‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 29 sur 138 · Lancelot Caries, grand poète · texte numérisé non relu

Lancelot Caries, grand poète

Eclogu E II I.

él

Les barreaux sont de til , et la perchette blanche Qui traverse la cage est d’une coudre franche;

De pelures de jonc j’ay tissu tout le bas.

A l’un des quatre coings la coque d’un limas Pend d’un crin de cheval , voire de telle sorte Qu’on diroit à la voir qu’elle-mesme se porte.

J’ay creusé d’un sureau l’auge bien proprement Et les quatre pilliers du petit bastiment Sont d’une grosse ronce en quatre parts fenduë;

Et le cordon tressé duquel elle est pendue ,

Belin me l’a donné, houpé tout à l’entour Des couleurs qu’il gaigna de Catin l’autre jour.

J’av dedans prisonnière une jeune aloüette,

Qui aesgoise si bien qu’hier ma Cassandrette ,

Que j’aime plus que moy, m’en offrit un veau gras Avecques un chevreau, voire et si ne l’eut pas; Toutefois tu l’aura si tu me gagnes ores;

Mais je t’assure bien que tu ne l’as encores (b).

Bellot.

Pour la cage et l’oiseau je veux mettre un pannier Gentement enlacé de vergettes d’ozier,

Large et rond par le haut, qui tousjours diminué En tirant vers te bas d’une poincte menue.

L’anse est faite d’un hous qu’à force j’ay courbé;

En voulant l’attenuir le doigt je me coupé Avecque ma serpette; encores de la playe Je me deuls, quand du doigt mon flageollet j’essaye. Tout ce gentil pannier est portrait par-dessus De Mercure et d’Io, et des cent yeux d’Argus.

Io est peinte en vache et Argus en vacher :

Mercure fait le guet qui du haut d’un rocher

a. Var. :

Toutefois tu T auras si tu as la victoire ;

Mais plustost que T avoir, la nege sera noire.

Eclogue III.

Roulle à bas cet Argus, apres avoir coupée Son col du fer courbé de sa trenchante espée :

De son sang naist un paon qui, les aisles ouvrant, ’

Va de çà et de là tout le panier couvrant (a).

Il me sert à serrer des fraizes et des roses,

Il me sert à porter au marché toutes choses.

Mon Olive(i), mon cœur, desire de le voir,

Elle me veut donner son mastin pour l’avoir,

Et si ne l’aura pas; je te le mets en gage:

Il vaut mieux ny que toy, ton oiseau ny ta cage(é). Mais qui nous jugera? qui en prendra le soin? Vois-tu ce bon vieillard qui vient à nous de loin ?

A luy voir au menton la barbe venerable,

Le chef demi-couvert d’un poil gris honorable,

La houlette en la main d’un noüailleux cormier,

Le hauqueton d’un dain, c’est Michau, le premier Des pasteurs en sçavoir, auquel font reverence, Quand il vient dans nos parcs, tous les bergers de France.

Perrot.

Je le cognois, Bellot, je l’ay ouy chanter.

Autant comme tu fais, je l’ose bien vanter,

Car il a bien souvent daigné prendre la peine De loüer mes chansons à Chariot de Lorraine (2).

a. Var. :

Une Nymphe est auprès en simple corset blanc ,

Qui tremble de frayeur de voir jaillir le sang.

b. Var. :

J'en refuse trois fois la vente de ta cage.

1. Maîtresse de Du Bellay, comme j’ai appris de M. Garnier, excellent poëte de notre temps. Le nom est tourné de Viole , son vrai nom : elle étoit nièce de l’évêque de Paris.

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