P E R ROT
Ce n’est pas d’aujourd’huy qu’on void force larrons Entre les pastoureaux ; par tous les environs De ces prochains taillis on ne void autre chose.
C’est pourquoy mon mastin toute nuict ne repose Et ne fait qu’abayer. Bellot encore hier,
Comme il aormoit seulet sous l’ombre d’un coudrier, Perdit sa chalemie et son pipeau d’avaine,
Qui valoit bien d’achat quatre toisons de laine.
Depuis je vy Thoumin qui dans le carrefour Où tu vois ceste coudre enfloit tout à l’entour Les veines de son col, pour vouloir contrefaire Bellot; mais le pipeau ne le vouloit pas faire,
Ains d’un son misérable irritoit par les champs Les geais et les pivers à respondre à ses chants.
Et moy, j’ay bien perdu ma loure toute entière, Que Pernet desroba dedans ma panetière.
Je haslay mon mastin apres le larronneau,
Qui si prés le suivit qu’il le prit au manteau ;
Il se sauva pourtant, et de la loure mienne Toujours sonne depuis, et jure qu’elle est sienne. Janot sçait bien que non, car il me la bailla,
Et de nuict et de jour assez il travailla Pour m’en faire jouer, contrefaisant la Muse Qui sonne les bergers aux bords de Syracuse.
Ne laisse pour cela, mon Bellot, de chanter :
Les bois ne sont pas sourds, ils pourront t’escouter.
Eclogue IV.
Echo nous respondra, et nous ferons égales Nos rustiques chansons à la voix des cigales.
Chanton l’un apres l’autre, et en ceste façon Que Phœbus aime tant dison une chanson.
Bellot.
Mes vers au nom de Pan il faut commencer, Muses- Pan est Dieu des Pasteurs, et d’eux il a souci,
Il daigne bien danser dessous mes cornemuses,
Il a soin de la France et de mes vers aussi.
Perrot.
Au sainct nom de Palés il faut que je commence : Palés ainsi que Pan aime les Pastoureaux;
Au bruit de mon flageol bien souvent elle dance,
Elle a soin de mes vers et de tous mes troupeaux.
Bellot.
Diane, qui les cerfs va suivant à la trace,
A qui tout le beau front en croissant apparoist, Necognoist pas si bien, en courant à la chasse,
La meute de ses chiens comme elle me cognoist.
Perrot.
Phœbus, qui sous Chariot a caché sa figure,
Ne cognoist pas si bien sa lyre qu’il ne fait.
J’ay tousjours de ses dons, et tousjours la verdure De ses lauriers au front pour couronne il me met (a).
Bellot.
Deux pigeons dans un nid je porte à mon Olive, a.. Var. :
Phœbus le chevelu, Dieu qui préside à Cynthe , M’aime plus que son luth : je fais sa volonté ,
Toujours ses dons je porte , àu sein son hyacinthe ,
Son laurier sur le front, sa trousse à mon costé.
Eclogue IV.
Dénichez d’un grand orme à gravir malaisé.
Afin de la baiser s’elle veut que je vive :
Autrement je mourray si je n’en suis baisé.
Perrot.
Je portay l’autre jour deux tourtres à Cassandre, Et mon présent et moy beaucoup elle prisa :
De sa blanchette main l’aureille me vint prendre,
Et plus de mille fois doucement me baisa.
Bellot.
Il ne faut comparer ma Bergere à la tienne^
Non plus qu’une fleur vive à des boutons cueillis; La tienne est toute brune, et tu sçais que la mienne (Tu la vis l’autre jour/est plus blanche que Iiz.
Perrot.
La couleur blanche tombe, et la couleur brunette Est tousjours en saison et ne se flestrit pas ;
On cueille du baciet la fleur toute noirette,
Et le beau liz tout blanc tombe souvent à bas.
Bellot.
Je ne veux plus aller où ma Nymphe séjourné,
J’y pers tousjours mon cœur, qui fantasque la suit, Comme un bouc adiré, qui le soir ne retourne A l’estable, et d’amour s’égare toute nuit.
Perrot.
Je n’ose voir la mienne, elle m’a fait malade Plus de trois jours entiers en extreme langueur :
Je ne sçay quels amours sortoient de son œillade, Qui de cent mille traits me percerent le cœur.
Bellot.
Mon mastin, garde bien de mordre ma mignonne Si elle vient me voir, ains baise-luy les pieds :
Eclogue IV.
Mais abaye de loin si de quelque personne Au milieu de nos jeux nous estions espiez.
Pe rrot.
J’ayme bien mon mastin, par luy je vy m’amie L’autre jour, que le chaut me faisoit sommeiller;
Elle jettoit des fleurs sur ma bouche endormie,
Mon mastin abayoit à fin de m’éveiller.