‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 75 sur 138 · MERCURE AUX DAMES · texte numérisé non relu

MERCURE AUX DAMES

Dames, je suis le courrier Atlantide, Qui, traversant le grand espace humide Comme un oiseau de son vol soustenu, Porté du vent, suis en France venu Par le conseil de ce Dieu qui tempere Hommes et Dieux, de toute chose Pere , Pour envoyer un chevalier François,

Aspre à la guerre et le plus fort de trois,

A qui le Ciel sous bonne Destinée A dés long temps la conqueste ordonnée Du fort Chasteau périlleux que l’Amour Tient remparé de périls à l’entour.

Il ne faut point qu’un chevalier s’appreste Au long labeur d’une telle conqueste,

S’il n’est aimé des Dieux et du Destin ; Quiconque soit qui la doit mettre à fin,

Sera chery des Cieux et de Nature,

Et réservé pour si haute avanture.

Premièrement d’un courage indonté Verra l’Enfer qui flamboyé à costé,

Et baignera ses armes homicides Au tiede sang des fieres Eumenides ,

Et des fureurs des Gorgonnes, qui ont Un œil farouche enfoncé sous le front.

Rien de Pluton ne vaudra la prouesse, Soulphre , fumée et grosse flame espesse Contre celuy dont le puissant bouclair Ne craint ny feu, ny flame, ny esclair.

Victorieux du péril de la destre,

L’autre péril l’attend à la senestre;

Ce sont travaux et labeurs vehemens ,

Gennes, horreurs, la maison des tourmens , Où mainte voix en souspirs estendue Horriblement de loin est entendue Des malheureux qui autrefois n’avoient Gardé la foy qu’aux Dames ils dévoient.

Pource, Amoureux, gardez l’Amour fidelle De peur d’entrer en peine si cruelle.

Ayant forcé ce danger par vertu ,

Et par l’effort de son glaive pointu ,

Se couronnant de louange et de gloire,

D’un tel Chasteau gaignera la victoire :

Puis il doit voir un beau jardin, ainçois Un Paradis, des delices le chois,

Où fleurs et fruicts en abondance naissent ,

Et à l’envy l’une sur l’autre croissent :

Où les plaisirs et les Amours jumeaux Vont voletant de rameaux en rameaux.

Là le troupeau de Nymphes et des Fées, D’œillets, de Hz et de roses coiffées,

Le feront digne, au regard de leurs yeux,

Et de la table et du Nectar des Dieux,

En luy donnant entière jouissance

De tous les biens qui sont en leur puissance :

Voire de ceux que ce grand Univers

Fait naistre au jour pour ses tourmens souffers

Mascarades.

Tant une fin de tout plaisir est pleine, Quand la vertu s’achette par la peine.

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