‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 92 sur 138 · POUR CHANTER A UNE MASCARADE · texte numérisé non relu

POUR CHANTER A UNE MASCARADE

Si les Guerriers s’esmeuvent pour les Dames, Ayez pitié de douze que voicy,

Qui sur le front ont pourtrait le soucy,

Le deuil aux yeux, et l’ennuy dans les âmes.

C’est grand’ horreur de voir ces pauvres femmes

DES M ASCARA DES. I 9 3

En noir habit qui se plaignent ainsi De ces Guerriers, dont le cœur endurci Passe en rigueur les rochers et les flammes.

Celuy qui peut des Dames offencer,

Fait honte au Ciel , et s’il ne veut penser Qu’un Dieu vangeur des pechez se courrouce , Dessur son front son vice est apparent ;

Car quel péché peut-on faire plus grand ,

Que d’offencer une chose si aouce?

SONNET

POUR UNE MOMMERIE Le jour de Caresme-prenant

L’an et le mois, le jour et le moment ,

Ne font au Ciel leurs cours de mesme sorte. Car en fuyant ils sont portez, de sorte Que tout n’est rien que divers changement.

Apres la guerre on void soudainement Naistre la Paix qui tous bien nous apporte :

Par l’appetit la raison se transporte,

Et chacun vit sous divers jugement.

Comme le Ciel nostre plaisir varie :

N’esperez doncq’ que nostre Mommerie, Tournois, festins, puissent tousjours durer, Demain viendra la penitence extresme.

Dames, prenez ces poissons de Caresme,

Où si long-temps il vous faudra pleurer.

Ronsard. — IV.

Le Recueil

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