‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 37 sur 138 · C’est-à-dire égaré · texte numérisé non relu

C’est-à-dire égaré

8. Il est curieux de voir notre paletot moderne déjà connu au XVIe siècle.

Eclogue IV. 83

Le belier qui traîner par la corne se laisse.

Si tost que je le vy, si tost je le cognu ,

Et luy criay de loin : Tu sois le bien-venu ; Couche-toy prés de nous, ou, si le mol ombrage Du chesne te desplaist, voy cest antre sauvage,

Au fond de ce vallon ; nous irons si tu veux,

Et là tu chanteras, le tiers avec nous deux.

Au bout de l’antre sonne une vive fontaine ,

Ses bords sont pleins de mousse et le fond d’une arene Que l’onde en sautelant fait jaillir çà et là ,

Et dit-on qu’autrefois la fontaine parla.

Une vigne sauvage est rampant sur la porte ,

Qui d’un nœud replié sur le ventre se porte D’une longue traînée, et du haut jusqu’à bas D’infertiles raisins laisse pendre ses bras.

Les sieges sont de tuf, et autour de la pierre Comme un passement verd court un sep de lierre. L’antre n’est guiere loin, tu le verras d’ici,

Si tu veux t’ergotter, ou te tenir ainsi Debout comme je suis, ou grimper à ce saule,

Ou sans me faire mal monter sur mon espaule.

Mais ne bougeon d’icy, cest ombrage est bien frais, Et bien frais est le vent qui vient de ces forés,

Bien doux est ce ruisseau , bien douces ces bergeres Qui desgoisent leur chant auprès de ces fougères.

Ton belier les oit bien, qui ne fait qu’escouter,

Et depuis leur chanson n’a souci de brouter.

Bellin.

Ne bougeon, mon Perrot, l’ombre du chesne est bonne ; Icy parmy les prez la belle herbe fleuronne,

Icy les papillons peints de mille couleurs Et les mousches à miel voletent sur les fleurs ;

Icy sur les ormeaux se plaint la tourterelle,

Icy le colombeau baise sa colombelle,

Philomele se deult, et d’un gentil babil Progné d’une autre part lamente son Ityl.

84 Eclog UE IV.

De vous deux une éclogue à I’envy soit joiiée. Perrot, les loups m’ont veu, ma voix est enroüée,

Je ne sçaurois chanter, et quand je le voudrois (Je jure par ton bouc), encor je ne pourrois;

Car on m’a desrobé à ceste matinée

L’anche de mon bourdon que tu m’avois donnée.

J’ay bien veu le larron qui s’enfuyoit de moy,

Et tant plus à Thenot je le monstrois au doy,

Plus il gaignoit le bois et se cachoit derrière (Afin qu’on ne le vist) d’une espesse ronciere.

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