‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 120 sur 138 · Seigneur françois · texte numérisé non relu

Seigneur françois

Elegie XX.

Plus de trois jours entiers dura ceste tempeste, D’eau, de gresle et d’esclairs nous menaçant la teste. A la fin arrivez sans nul danger au port,

La nef en cent morceaux se rompt contre le bord, Nous laissant sur la rade, et point n’y eut de perte Sinon elle qui fut des flots salez couverte,

Et le bagage espars que le vent secouoit,

Et qui servoit flottant aux ondes de joüet.

D’Escosse retourné, je fus mis hors de page,

Et à peine seize ans avoient borné mon âge,

Que l’an cinq cent quarante avec Baïf (•) je vins En la haute Allemaigne, où la langue j’apprins.

Mais las! à mon retour une aspre maladie,

Par ne sçay quel Destin, me vint boucher l’oüie,

Et dure m’accabla d’assommement si lourd, Qu’encores aujourd’huy j’en reste demi-sourd.

L'an d’apres, en Avril, Amour me fit surprendre, Suivant la Cour à Blois, des beaux yeux de Cassandre. Soit le nom faux ou vray, jamais le temps vainqueur N’ostera ce beau nom du marbre de mon cœur. Incontinent apres disciple je vins estre,

A Paris, de Daurat qui cinq ans fut mon maistre En Grec et en Latin ; chez luy premièrement Nostre ferme amitié print son commencement, Laquelle dans mon ame à tout jamais et celle De nostre amy Baïf sera perpétuelle.

1. C’étoit Lazare de Baïf, gentilhomme angevin, parent de ceux de Laval et de Guimené, ambassadeur pour le roi en Allemagne comme il l’avoit été à Venise, homme très savant , témoins les livres qu’il a faits De re navali, et De re vestiaria. Il étoit père de Jean Antoine Baïf, excellent poète.

Elegie XXI.

Elegie XXI

Page 1