POUR LES 'CHEVALIERS DES FLAMES
Si les yeux penetroient au profond de nos âmes,
Nous n’aurions point besoin d’habits chargez de fiâmes ; Dés le premier regard ils voirroient qu’au dedans Nous ne sommes que feux et que braziers ardans.
Mais puis que l’œil ne peut nostre accident cognoistre ,
Il faut par le dehors le vous faire apparoistre.
Nos pensers, qui tousjours tournent tout à l’entour De la personne aimée et se meuvent d’Amour,
Comme tout mouvement est chaud de sa nature ,
Nous enflament le cœur d’une flame si pure Et si belle , qu’en lieu de nous faire mourir Nous sentons son ardeur doucement nous nourrir.
Il ne faut s’esbahir si nostre char se pare D’artifices de feu , si Vesuve et Lipare Semblent brûler aedans ; chacun suit son désir,
Et nous suivons le feu comme nostre plaisir.
On dit qu’en Cypre estoit jadis une fournaise,
En qui la Pyralide, au milieu de la braise,
Entretenoit sa vie, et se mouroit alors Que la flame, sa mere, abandonnoit son corps.
Nous en sommes de même; ainsi vit et s’engendre Aux fourneaux les plus chauds la froide Salamandre.
Mascarades.
Ainsi se passent d’air maintes sortes d’oiseaux,
De terre la Couleuvre et les poissons des eaux.
Animaux qui prenez du feu vos origines,
Venez vivre en nos cœurs, venez en nos poictrines, Paissez-vous des ardeurs que l’Amour verse en nous. Et vivez comme nous d’un aliment si dous,
D’un si doux aliment, que mesme l’Ambrosie Si doucement au Ciel les Dieux ne rassasie,
Vivans dans nostre feu, dont nous sommes contens, Comme mousches à miel des moissons du Printemps.
Celuy qui fist d’Amour la première peinture,
Luy donnant des brandons, ne fit à l’avanture,
Mais par raison, voyant que ce Dieu de sa main Bruloit et mer et terre et tout le genre humain. Escoute, grand Amour, grand Démon chargé d’ailes. Quand la mort ravira nos despouilles mortelles,
Par ta saincte faveur devenus transformez ,
Nous voulons luire au Ciel deux flambeaux allumez.
T u n’auras pas grand peine à nous changer en fiâmes, Puis que les yeux ardans de nos cruelles Dames,
Et ton traict embrazé, qu’au cœur avons receu, Avoient nos corps vivans déjà tournez en feu.