P ALLAS
Du haut du Ciel je suis icy venue Dessus le dos d’une legere nue,
Traçant en l’air un voyage nouveau ,
Par la priere en courroux animée
De ce grand Dieu qui me fit toute armée,
Malgré Junon , naistre de son cerveau.
Moy, sœur des Roys, en armes je proteste Donner secours à ma race Celeste ,
Et d’enfermer mon corps de toutes pars De deux harnois : l’un est fait de sagesse , L’autre trempé d’ardeur et de prouesse;
L’un contre Amour et l’autre contre Mars.
Mars furieux tout allumé de rage,
A mille fois provoqué mon courage,
Et mesprisé ma force en se bravant;
Mais quand ma lance au combat le menace,
Il perd le cœur et s’enfuit de la place Loin de mes bras comme une poudre au vent.
Quand Cupidon par blandice ou cautelle Me veut blesser de sa fléché cruelle,
Ou de mon corps finement approcher,
Devant ses yeux je monstre ma Gorgonne,
Qui d’un regard telle crainte luy donne ,
Que froid , sans ame, il devient un rocher.
Ces jeunes Dieux contre Charles mon frere Ont fait armer une force contraire;
Seule je puis empescher leur moyen,
Mascarades.
En luy donnant et secours et remede , Comme je fis au vaillant Diomede ,
Qui combatoit devant le mur Troyen.
Je veux ruer, ainsi que d’une foudre,
Ce gentil Mars terrassé sur la poudre ,
Et en despit de ses trois combatans Le desarmer au milieu de la guerre,
Ou l’envoyer là bas dessous la terre Bien loin du Ciel avecques les Titans.
Et si Amour approche de ma lance,
A ses despens cognoistra ma vaillance, Bien qu’autre part mon bras il ait cognu ; Je briseray son carquois et ses fléchés , Fendray son arc, esteindray ses flameches, Rompray son aile et l’envoiray tout nu.
CARTEL