La reine-mère
Eclogue V.
Daphnis.
J eveuxde gazons verds, pour mieux luifaire hommage, Luy dresser un autel couvert de poliot,
Où de cormier taillé je mettray son image ,
Celle des deux Francins ('), celle de Henriot (1 2 3).
Je veux chanter deux vers sur mon tuyau d’avéne , Le vent les portera le long de ces pastis.
Catin en se taisant souffrit beaucoup de peine, Pourgarder nos troupeaux, quand nous estions petits.
Daphnis.
Que ne tiens- je en mes bras la douce pastourelle (3), Qui le cœur m’a ravy d’un regard gracieux !
Qui de corps et de taille et de face est si belle Que je suis trop heureux de languir pour ses yeux !
Thyrsis.
Je ne voudrois avoir les troupeaux d’Arcadie,
Ny des plus riches roys les trésors plantureux :
Si jetenois un jour sur cette herbe m’amie Assise auprès de moy, je serois trop heureux.
Daphnis.
Si tost que dans ces champs arrive Galatée ,
Les herbes et les fleurs naissent par tout icy ;
Mais si tost qu’autre part sa veuë est escartée Pour s’en aller de moy, les fleurs s’en vont aussi.
1 . Il entend François Ier, et François son fils qui fut empoisonné, comme dit l’histoire, à l’âge de vingt ans, à Tournon, où il étoit chef de l’armée du roi. Ce fut par un Italien, comte de Montecuculo, qui fut tiré à quatre chevaux à Lyon. Il avoit été à l’empereur Charles-Quint.