I . « Variante : geule, bourse
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ont donnée en 1761 à l'Imprimerie royale. Y fussent-ils, Gringore ne les y aurait pas connus. De son temps, au moment du développement merveilleux de l'art encore nouveau de l'imprimerie, on lisait plus les livres que les manuscrits, et, jusqu'aux recherches de l'érudition, les vieux manuscrits furent singulièrement négligés.
Ce qui est vrai, c'est que, pour satisfaire son auditoire, il a sinon inventé, au moins modifié ses miracles pour y faire intervenir des hommes des deux métiers de la Confrérie, En cela il a fait une œuvre toute personnelle, ce qui sortait tout naturellement des circonstances et du milieu pour lequel il écrivait.
Il n'a pas borné là sa part d'invention. En homme habitué aux personnages abstraits des Moralités, il a introduit comme acteurs dans son œuvre de nombreux personnages allégorisés et résumant en eux une classe, un groupe et même une idée. C'est chez lui seul qu'on trouve Chevalerie ^ Bon Conseil, Populaire, les Prélats, l'Église, la Loi payenne et Outrage. Le texte des Chroniques de Saint-Denis emploie deux de ces termes quand elles disent (p. 236) que le Roi manda « sa Chevalerie et ses Communes », et ailleurs, p. 284, que les Prélats sont assemblés « pour les outrages l'Empereur Frédéric. » Les mots ne sont employés là qu'au sens commun et ordinaire, et Gringore a eu tout à faire pour mettre sur pied ses allégories et les faire agir et parler; mais sa Chevalerie et son Outrage ont peut-être là leur point de départ, et ce rapprochement, qui serait insuffisant s'il était seul.
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nous ramène encore à cette conclusion que les Chroniques de Saint-Denis sont non-seulement la source, mais même la seule source où il ait puisé et dont il se soit inspiré.
On a vu qu'il existait un autre Mystère de saint Louis; le manuscrit en est également à la Bibliothèque nationale et M. Francisque-Michel l'a imprimé à Londres en 1871 pour le Roxburghe-Club, in-4- dexlij et 41 3 pages. Comme il n'a été tiré qu'au nombre des membres et à quelques exemplaires en sus pour l'éditeur, le volume est tout à fait rare, même en Angleterre, et c'est à l'amitié de M. Léopold Pannier que je dois l'exemplaire que j'en possède. Il est antérieur, du dernier tiers du xv*^ siècle, et plus ancien de forme; il a même encore quelques couplets de quatre vers, dont le dernier est un petit vers qui rime avec les trois suivants. Mais ce qui nous importe surtout, c'est avec celui de Gringore une différence si profonde que notre poète ne doit pas même en avoir connu l'existence. Je donne en appendice, p. 339-5 o, la liste complète des personnages et l'analyse sommaire de ce premier Mystère pour mettre le lecteur en état de constater par lui-même que Gringore ne lui a rien emprunté. Je n'ai pas à parler en détail de ce Mystère anonyme, qui mériterait absolument d'être réimprimé en France; il suffira de relever ici les divergences les plus marquées.
Ce n'est pas une œuvre composée littéraire-
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ment, comme celle de Gringore, mais une véritable chronique découpée en dialogues. Il n'a pas un seul personnage allégorisé; il développe le mariage du jeune roi ; il fait baragouiner les Anglais; il ne parle ni de l'Empereur Frédéric, ni de l'ours, ni de la condamnation de l'hôtelier ni de celle du filleul d'Etienne Boileau. Les quatre miracles par lesquels il finit sont autres; mais surtout, tandis que Gringore se préoccupe de montrer la personne et les vertus de saint Louis, le premier Mystère insiste au contraire bien plus longuement sur les événements de la croisade. On pourrait poursuivre le contraste dans le détail; il suffit ici des points principaux. Pour en revenir à notre Gringore, on pourrait s'étonner que son ouvrage dramatique le plus important n'ait pas été imprimé par luimême, comme il a fait de ses autres œuvres. Le cas ne lui est pas particulier, car son contemporain André de la Vigne n'a pas imprimé davantage son Mystère de saint Martin. A propos de celui de Gringore cela peut s'expliquer. La représentation de sa Vie de saint Louis, presque certainement écrite en une fois, a été répartie sur plusieurs années; l'impression immédiate aurait ôté aux parties encore non jouées l'attrait de la nouveauté. De plus, si m^ême elle a été représentée entièrement, elle n'a dû l'être qu'une fois et seulement devant les Confrères, assez nombreux pour remplir le petit vaisseau de la Chapelle Saint-Biaise et Saint-Louis, lieu tout naturel pour en dresser les échafauds au fond du chœur. La fête n'a été que privée, sans être vraiment publique,
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et, quand on est arrivé à la fin, le commencement en était oublié et le succès ne doit pas avoir été assez répandu pour qu'un libraire l'ait demandé à l'auteur. Plus tard même et jusques sous Louis XIII, les Comédiens n'aimaient pas et se plaignaient même très-vivement que les auteurs imprimassent leurs pièces, parce que cela nuisait à leur propriété et pouvait détourner les spectateurs de venir à leur théâtre.
Je terminerai par une dernière observation. Il est remarquable que le théâtre Français, aussi bien au xvF et au xvii^ siècle que dans sa période primitive, se soit aussi complètement abstenu de traiter des sujets historiques et nationaux. Il y a, dans le premier développement du théâtre moderne de l'Angleterre et de l'Espagne, un certain nom.bre de pièces historiques et sur des sujets contemporains, même français. Nous n'avons pas à dresser ici cette liste qui serait impossible en France, où les Chansons de gestes n'ont pas pris la forme de Mystères qui leur aurait si bien convenu. Si le théâtre moderne a versé dans l'imitation de l'antiquité classique, tout notre premier théâtre est uniquement religieux. Ce qui s'y rencontre d'historique ne Test que par occasion; le baptême de Clovis, les énervés de Jumièges, la vie de saint Martin, de saint Denis et de tous les autres saints, n'ont été traités qu'au point de vue de l'édification pieuse. A proprement parler, notre Théâtre n'offre qu'un seul mystère vraiment historique, se rapportant à des événements contemporains, c'est celui de Jeanne « la
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bonne Lorraine, « et encore pourrait-on dire à juste titre qu'il n'eût pas été possible si la reconnaissance patriotique de la France ne l'avait pas tenue pour une sainte. Quant à Louis IX, il avait reçu la consécration canonique; c'était un saint au même titre que saint Remy et tous les autres. Pourtant il faut d'autant plus reconnaître le mérite des trois auteurs des Mystères de saint Louis et de Jeanne d'Arc qu'ils sont les seuls à avoir entrevu et presque ouvert une voie qui aurait bien pu être féconde. Les Chroniques de Saint-Denis, qui sont l'histoire de France, sont pourtant aussi et plus riches et variées que les Chroniques de Holinshed d'où le génie de Shakespeare a tiré Richard III, Henri IV, Henri VI et Henri VIII. L'exemple de nos trois poètes n'a pas été suivi ; il serait injuste de ne pas leur faire au moins honneur d'avoir senti que le théâtre pouvait aussi et devait se consacrer à la vraie histoire et au culte de la patrie.