‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 78 sur 138 · FAIT PROMPTEMENT · texte numérisé non relu

FAIT PROMPTEMENT

Envoyé à leurs Majestés par le Nain des huict Chevaliers

Estrangers.

Huict Chevaliers de nation estrange,

Autant vaillans qu’amoureux de louange , Ravis du nom qui par le Monde court De vos vertus, Sire, et de vostre Court, Estoient partis espoinçonnez de gloire De remporter des combats la victoire;

Mais le chemin et le trop long séjour Les a trompez ; car ne venant au jour De vos tournois ont perdu l’esperance De plus monstrer en armes leur vaillance ,

S’il ne vous plaist leur faire ouvrir le Pas,

MASCA RADES

Et commander autres nouveaux combas.

Donques, grand Roy, que tout le peuple estime Enfant de Mars, si l’honneur vous anime,

Si la vertu vous eschauffe le cœur,

Ne permettez que leur jeune vigueur Se refroidisse, et leur chaude prouesse Sans l’employer se rouille de paresse :

Ils sont tous prests aux combats de montrer Que plus vaillans on ne peut rencontrer.

Ils combatront, comme hardis gendarmes, Jusqu’à la mort, de toutes sortes d’armes ,

. Et à cheval ou à pied : car ils ont La force en main , l’audace sur le front.

Ils sont vestus d’une diverse sorte :

L’un du haut Ciel la riche couleur porte,

Le bleu, qui est signe certain aux yeux Que son esprit est favory des Cieux.

L’un la couleur d’une Colombe a prise,

Pour tesmoigner qu’Amour le favorise.

L’autre accoustré d’un habillement blanc, Apparoist juste et magnanime et franc.

L’autre qui prend la noire couverture,

Se monstre ferme et constant de nature.

Le Chevalier paré d’un habit verd ,

Est d’esperance et d’amitié couvert.

L’autre accoustré de couleur grise monstre Qu’en bien aimant toute peine on rencontre:

Celuy qui a l’incarnat dessus soy,

Monstre du cœur la constance et la foy.

Et le dernier qui l’habit jaune porte ,

D’un bon espoir son amour reconforte.

Voyla les huict qui veulent batailler.

S’il vous plaist, Sire, en armes leur bailler Lieu de Tournoy, et ne vouloir defendre Que dessous vous la guerre on puisse apprendre.

Or pour-autant que les jeunes soudars Sans Cupidon ne sont chéris de Mars,

Je suppliray les Dames favorables

Mascarad ES.

A ce besoin leur estre secourables ;

Car bien souvent le plus fort est donté,

Si l’art d’Amour ne defend son costé.

Page 1