Heureux ei glorieux, qui, pour le bien de vos âmes, fera rentrer votre Eglise dans ce premier séjour

I5i (EL VUES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE. ISî

de son antiquité, dans ce chaos de son invisibilité 1 Heureux qui fera vivre vos cercles, vos assemblées et vos ministres sous l'empire et les lois de l'Eglise invisible, et qui les fera vivre des pensions et décimes de l'Eglise invisible, comme ils veulent vous faire vivre en la terre, de la foi et conduite de l'Kglise invisible!

// exhorte le roi à la ruine de ihc'rcsie. — Mais j'ai peur, Sire, de presser par trop ces esprits difficiles et de les irriter, comme si nous voulions la mort du pécheur; au lieu que leur parlant de la sorte, nous ne voulons que Ja mort de leur erreur, et nous ne souhaitons, sinon qu'ils se convertissent, et vivent tranquillement sur la terre et glorieusement dans les cieux. C'est l'esprit de l'Eglise, accoutumée dès son berceau à répandre son sang, et non à répandre le sang d'aulrui. C'est la voix de l'Eglise qui emploie ses clameurs pour la conversion des pécheurs, à l'exemple de son Epoux et de son Sauveur qui prie pour ceux qui le persécutent. Par sa conduite nous prions pour eux, et nous ne respirons que le salut de leurs âmes, le bonheur de la France, la grandeur de Votre Majesté, à laquelle je m'adresse de nouveau, la suppliant de considérer que les rois n'ont pas de jilus glorieux ornement de leur grandeur que la piété, ni leur Eiat de plus ferme appui que la religion ; que Dieu vous a fait roi en un Etat si grand et si florissant qu'il est rornemenl de l'univers, la gloire de l'Europe et la défense de la chrétienté ; (pie cet Etat si grand et si puissant est l'Etat qui a le |ilus duré en sa monarchie, et que Dieu a suscité en l'univers au premieir déchet et débris de remi»ire, comme pour être la ressource de Tenipire, et aussi, entre tous les Etals de l'Europe il a été le premier ({ui a donné en Occident des empereurs au monde ; que toute la chrétienté a les jeux ouverts sur Votre Majesté et attend des merveilles de votre piété ; et vous voyant avor succédé comme miraculeusement à de si grands Etats, se promet que vous restituerez la paix et la tranquillité à l'Etat de Dieu qui est son Eglise.

11 y a soixante ans que l'hérésie agite la nacelle de l'Eglise et ébranle même les fondements d'un Etat si florissant comme le vôtre, et tend à y éteindre le gouvernement de la monarchie. Tout le bien qui se consomme et se pille sous ce prétexte, c'est le nerf de votre autorité ; le sang qui se répand, c'est le sang de vos enfants; les villes qui se détruisent sont les parcs des [rouj)eaux que Dieu vous a commis. Il est temps de pourvoir à un mal si grand et si furieux, qui jette son venin et sa fureur sur toutes les parties nobles de cet Etat menacé de ruine. Car l'hérésie est un corps qui ébranle, qui agile qui infecte tous les corj)s de la France.

Le clergé est ruiné, la noblesse violée, le peuple foulé. Les spagyriques en la nature, par la recherche des symfiathies et antipathies, trouvent les dissolvants de tous les corps naturels, quelque solidité qu'ils aient, et en viennent aisément à bout avec quelques petites graines et une simple rosée. Les spagyriques en l'Etat trouveront aisément le dissolvant de ce corps furieux et factieux qui agite toutes les parties de l'Etat et qui blesse à mort tous les corps de la France. C'est à quoi Votre Majesté doit |)enser ; c'est à quoi son conseil la doit servir ; c'est à quoi votre grandeur et piété se doit appliquer. Et vous devez être un Alexandre, regardant le ciel et la terre tout ensemble; ce qui est impossible dans la nature, mais facile en la grâce. Aussi c'était U'art de peinture qui donnait cette grâce au portrait d'Alexandre, et l'art du Saint-Es[)rit et la conduite de sa grâce le vous donnera et vous fera regarder d'un œil la terre pour la régir, et d'un autre le ciel pour en tirer secours, et [)rendre la conduite de voire dignité royale comme elle y prend s(in origine. Aivez et régnez ainsi. Régnez pour Jésus-Christ, comme vous régnez par Jésus-Christ. Soumettez votre pouvoir à son em|)ire et référez-le à son service. Consacrez votre diadème à sa croix triomphante et victorieuse ; elau tem()S ordonné par sa saitience, il vous fera roi avec lui dans les cieux, vous conduisant de grandeur en grandeur, des grandeurs de la terre aux grandeurs du ciel ; et à celte couronne temporelle que vous l'Ortez, il substituera la couronne éternelle. Voilà l'usage légitime et la fin digne de la qualité royale : qualité périssable en la terre, mais immoi'lelle sur les cieux oij vous devez .as[)irer par vos actions royales. C'est le vouloir et le conseil de Dieu sur vous, qui vous a oint et sacré sur son peuple. Ce sont les vœux qu'olfre dedans le ciel, devant l'autel de l'Agneau immaculé, celui duquel vous avez le nom et le sceptre. Et ce sont les désirs et les vœux en la terre de tous vos sujets, qui vous aiment et révèrent connue leur[)rince, et vous souhaitent, à l'exemple des premiers Chrétiens, et à bien meilleurs litres, un empire assuré, des armes victorieuses, un peuple obéissant, un cunsed lidéle, un Eial pacitifiue, une vie longue, une maison tranquille, une lignée heureuse. Et ce qui passe les bornes de tout ce que le sens humain peut souhaiter d'heureux à voire grandeur , et est vraiment digne de la piété et religion chrétienne , une assistance de Dieu qui vous conduise i)ar la luain, et vous fasse passer saintement par les prospérités temporelles (car elles ne font que passer), que vous arriviez heureusement aux pj-ospérilés éleraelles. Ce sont les vœux en particulier de celui qui est. Sire, De Votre Majesté ,

Le très-humble, et très-obéissant, et trés-fidèle sujet et serviteur,

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