Marguerite
38 Eclogue I.
La tante de Carlin (i), que la grâce a nourry,
La fille de François^) et la sœur de Henry(?),
La mere des vertus, qui justement mérité D’estre ensemble une perle et une Marguerite.
Bien loin de sa maison soit malheur et meschef !
Le doux miel sous ses pieds, la manne sur son chef Puisse tousjours couler, et les lis et les roses Au plus froid de l’hyver soient pour elle décloses Aux buissons de Piedmont ! et en lieu d’un torrent Le laict par la Savoye aille tousjours courant, Murmurant son renom, puis que tant elle estime Les chansons des pasteurs, leurs flûtes et leur rime !
L’autre Berger voyageur.
Que faites-vous icy, Bergers, qui surmontez Les rossignols d’avril quand d’accord vous chantez ? Que faites vous icy ? vous perdez, ce me semble,
La parole et le temps à disputer ensemble.
Ensemble partissez le prix victorieux,
Estans également les chers mignons des Dieux. Apollon et Palès et Pan vous favorisent ,
Et tous à qui mieux mieux vous honorent et prisent ; Doncques abandonnez vos frivoles discords ,
Et venez escouter les merveilleux accords De deux peres bergers, qui dessous une roche Vont dire une chanson dont Tityre n’approche.
T ous les bergers des champs y courent d’un grand pas, Tous les chevriers des monts en descendent à bas,
Et les plus durs rochers abaissent les aureilles Sur l’antre pour ouyr de si douces merveilles. Maintenant, en cherchant mon belier esgaré,
J’ay veu les deux bergers dans cet antre sacré ,
Qui ont déjà la flûte à la lèvre pour dire 4e nesçay quoy de grand qu’Apollon leur inspire.