CHAPITRE XIV
KOUVEL AMOUR QUI DANS CE DESERT CRUCIFIE MADELEINE, EN l'hONiNEUR ET AMOUR DE JÉSUS CRUCIFIÉ.
Jésus au ciel et en la terre est une vive source de grâce et d'amour, mais d'amour différent. Au ciel, il est source d'un amour de jouissance ; et en la terre, d'un amour de souffrance : mais en l amour de souffrance, il y a plusieurs sortes d'amour. Madeleine, en son désert, a une part éminente, non-
seulement en l'amour séparant, mais en l'amour crucifiant. Plaies vives en Jésus, et cause de vie et de joie dans le ciel aux esprits bienheureux, mais cause de douleur en la terre aux âmes qui y participent. Jésus s'iînprime en Madeleine comme souffrant et homme de douleurs. Jésus, étant en lu croix, fait une ordonnance de croix sur Madeleine, et il l'exécute en son temps. Tandis que Jésus fut attaché à la croix, le Père éternel fit en son honneur des miracles extérieurs dans la nature inanimée, et des miracles intérieurs en la Vierge et en Madeleine, pour honorer les souffrances de l'âme de son Fils. Mais cet état de souffrance ne fit que commencer alors en Madeleine, et il se parachève dans son désert.
Mais je découvre encore une autre sorte d'amour qui vous tourmente en ce désert, et amour procédant de Jésus. Jésus au ciel et en la terie est une vive source de grâce et d'amour, irais d'amour difféient. Au ciel il est source d'un amour de jouissance, et en la lerreil source d'un amour de souffrance. Mais en l'amour de souffrance il y a encore plusieurs sortes d'amour. Il y a un amour séparant, et une i-artie de v(jtie vie en ce désert s'est p'assée en l'école et l'exercice de cet amour. Il y a un amour crucilianl : car Jésus en l'honneur de sa vie, de sa mort, de ses langueurs en la croix, est source d'une nouvelle sorte d'amour qui met l'âme en tourment, et comme Jésus au ciel imprime sa gloire, en terre il im[)rime sa croix, et resjirit porte une croix intérieure et spirituelle en l'honneur et imitation de Jésus crucifié. Et cette sorte d'amour est réservée aux âmes plus excellentes, conmie en sa croixaparulô plus grand honneur et le plus excellentamour de Jésus versIePèreéiernel.
Madeleine donc, choisie entre les pi us choisies, excellente entre les plus excellentes, a une part éminente et une principauté même en cette terre d'amour. C'est votre vie, ô Madeleine, en ce désert. C'est votre amour, et cette sorte d'amour est un des principaux exercices de votre âme. Car Jésus est votre amour, et Jésus est crucilié, votre amour est donc crucifié , et vous êtes crucifiée aussi. Et ce Jésus , qui est votre amour, est un divin caractère qui s'afiplique à vous, et s'imprime à vous, non comme glorifié, mais comme crucifié, et vous imprime ses plaies qu'il a réservéesdansle ciel. Ces plaies à la vérité sont maintenant glorieuses, mais autrefois elles ont été douleureuses : elles sonlmaintenant vives, et principe de vie en Jésus luôme : car ces plaies cjui l'ont fait mourii-en la croix, le font vivre au ciel, et par un secret admirable sont une des causes de sa vie, comme elles ont été autrefois une des causes de sa mort. Plaies mortelles et immortelles en Jésus, selon les élaistlilférenls. Plaies vives, et cause de vie et de joie dans le ciel aux esjjrits bienheureux, mais sanglante et cause de douleur en la terre aux âmes qui y j/articipent.
Ainsi ces plaies donnent au ciel vie et joie à Jésus ; mais en cette terre elles don-
ELEVATION Sin S.MNTF: M\r)ELi:lNK. — CIIAP. XV.
miil douleur à Matlolciric. Cm il les lui a|i|ili(|uu, \u)i\ L-uiiiiiM'glorit'use.s, niiii.scoiniiie (Joulourc'uscs, et il s'iiiifif iiiic lui-tiiùnio à vous, ô Arue >iiii)le et soulIVatil*', |.our vous linT il une [dus grande .sou lira iico, vl aiis.si il .s'iui|iriniL' à vous coinnit' soullianl lui- UM^uie, el |»lt;iM de douleur, lel (jiie .son pr'oojiète le MOUS dé|>eiiil (juand il l'appelle, Ihommc de douleurs. [Isni. i.iii, 3.) Mt il vous l'ail porter une partie de la croix intérieure, spirituelle et divine que son âme divine a portée en la croix pour votre salut, et pour la gloire de son l'ère. Souvenez-vous ipie vous étiez nu pied di; celle croix, ô Madeleine 1 Ih lout était croix en Jé>us ; son corps, son Auie, sa (junlité, tout est en croix, el loul porte luarijue île croix. L'i il était proclamé roi, el en ce te (jualité il est couronné, mais couronné d'épines, el son litre el sn personne sont attachés à la croix, el aussi ses ordonnances sont ordonnan»-es de croix. lui la croix donc en (jualité de roi, el de roi de votre âme (car son titre porte (ju'il est roi des Juifs) comme roi donc de votre ûmo j»ar Sun titre en la croix, et par votre amour, lui étant en son trône, el vous h ses pieds, il lil une ordonnance sur votre âme, et ordonnance de croix, mais do croix rare, haute et singulière, que les Juifs ne j)euvent exécuter, que les anges révèrent et admirent, el (|uil veut exécuter lui-même en son temps, lanl elle est sainte el divine. Il le fait maintenant lui-même, et vous portez en ce dé.>ei t l'exécution de cette sainte ordonnance. Jésus o()éranl en vous (avec proportion) ce que le l'ère opérait en lui à la croix, et vous comrauni(juant une partie des sentiments douloureux, el des im|)ressions saintes, qui ont été grav( es en ce tem|)S-là dans son es[)rit par re3|)ril de son Père.
Lors le Père éternel fit des miracles extérieurs dans la nature corporelle, au ciel et en la terre, au soleil el en la lune, au voile du temple et aux pierres. Miracles de douleur, mais en la nature inanimée; miracles pour honorer le» douleurs corporelle> et soufiVances extérieures de son Fils. 11 (il aussi des miracles intérieurs, miracles dedouleur visibles aux anges, el invisibles aux hommes, miracles pour honorer les douleurs intérieures et les souUrances secrètes el divines de l'âme de son Fils. C'était Tétai et rexercice de l'âme de la \ierge, et de la voire encore au pied de l,i croix, voyant soutlrir el mourir votre amour et votre vie, mais vous ne fîtes lors que goûter ce calice. Le breuvage eut er vous eu fut réservé à un autre temps. El c'est ce (lui se passe maintenant en votre esprit dans le désert ; c'est un des principaux états el exercices que Jésus donne à v<»tre âme en celle sainte solitude, aliii que NOUS ayez dans l'éternité autant de part à Jé>us glorilié, (pie vous aurez eu de part en la terre à Jésus crucitié.
CHAPliUE XV.
ÉLÉVATION A SAINTE MADELEINE, SLR LEXCÈS DE SON AMOLB DIVIN VEKS JÉSLS, ET DE SA VIE INCOMPAHABI.h , EN AMOLR, EN LAN- GUEURS, EN SOUFFRANCE.
Atnonr ravissanl dr Madeleine par la rue de Ji'sux non jtius crucifié, mais ijlorifié , niiitnir tjui ta conxonitne, la ravit et la lire du df'sert au ciel, et de ta croix à ta (jloire. Madeleine ornée de faveurs el de priviléijcs jiar-dessus les apôtres. I ie adrnirahle et invisible dr Madeleine . Madeleine au désert est un séraphin toujours tntelliijent, vivant et ardent.
() âme heureuse de vivrcainsi, de mourir ainsi, de soullrir ainsi en ce désert! () désert heureux de tenir et [)0ssédersi longleinfis une telle âme I Ce désert est uiio école d'amour et une école à Madeleine do plusieurs sortes d'amour. J'y vois un amour séparant, car Jésusesl au ciel, et Madeleine en terre ; j'y vois un amour cruciliant, car Jésus s'unit h elle, mais comme crucifié : et, ce qui est pis encore, il s'unil à elle comme crucifiant ; car c'est le pro[)rede l'esprit el amour de Jésus de crucifier, et rruciûi^ainsi SOS plus chères âmes. El Madeleine™ re<;oit en celle double qualité, c'est-à-dire cl comme crucifié et comme crucifiant; et elle l'embrasse de toutes les puissances de son âme, comme si elle était plus aimante que celle âme dos cantiques (C. m), lorsque, pour moindre sujet, elle tarde à recevoir son bien-aimé. Mais je vois encore dans ce désert une troisième sorte d'amour, un amour incomparable, un amour qui excède et couronne les deux amours |»récédents ; un amour qui finit son désert et sa vie. C'est un amour ravissant par la vue de Jésus , non plus crucifié, mais glorifié; amour qui la consomme, ijui la ravit et la tire du désert au ciel, et de la croix à la gloire, 0 âme! ô désert ! ô vie ! ô croix 1 ô amour ! ô gloire 1
Quelle sera celte gloire qui répond à un tel amour? Quel sera cet amour qui porte une telle croix et répond à une telle vie? Et quelle vie qui est remplie de tant d'exercices, qui est occupée de tant d'.tmour, el qui a tant d'années si saintement, si sensiblement, si divinement employées ? Je révère tous les moments de celle vie uniquement employée en votre unique amour.
J'en admire tous les effets, tous les étals, tous les jtrogrès, et je me ))erds en la pensée de ce degré suprême auquel elle est élevée. Si une heure de votre temps, aux pieds du Fils de Dieu chez le pharisien, a produit et formé en votre cœur un si giand amour que l'amour même du ciel et de la terre, c'est-à-dire Jésus, l'estime, le publie et l'admire, que devons-nous penser et dire de tant d'heures em[) oyées en la terre avec le Fils de Dieu, l'honneur, l'amour et les dé ices de l'amour et du ciel? Si deux ou trois ans en l'école du Fils de Dieu vous ont élevée si haut en amour el ornée de grâces, de faveurs et de privilèges pai-.lessus les a, ôives, et pai-des>us le bien-aimé mê i.e entre les apôtres (qui toutefois sont les premiers en l'école et état dd Fils de Dieu), quel degré, quel amour, quel éial entre losanges , entre les séraphins, et j)ar-desMi> les séraphins mêmes aurez-vous acquis en trenle
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ans d'une vie où vous ne faites que vivre et mourir par amour , oii vous ne vivez que pour aimer et pour souffrir par amour, od vous vivez d'une vie qui est si rare et si longue, et même si longue en comparaison de Ja voie et du moinent qu'on assigne aux anges, et d'une vie de laquelle ehaiiue moment est admirable et est inimiloble? 0 vie toujours ou agissante ou soulfranlt;, et choses grandes en la voie d'amour! ô vio toujours vive et rare en l'amour de Jésus, toujours vive et sublime, ou en langueur, ou en la possession de Jésus! Vie qui étonne, qui ravit les anges de voir un tel objet en terre et de voir un séraphin en un déseri, toujours intelligent, toujours vivant, toujours ardent, et n'^ajant autre usage de vie que cette vie, amour et langueur en l'amour <\n Jésus ; mais c'est aux anges et non aux hommes à pailer de celle vie ; c'est à cet ange bienheureux qui gardait ce désert ,
«averti en un paradis plus céleste que terstre ; c'est à votre ange, ô Madeleine, et non à nous d'en parler. 11 nous doit suffire de tendre un voile pour cacher celte vie, amour et langueur aux mortels, pour marque de notre insuffisance commune. Car nous ne pouvons pas en parler, ni eux en rien entendre.