POUR LES CHEVALIERS DE LA RENOMMÉE
Et ce char triomphant, et la Dame habillée D’azur, qui de cent yeux est tousjours éveillée, Et ce courrier ailé qui seul marche devant,
Qui enfle la trompette et la fait bruire au vent,
De langues ceste robbe et d’aureilles semée,
Vous enseignent assez que c’est la Renommée,
Et que ces Chevaliers qui d’elle ont pris le nom,
Ont par toute l’Europe espandu leur renom.
Voyez comme du chef elle frappe la nue,
Voyez comme son pied presse la terre nue;
Cela dit que l’honneur aes cœurs victorieux Se commence en la terre et se finit aux Cieux.
La gloire mendiée à l’aide de Fortune Ne dure pas long temps, comme chose commune; Mais celle qui s’acquiert par la seule vertu Ne vit jamais son bruit par le temps abbatu :
L’une a pour fondement la force du courage ,
Et l’autre une esperance incertaine et volage.
Ces vaillans Chevaliers, des combats désireux,
Et de la Renommée immortels amoureux,
Ont, suivant la Vertu la mere des louanges,
Fait sentir leur prouesse aux nations estranges, Sectateurs de Thesé’, d’Hercule et de Jason,
Et de ces premiers Preux de l’antique Saison.
Aussi ceste Déesse à sa suite les meine,
D’honneurs et de faveurs recompensant leur peine, Et de l’amour du peuple, ayant bien mérité Que leur nom soit escrit avec l’Eternité.
Desirans consumer aux faits d’armes leur vie,
Mascarades. 175
Poussez d’une fervente et genereuse envie,
Ils viennent sur les rangs pour la bague courir.
Et le prix et l’honneur par labeur acquérir,
Et faire en ce tournoy de leur jeunesse preuve. Jamais sans la sueur la Vertu ne se treuve.
CARTEL