‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 86 sur 138 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

Recitez sur le Theatre par le Seigneur Mauvissier SUR LA FIN DE LA COMÉDIE Représentée à Fontaine-Bleau

Icy la Comedie apparoistun exemple Où chacun de son fait les actions contemple ,

Le Monde est le theatre, et les hommes acteurs;

La Fortune, qui est maistresse de la Sceine,

Appreste les habits, et de la vie humaine Les Cieux et les Destins en sont les spectateurs.

En gestes differens, en differens langages,

Roys, Princes et Bergers jouent leurs personnages Devant les yeux de tous, sur l’eschafaut commun ;

Et quoy que l’homme essaye à vouloir contrefaire Sa nature et sa vie, il ne sçauroit tant faire Qu’il ne soit ce qu’il est remarqué d’un chacun.

L’un vit comme un Pasteur, l’un est Roy des provinces, L’autre fait le marchand, l’autre s’égale aux Princes, L’autre se feint content, l’autre poursuit du bien; Ce-pendant le souci de sa lime nous ronge,

Qui fait que nostre vie est seulement un songe,

Et que tous nos desseins se finissent en rien.

Jamais l’esprit de l’homme ici ne se contente ,

Tousjours l’ambition l’espoint et le tourmente;

Tantost il veut forcer le temps et la saison ,

Tantost il est joyeux, tantost plein de tristesse,

Tantost il est domté d’Amour et de jeunesse ,

Contre qui ne peut rien ny conseil ny raison.

La Beauté régné au Ciel, la Vertu, la Justice;

En terre on ne voit rien que fraude, que malice;

La C H ARIT E. 185

Et bref tout ce monde est un publique marché :

L’un y vend, l’un desrobe, et l’autre achette et change, Un mesme fait produit le blasme et la louange,

Et ce qui est vertu semble à l’autre péché.

Le ciel ne devoit point mettre la fantaisie Si prés de la raison ; de là la jalousie,

De là se fait l’amour dont l’esprit est vaincu.

Tandis que nous aurons des muscles et des veines,

Et du sang, nous aurons des passions humaines :

Car jamais autrement les hommes n’ont vescu.

Il ne faut esperer estre parfait au Monde,

Ce n’est que vent, fumée, une onde qui suit l’onde : Ce qui estoit hier ne se voit aujourd’huy.

Heureux, trois fois heureux qui au temps ne s’oblige , Qui suit son naturel, et qui, sage, corrige Ses fautes en vivant par les fautes d’autruy.

.qÆS,

Le Recueil

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