François Ier
Henri II.
Eclogue I.
Venez doncq’ les ouyr sans disputer en vain Un prix qui ne pourroit honorer vostre main {a). Vous estes tous unis d’amitié mutuelle ,
Puis la paix entre vous vaut mieux que la querelle.
Le Chœur des Bergers.
J’ai songé sur la mi-nuit Ceste nuit,
Quand le doux sommeil nous lie,
Que mille cygnes chantoient ,
Qui sortoient Du costé de l’Italie.
J’en ay veu d’autres après ,
Plus espais,
Venir de la part d’Espagne,
Et d’autres forts et puissans,
Blanchissans ,
Du costé de l’Allemagne;
Puis , en volant tout en rond Sur le front
De Carlin , luy faire feste ,
Et, doucement le flatant,
En chantant
Luy prédire une conqueste.
[Après je vis à l’escart,
D’autre part,
Mars prisonnier d’une femme,
Et Saturne, le vieil Dieu,
De son feu
Adoucir l’ardente flamme.]
J’ay veu presque en mesme temps Le printemps «
Florir deux fois en l’année.
Dieu ces songes nous permet,
Qui promet
Quelque bonne destinée.
a. Var. :
Ostez de vos flageols et la bouche et la main.
Eclogue I.
Le second Joueur de lyre.
Un jour, au mesmelieu où nous sommes icy,
Deux bergeres ayans de leur race (i) soucy,
Bergeres de renom, de famille excellente ,
L’une mere du roy (1 2 3 4 5), l’autre du roy la tante (0, L’une venant de France et l’autre de Piedmont,
Se trouvans en cet antre où ces deux pasteurs sont, Apres avoir long temps discouru de grands choses,
Qui aux entendements de tous hommes sont closes, Appelèrent Carlin leur petit nourriçon (4),
Et luy firent par ordre une belle leçon.
Or d’autant que leurs mots contenoient la doctrine Qu’il faut qu’un jeune roy retienne en sa poitrine, Portant dedans son cœur leur precepte imprimé,
S’il veut estre des siens bien craint et bien aimé;
Les pasteurs d’icy prés, pour ne perdre la gloire De tels enseignemens si dignes de mémoire,
Par un vœu solennel aux Dieux ont ordonné Qu’en ce mois, tous les ans, à jour déterminé, Couvrant l’antre de fleurs et les prez de carolles(î), Deux pasteurs rediroient mot à mot les paroles Qu’autrefois à Carlin ces bergeres ont dit.
Et que la vive Echo par ces bois respandit ,
Afin que des pasteurs la jeunesse nouvelle Apprenne tous les ans une leçon si belle.
Or ils vont commencer ; s’il vous plaist les ouir, D’enseignemens si beaux vous pourrez réjouir?
Et , vous couchant au soir, prés du feu les redire A vos jeunes enfans à fin de les instruire ;
Car ny large moisson, ny troupeaux engraissez,
Ny bleds dans les greniers l’un sur l’autre amassez ,