‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 48 sur 138 · D AP H N I S · texte numérisé non relu

D AP H N I S

Je garde à Galatée un bel essein d’abeilles,

Qui, bruyant doucement, la belle endormiront;

Je luy garde un chévreau qui déjà fait merveilles De bondir dessus l’herbe et de cosser du front.

Thyrsis.

Je garde à Pasithée une linote en cage,

Que j’ay prise à la glus, et si bien l’autre jour Je luy fis oublier son naturel ramage Que maintenant son chant n’est sinon que d’amour.

Daphnis.

Bouc, le mary barbu (a) de mon troupeau champestre, Va dire à Galatée, à fin de l’enflamer,

Que le divin Prothée a souvent mené paistre Du grand prince Neptun’ les troupeaux sous la mer.'

Thyrsis.

Belier, fidele guide à mes brebis fertiles,

Va dire à Pasithée (elle chante icy près)

Que Pallas toute seule aille habiter les villes ,

Je veux avec Phœbus habiter les forests.

Daphnis.

C’est une chose triste au bois que la froidure,

Aux merles l’esprevier, aux rivières l’esté,

a. Var. (éd. posthumes) :

Bouc , colonel barbu.

Eclogue V.

Au pasteur amoureux une maistresse dure ,

Qui ensemble est cruelle et pleine de beauté (a).

Seul je ne sens d’amour les fléchés trop cruelles,

O pere Jupiter, ô deesses, ô dieux,

Vous avez tous aimé , et les beautez mortelles Vous ont fait autrefois abandonner les cieux !

Thyrsis avoit finy, quand Daphnis, qui s’avance D’enfler une autre flûte, à chanter recommence.

Daphnis.

Loups, amis de ces bois, qui de jour et de nuict Aguettez le troupeau qui par l’herbe me suit, Pardonnez à mes bœufs , pardonnez à mes chèvres Et à mes boucs cornus qui portent barbe aux lèvres.

Et quoy, mon chien Harpaut, te faut il sommeiller, Estant prés d’un enfant quand tu deusses veilier?

Brebis, ne vous feignez de brouter cet herbage; Tant plus il est brouté il revient d’avantage. Paissez-vous de bonne herbe et vous enflez le pis ;

Le laict que vous aurez sera pour vos petits Qui beslent à Testable, et vous ne faites conte De les allez penser. N’avez-vous point de honte De vouloir tout le jour par les prez séjourner?

Voicy la nuict qui vient, il s’en faut retourner.

Daphnis vouloit partir, quand Thyrsis, qui entonne Un autre chalumeau, telle chanson resonne.

Thyrsis.

Tout ainsi qu’un beau fruitest l’honneur d’un verger. Et le troupeau bien gras est l’honneur du berger; Ainsi, frere Daphnis, l’honneur de nostre enfance,

a. Var. (1578) :

Qui garde apres la mort à Pluton sa beauté.

Eclogue V. 103

C’est nostre Catherine, ainçois de toute France.

Le miel puisse couler dessus elle en tout temps, Naisse dessous ses pieds à jamais un printemps,

Que jamais le malheur sa hautesse n’abaisse,

Qu’elle soit des François la nouvelle déesse,

Qu’elle écoute du ciel nos plaintes et nos vœux ,

Et soit garde à jamais de nous et de nos bœufs {a).

Lans AC.

C’est plaisir qu’ouïr plaindre une belle genisse , D’ouïr le rossignol , d’ouïr l’onde qui glisse A val d’un haut rocher, d’ouïr contre les bords Les flots de la grand’ mer quand les vents ne sont forts. Mais c’est plus grand plaisir d’entendre vos musettes , Qui passent en douceur les douceurs des avettes.

Vos bouches à jamais se remplissent de miel ,

Et tousjours sains et gais vous maintienne le ciel En honneurs, en vertus, et en forces égales,

Puis que vos deux chansons surmontent les cigales.

Que l’un donne son gage à l’autre de bon cœur, Car l’un n’a point esté dessus l’autre vainqueur ; Vivez par les forestssans haine et sans reproche. Adieu, gentils pasteurs, adieu, la nuict s’approche.

a. Var. (1 578) :

Et soit garde à jamais de France et de nous deux.

Le Cyclope

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