‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 23 sur 138 · Vieux mot, pour dances · texte numérisé non relu

Vieux mot, pour dances

Eclogue I.

Ne vallent le sçavoir, de l’esprit l’heritage :

Par la seule leçon le pasteur devient sage.

Le premier Pasteur.

Puis que tu es, mon fils, de tant de pasteurs maistre, Et que Dieu sous ta main a mis tant de troupeaux,

Il ne faut seulement sçavoir les mener paistre,

Sçavoir les engraisser, sçavoir tondre leurs peaux.

Le second Pasteur.

Ce n’est pas tant d’avoir mille bœufs en pasture ,

Il faut les conserver et en avoir souci ;

Il faut de ton bestail cognoistre la nature,

Corriger tes bergers, te corriger aussi.

Quand les petits bergers font aux champs une faute,

Mais des maistres pasteurs elle devient si haute Qu’elle passe en grandeur les plus hautes forests.

Et pource, mon neveu, il faut dés ta jeunesse Apprendre la vertu, pour guide la suivant C’est un ferme trésor qui les hommes ne laisse,

Les autres biens mondains s’en-volent comme vent.

Pour vivre bien-heureux, crain Dieu sur toute chose ; Seul il faut l’adorer et au cœur l’imprimer,

Et le prier au soir, quand le soleil repose,

Et dés l’aube du jour, quand il sort de la mer.

Le seul commencement et la fin de science Est craindre le Seigneur et maintenir la foy

Eclogue I.

Des peuples espandus sous ton obéissance,

Qui sont enfans de Dieu aussi bien comme toy.

Sois paré de vertu , non de pompe royale :

La seule vertu peut les grands roys decorer.

Sois prince liberal : toute ame liberale Attire à soy le peuple et se fait honorer.

Porte dessur le front la honte de mal-faire ,

Aux yeux la gravité et la clemence au cœur,

La justice en la main, et de ton adversaire,

Fust-il moindre que toy, ne sois jamais moqueur.

Rens le droit à chacun , c’est la vertu première Qu’un roy doit observer; sois courageux et fort : La force du courage est la vive lumière Qui nous fait mespriser nous-mesmes et la mort.

Ne sois point arrogant, vanteur ne temeraire, Jureur, opiniastre et superbe à la main,

Mutin, chagrin, despit: le prince débonnaire Doit estre gracieux, amiable et humain.

Mesprise la richesse, et toutesfois desire ,

Comme roy valeureux, d’augmenter ton bonheur,

Et par armes un jour agrandis ton empire,

Moins pour avoir du bien que pour avoir honneur.

Sois ferme en ta parole, et de vaine promesse N’abuse tes subjets, et aux trompeurs ne croy :

ECLO GUE I.

Celuy qui par le nez, comme un bufle, se laisse Mener par les flateurs, n’est digne d’estre roy.

Sois tardif à courroux, et point ne te conseille Par jeunes éventez qui n’ont appris le bien.

Mais honore les vieux et leur preste l’aureille,

Et seul de ton cerveau n’entreprens jamais rien.

Sois constant et hardy aux fortunes pressées, Magnanime au péril, au faire industrieux,

Devance le futur par les choses passées,

Et sois du temps présent tousjours victorieux (a).

Chasse l’oisiveté, la mere de tout vice,

Et, grand seigneur, appren les mestiers d’un soldart: Sauter, luiter, courir, est honneste exercice,

Bien manier chevaux et bien lancer le dart.

Exerce ton esprit aux choses d’importance,

Aux affaires qui sont de ton privé conseil,

L’esprit en est plus sain, l’oiseuse négligence Sille les yeux des roys d’un vicieux sommeil.

Tu dois cognoistre ceux qui te font du service,

Les aimer, les chérir pour leur fidelité;

Et afin qu’apres toy honorer on les puisse, Hausse-les aux honneurs comme ils ont mérité.

a. Var. :

Magnanime au péril , prompt d’esprit et de main,

Et jugeant l’avenir par les choses passées,

Jouy du temps présent, n’atten le lendemain.

Eclogue I.

Par flateurs, par menteurs et par femmes ne donne Ny presens ny estats, malheur s’en est suivi ;

Que la seule vertu seulement on guerdonne :

Si tu le fais ainsi, tu seras bien servi.

Ne renverse jamais l’ancienne police Du pays où les loix ont fleuri si longtemps;

Ce n’est que nouveauté qui couve une malice :

Si un s’en réjouist, mille en sont mal-contens.

Jamais, si tu m’en crois , ne souffre par la teste De ton peuple ordonner tes statuts ny tes lois ;

Le peuple, variable, est une estrange beste Qui de son naturel est ennemi des rois.

N’offense le commun pour aider à toy-mesme,

Des grands et des petits sois tousjours le support :

La propre conscience est une genne extrême ,

Quand nous avons péché, qui tousjours nous remord.

Et bref, mon cher neveu, pour regner prens exemple Aux roys tes devanciers, princes chevaleureux.

Si leurs faits pour patron ta jeunesse contemple,

Tu seras non pas roy, mais un Dieu bien-heureux.

Le Choeur des Bergers.

Tout ainsi qu’une prairie Est pourtraite de cent fleurs,

Ceste neuve bergerie Est peinte de cent couleurs.

Le poëte icy ne garde

Eclogu e 1 1.

L’art de l’eclogue parfait ;

Aussi la Muse regarde A traiter un autre fait.

Pource, Envie , si tu pinces Son nom de brocars légers ,

Tu faux; car ce sont grands princes Qui parlent, et non bergers.

Il mesprise le vulgaire Et ne veut point d’autre loy,

Pour ceste fois, sinon plaire Aux grands princes et au roy.

Eclogue II

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