‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 6 sur 33 · MONSEIGNEUR SAINT LOYS · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR SAINT LOYS

La Royne Blanche mère de sainct Loys.

uisquelaMort, tresaspre etfuribonde, |A mysà mort le plusnoble du monde,

iC'est mon mary, Loys, le roy de France,

Lequel m'aymoit d'une amour très profonde, Pitié me dit qu'en pleurs et larmes fonde. Mais Raison veult que prenne pacience; Ung filz avons, extraict de sa semence, Dont le régime et le gouvernement M'en est baillé. La divine clémence Me doint grâce d'en faire saigement.

Le Duc de Bretaigne.

Nous congnoissons que très dévotement

Gringore. [36

L'endotrinez selon la loy divine.

Il obbéit à vous entièrement, En recepvant très amyablement Correction et toute discipline.

Le Conte de la Marche.

Bon est à veoir qu'il a face bénigne; Doulx, paisable, se tient humble et courtoys; Craincte de Dieu en son cuer s'enrassine; Aussi il est de ligne noble et digne, Venu, yssu de preux et crestiens roys.

Le Conte de Champaigne.

Nous connoissons, comme les Albigoys Sont subjuguez par le roy son bon père, Que vostre filz est amé des Françoys Pour ce qu'il est amoureux et courtoys Et qu'il ne fist jamais nul vitupère.

La Royne.

Jhesus vueille qu'en cest estât prospère Et qu'il escheve péché villain et ort En tel façon qu'Orgueil ne le suppère; Se me seroit bien terrible impropère D'ouyr de luy aucun maulvais rapport.

Le Duc de Bretaigne.

Noble dame, prenez bon reconfort;

De luy n'aurez aucun reproche ou blasme.

Le Conte de la Marche.

De vous prenons congé, très noble dame, Car il nousfault, comme povezcomprandre, Aux affaires de ce royaulme entendre; Car le roy est encor bien jeune d'aage.

6o] Vie Ms S. Loys.

La Royne.

Dieu vous vueille donner couraige De l'aymer, servir et priser.

Comme j'ay oy deviser En parlant du royal affaire, Jeunes princes ont fort affaire Si les seigneurs contre eulx murmurent.

Le Conte de Champaigne.

Quant jeunes enfans s'adventurent En leur jeunesse, tant mieux vault; Mais nous voyons que bien peu chault Au Roy d'avoir mondain honneur.

La Royne. Il fault craindre Nostre Seigneur, Qui voulloit en hum.illité Régner, sans grande auctorité, Mais simplement.

Le Duc de Bretaigne.

Vous abusez.

Les roys ne sont auctorisez Que par proesses et alarmes.

Et, quant ilz font aulcun fait d'armes, Le royaume en est honoré.

La Royne.

Le roy n'est jamais décoré Que par vertu, je le di franc.

Le Conte de la Marche.

Saichez que sommes de son sang; De son cas deussions discerner; C'est à nous de le gouverner; Entendez-vous bien, noble dame ?

Gringore. [82

Le Conte de Champaigne.

Roy qui se gouverne par femme Jamais ne fera nul beau fait.

Le Duc de Bretaigne.

Il est vérité en effect

Et le voulions tel maintenir.

Vous le faictes entretenir

A un tas de Frères Prescheurs

Bigotz, ses maistres et recteurs.

Cela certes ne nous peult plaire.

Le Conte de la Marche. En vouUez-vous ung moyne faire Qui presche d'esglise en esglise.?

Quelque chose qu'on en devise, Cela nous desplaist, somme toute.

Le Conte de Champaigne.

Un prince doit aimer la jouste, Estre large et habandonné.

Pour ce cas est roy ordonné Et en triumphal estât mis.

La Royne.

Il fault craindre Dieu, mes amys.

Le Duc de Bretaigne.

Vous ferez ce qu'il vous plaira, Mais certes il vous desplaira Se le Roy n'est plus triumphant.

La Royne.

Messeigneurs, ce n'est qu'un enffant Qui encor a besoing d'aprandre.

I05l Vie Ms S. Loys.

Le Conte de la Marche,

A nostre cas allons entendre.

Dame, de vous congé prenons.

La Royne.

Allez, princes, nobles barons ; Dieu vous vueille de mal garder.

Icy s'en vont les princes.

Le Frère Prescheur.

Monsieur, il vous fault regarder A vostre cas et estimer, Vous faire priser et aymer A vostre simple populaire, Affm que puissiez à Dieu plaire; Car ung roy fier et orguilleux.

Inconstant et avaricieux, Ne peult régner longue saison.

Saint Loys.

Je vueil faire tout par raison Moyennant la divine grâce, Et n'ay pas espoir que je face Chose qui tourne à préjudice A aultruy; je vueil que justice Soit faicte à chascun.

Le Frère Prescheur.

Tant mieux vault.

Saige est celluy à. qui peu chault Des biens mondains; car princes, roys, Endurent mort aucunes foiz Plus tost que simples pastoureaux.

De quoy servent les estas haulx,

Gringore. [132

Pompes et richesses acquises, Et les mondaines entreprinses, Quant en la fin fault tout laisser?

Je sçay bien qu'il vous fault penser De ce royaulme entretenir Et aux affaires subvenir De celluy pour le supporter.

Mais si devez-vous, sans doubter, Avoir tousjours craincte de Dieu, En quelque place ou quelque lieu Que soyez.

LOYS

J'ay bonne espérance.

Ne faire au royaulme de France Chose qui à Jhesus desplaise.

La Royne.

Je ne saroys estre à mon aise

La journée que ne voy Loys,

Mon filz. A le veoir m'esjouys

Trop plus qu'on ne pense. Il me semble,

Quant nous sommes tous deux ensemble.

Que suis en ung droit paradis.

VouUentiers escoute les dis

Des Jacobins Frères Prescheurs,

Qui lui montrent les bonnes meurs

Que jeunes roys doivent avoir.

Je voys jusques là pour savoir

Comme il se porte.

Le Frère Prescheur.

Roys de France Sont nobles et ont grant puissance, Mais ilz sont peu regnans sans guerre.

53] Vie Ms S. Loys.

LOYS

Je ne vueil pas le moyen querre De respandre le sang humain, Mais si veulx-je tenir la main Contre ceulx qui me feront tort, Espérant avoir bon confort De Dieu et de mes bons amys ; Puis qu'à ce faire suis commis.

C'est bien raison que j'y entende, Car en fm fault que compte en rende Devant Dieu.

Le Frère Prescheur.

Il est vérité.

La Royne.

Dieu vous tienne en prospérité.

Homme dévot.

Le Frère.

Très bien venez.

La Royne.

Or çà, Loys, vous aprenez; Très bien faictes ; pas, monamy; Il ne fault pas estre endormy, Car long repos faict l'engin rude.

Loys.

Ma dame, qui hante l'estude Et y prent singullier plaisir Acomplit souvent son désir; En estudiant m'esjouys.

La Royne.

Mon amy, mon cher fils Loys,

10 Gringore. [176

Plus amer je ne te sçauroye Que je fais. Mais mieulx aymeroye Veoir venir la mort corporelle T'occire et tenir en tutelle, Que tu eusses ton Créateur Courcé, ne pensé en ton ceur Commettre aucun péché mortel.

Le Frère.

Il ne monstre pas qu'il soit tel Qu'il vousist Jhesus offenser.

LOYS

Vous avez beaucop à penser, Ma dame, à vostre entendement, Veu qu'avez le gouvernement Du royaulme; telle entreprise Est grande, je vous en advise; J'ay peur que les Princes murmurent De ce cas, et que pas n'endurent \'ostre bon voulloir.

La Royne.

Si feront.

Je croy qu'ils n'y contrediront.

Ceste charge n'est pas voullue, Mais eulx mesmes m'y ont esleue; C'est le point où je me conforte.

LOYS

Dieu vueille que tout bien se porte.

Le Frère.

Amen, par sa divine grâce.

194] V'^ ^^ S- LOYS

La Royne,

Je me tiendray cy une espace Avecques vous.

Le Frère.

Et bien, madame.

La Royne.

J'aymeroys plus chier en mon âme, Mon filz, posé que tu soyes roy, A te veoir mourir devant moy Que te veoir ung péché commettre.

Mon varlet.

Le Varlet.

Qu'i a-il, mon maistre?

L'Aveugle.

As-tu prins quelque lopinet?

Je buroye bien ung tantinet Pouj: oisiveté eschever ; Toutesfoiz moyen fault trouver Servir Dieu et aymer sus tous.

L'Aveugle.

Hélas ayez pitié de nous, Qiii vivons en piteux desroy.

Le Varlet.

Criez plus hault ; vécy le Roy Qui vient cy en propre personne.

L'Aveugle.

Hélas, donnez-nous une aumosne, Roy triumphant, prince notable.

12 Gringore. [212

Le Roy.

Moy mesmes, vous mettray la table Et vous serviray, se Dieu plaist.

Séez-vous, sans tenir long plait; Tantost aurez pain, vin et viande.

Le Varlet.

Séez vous, puisque le commande Mon maistre.

L'Aveugle.

J'en suis bien content.

Le Frère.

Ne sçay comme le Roy l'entend, Mais'il tient peu de gravité.

Il est si plain de charité Qu'oncques prince ne le fut tant.

L'Aveugle.

Mon varlet, nous burons d'autant Aujourduy.

Le Varlet.

J'ay bonne espérance De remplir aussy bien ma pance Que je feiz oncques en ma vie.

S. LOYS

Beuvez et mangez, je vous prye En l'honneur du doulx Créateur.

Le Ladre.

Je suis si pourry, cher seigneur, Que des gens je n'oze approucher.

2^6^ Vie Ms S. LOYS.

S. LOYS

On ne t'en doit riens reproucher, Mon amy ; c'est la voullenté De Dieu qu'es ainsi tourmenté; Mais pour cela riens ne t'en prise, Boz et mangue tout à ta guise.

Du bon du cueur te serviray, Et jà mal au cueur je n'auray En te servant.

Le Ladre.

0 doulx enfant, Je prie au hault Roy triumphant Qu'i te vueille de mal garder.

Le Duc.

De nostre cas fault regarder, .

Et, affm de le faire court, Le meilleur est d'aller en court, Pour savoir que c'est qu'on y dit.

Le Conte de Champaigne.

Je n'y metz point de contredict ; Vous avez bonne oppinion.

Le Conte de la Marche.

Il est requis qu'expedicion De parvenir aurons attainte; Ne cuidez pas que ce soit faincte, Du Roy aurons gouvernement.

Le Duc de Bretaigne.

Si nous fault-il secrètement Besoingner touchant ce passage.

La royne Blanche est dame sage Et le Roy bien moriginé.

14 g r in go re. [257

Le Conte de la Marche.

Entrons céans, sans plus enquerre, Car nous y trouverons le Roy.

L'Aveugle.

Que faiz-tu, mon varlet.?

Le Varlet.

Je boy Affm que mon gosier je mouille.

Le vin au ventre me barbouille Comme une cane en ung ruisseau.

Metz, metz dedans ton vin de l'eau De peur que tu n'ayes les yeulx rouges.

Le Varlet.

J'empliray aujourduy mes bouges, Puisqu'ay bon vin et bonne viande.

S. LOYS

S'il vous fault rien, qu'on le demande, Mes amys, mais tout doulcement Buvez, mangez atrempement.

Trop boire et mengier nuyt au corps Et à l'âme ; soyez recordz Qu'oncques excès ne vallut rien.

Le Ladre.

A, Sire, de vostre grant bien Remercier nous vous devons ; Nostre reffection avons Tous les jours de vostre maison.

Le Duc de Bretaigne.

Brief, il n'y a point de raison

279] V'E ^s S. LoYS. 15

En cecy ; car à toutes fins Le Roy est avec ses coquins, Et luy mesmes les sert à table; Mieulx ayme l'Estat misérable Qu^il ne fait le Seigneurial.

Le Conte de Champaigne.

Puisqu'il veult estre libéral Et donner pour l'amour de Dieu, Ne sçait-il bouter en son lieu Ung aumosnier qui leur ordonne Leur pitance, sans qu'en personne Il y soit?

Le Conte de la Marche.

A bien penser, Il ne les devroit point penser Veu qu'il y ^ ladres infectz Et gens malheureux, imparfaitz.

Il se montre par trop benyn.

Le Duc de Bretaigne.

Voyons quelle sera la fin ; Regardons tout ce, sans mot dire.

Le Ladre.

Nous avons très bien repeu, Sire, Grâces à vostre seigneurie.

Le Varlet.

Par ma foy, la pance me tire.

L'Aveugle.

Nous avons très bien repeu, Sire.

S. LoYS.

Autre chose je ne désire

\6 Gringore. [502

Que charité soit accomplie.

Le Ladre.

Nous avons très bien repeu, sire, Grâces à vostre seigneurie; Mais excusez ma maladie, Puissant seigneur en bref parfait.

S. LOYS

Amys, se n'est pas encor fait.

Je suppose que vous scavez Comme vous estes tous grevez , D'estre venuz en mon domaine; Je vous vouldroye bien de la peine Rémunérer, mes' bons amys , Et pour la cause j'ay promys Que doulcement je laveray Vos piéz, et si les essuyeray Selon ma possibilité.

Le Ladre.

O homme plain de charité, Pas ne suis digne qu'aprochez Près de moy, ne que me touchez.

Je vous prie qu'il ne vous desplaise.

S. LOYS

Pour l'honneur de Dieu, fault que baise Ta face.

Le Ladre.

Las, el est pourrye Et si plaine de ladrerie Qu'elle chiét par pièce.

S. LoYS.

Et puis,

328] Vie Ms S. Loys.

Mon amy, délibéré suis

Te baiser tout droit à la bouche.

Le Ladre.

Je vous prie, sire, qu'on n'y touche; Car j'ay l'alaine si puante Qu'il n'y a personne vivante, Qiii n'en soit infect.

S. Loys.

Que m'en chault .?

Le Dieu, qui est régnant la hault, Me préservera de dangier.

Baiser te vueil, pour abréger; Garde toy bien de m'escondire.

Le Ladre. Faictes votre bon plaisir, sire ; Sur moy avez toute puissance.

ky le h ai se.

Mon ceur est quasi comme en trance Et semble qu'il fait ses effors Se resjouyr dedans mon corps.

Qii'esse cy} C'est chose sauvaige; En effect je sens mon visaige Tout fraiz et tout renouvelle.

Bref, je ne suis plus tresallé De ce grant mal de ladrerie.

Ha, sire, vostre seigneurie M'a remys en plaine santé.

De tous pointz j'estoye supplanté; Maintenant suis sain et joyeulx.

S. Loys.

Remercyez le Roy des Cieulx, Mon chier amy, et non pas moy.

Gringore II. 2

Gringore. [545

Le Varlet.

Mon maistre...

L'Aveugle.

Qu'i a-iL?

Le Varlet.

Je voy Le ladre, qui est tout pourry, Que le Roy Loys a guery, En le baisant tant seullement.

L'Aveugle.

Qu'il est guéry.

Le Varlet.

Certainement ; Vray est comme je le propose.

Par mon âme, velà grant chose; Je verroye voullentiers cela.

Le Varlet.

Je vous en croy; mais le velà Tout aussi sain comme je suis.

Le Duc de Bretaigne.

Trop esbahir je ne me puis De cecy.

Le Conte de Champaigne.

Velà un grant cas.

Mais pourtant ne lerrons-nous pas A parfaire nostre entreprise.

Le Conte de la Marche.

Peult estre que Dieu tant le prise

366"| Vie Ms S. Loys.

Qu'il veult qu'il vive en continence

Sans avoir la prééminence

Sur les Françoys, ne seigneurie.

Le Duc de Bretaigne.

Je croy que Dieu veult qu'i le prie Et qu'il laisse mondanité.

Aux armes n'est point usité, Mais en toute bigoterie.

Le Conte de Champaigne.

Dieu ne veult point qu'il seigneurie; Nous le voyons bien par cecy.

S. Loys.

Amy, mettez voz piéz icy ; Car je vueil le moyen trouver Moy mesmes de les vous laver, Car j'aperçoy qu'estes très las.

Le Ladre.

Ha, sire, il ne m'apartient pas.

S. Loys.

Faictes ce que je vous diray; Autrement mal contant seray De vous; çà vos piéz, mon amy.

Luy lave les piéz.

Le Frère.

Je n'ay garde d'estre endormy ; Quant je voy telle chose faire Devant moy, je ne m'en doy taire, Mais le croniquer en hystoire, Affm qu'à jamais soit mémoire De ce cas icy advenu.

20 Gringore. [38;

Le Ladre.

A, sire, je suis bien tenu A vous.

S. LOYS

Or vous, vous tirez près; Car je vous vueil, à motz exprès, Laver les piedz.

L'Aveugle.

Grant marcy, sire.

Hélas, je ne vueil pas desdire Vostre très noble saincteté.

// luy lave les piedz.

Le Frère.

Vécy pas grant humilité A ung roy ? Si est en ma foy Préesleu, si comme je croy.

Par la saincte grâce divine.

S. LOYS

Mes amys, qu'on se détermine De servir Dieu doresnavant.

Prenez en gré pour maintenant; Une autre foiz vous feray mieulx.

Le Ladre.

Je prie au puissant Roy des Cieulx Qu'i vous vueille de mal garder Et ce royaulme regarder De son œul de miséricorde Tant qu'il soit tousjours en concorde Et de ses ennemys délivre.

S. LoYS.

Amys, vellà argent pour vivre

405] Vie Ms S. Loys. ^ 21

Une sepmaine toute entière.

L'Aveugle.

Jamais je ne face prière A Dieu que vous n'y ayez part.

S. Loys.

Adieu, amys.

Le Ladre.

Il est jà tard ; Saison est de nous retirer.

L'Aveugle.

Que vouUés vous mieulx désirer Que d'estre en la grâce du Roy, Mon varlet.f*

Le Varlet.

Parlez-vous à moy ? Et à qui donc?

Le Varlet.

Ferons-nous pas Demain au matin ung repas, En départant nostre butin ?

L'Aveugle.

Ouy, et nous burons de bon vin, S'il y en a point en Paris.

Le Varlet.

Cela reveille les espriz Et oste gens hors de soucy.

Le Duc de Bretaigne.

Or nous retirons hors d'icy.

Messeigneurs, pensons à parfaire Le cas que nous avons à faire, Ou nostre entreprinse peu vault.

Le Conte de Champaigne.

C'est bien allégué ; il nous fault Gouverner par force ou faintise Le Roy de France à nostre guise.

Et, vueulle ou non, la royne Blanche.

Le Conte de la Marche.

Pensez que j'ay bras à la manche Pour lui faire bien sa raison.

On verra en temps et saison Qui aura bruyt, comme j'espère.

S. LoYS.

Reverente et honnorée mère.

Devers vous me viens présenter Pour vostre cas soliciter, Ainsi comme j'y suis tenu.

La Royne Blanche. Vous soyez le très bien venu, Mon filz et mon seul reconfort; Se Dieu, qui est puissant et fort, Ne prent pour vous la cure et seing Vous aider à vostre besoing, Mon filz, vous aurez fort à faire.

Las, vostre sang vous est contraire.

Mon amy.

S. LOYS

Comment, noble dame.'' Vous troublez mon esprit, mon ame.

De dire ces parolles cy.

450] Vie Ms S. Loys. 25

La Royne.

Mon cher enfant, il est ainsi.

J'entends que le Duc de Bretaigne, Contes de la Marche et Champaigne Eslièvent guerre contre toy.

S. Loys.

S'ilz font la guerre encontre moy, \h n'y auront gueres d'honneur, Et pense que nostre Seigneur Pugnira ceulx qui auront tort.

La Royne.

Je suis plaine de desconfort.

Quant voy, comme povez entendre, Que ceulx, qui vous deussent deffendre, Vous veullent la guerre livrer.

S. Loys.

Dieu m'en saura bien délivrer.

La Royne.

Si j'estoye femme de deffence, Pugnis seroient de leur offense ; Je congnois bien, la chose est telle, Qu'ilz veullent, sans juste querelle.

Vous molester; vellà le point.

S. Loys.

Mon peuple ne me fauldra point.

La Royne.

A, mon cher enfant, de bon aire Congnoissez que le populaire Ne se congnoist point à la guerre.

S. LOYS

Je pourray la victoire acquerre Encontre eulx, moyennant la grâce De Jhesus en bien peu d'espace.

Hommes font guerre, il est notoire, Mais Dieu seul donne la victoire ; Ses servans au besoing ne laisse.

La Royne.

Veu que vous estes en jeunesse, Je m'esbahis qu'ilz vous assaillent Et que reconfort ne vous baillent Pour vous ayder en tous vos faiz.

On m'a baillé la charge et fais De ce royaulme maulgré moy ; Mais certes, à ce que je voy.

On veult dessus moy entreprandre.

S. LoYS.

Je suis tout prest de vous deffendre Encontre tous; je le dis franc.

La Royne.

Ainsi comme j'ay dit, ton sang Se veult encontre toy armer, Qui m'est un morceau très amer A avaller.

S. LOYS

Ma chère mère.

N'en prenez doulleur si amère; Car encontre eulx resisteray, S'il plaist à Dieu, et m'armeray Du beau harnoix de Dilligence, Portant Fescu de Pacience Et la lance de Bon Renom.

499] Vie Ms S. Loys. 25

La Royne.

Tu as le couraige très bon, Mon enfant; mais en ta jeunesse l! me semble que c'est simplesse Te vouloir armer.

S. Loys.

Pourquoy est ?

Mais que mon peuple me voye prest De combattre, il s'efforcera De m'aider, et me gardera Ainsi que Seigneur naturel.

Qui sert Dieu a juste querelle; Je combas ; force corporelle Me donnera.

La Royne.

Quant de ma part, Je vacquerray et tost et tard A soudoyer voz gens de guerre.

S. Loys.

Seullement nous fault Dieu requerre Qu'il nous aide à nostre bon droit; Car qui en luy fermement croit, Jamais il n'est suppédicté.

La Royne.

Il est donc de nécessité Vous armer en vostre jeunesse.

S. Loys.

Et cuydez-vous que je me laisse Suppéditer par lâcheté.'^ Roys de France n'ont telz esté ; Je ne leur feray deshonneur,

26 Gringore. [520

Mais prendray bon couraige et cueur Résister à mes ennemys.

Dieu m'a au royaulme commis Pour faire raison et justice.

La Royne.

Dieu me doint grâce que je puisse Veoir rappaiser tout ce discord.

S. LOYS

Dieu pugnira ceulx qui ont tort; N'en faictes aucune ynorance.

Le Frère.

Dieu vous vueille donner puissance

De résister aux ennemys

Du royaulme, qui se sont mis

Sans raison contre vous en armes.

Ainsi concluons, pour tous tarmes,

Frères, seurs, que présentement

Avez veu le commencement

De la vie Monsieur sainct Loys.

Ayés couraiges resjouys,

En lui suppliant désormais

Qu'il prie Dieu qu'ayons bonne paix

Au noble royaulme de France.

Adieu; prenez en pacience.

Finis.

RAISON PARTOUT

LE Ile LIVRE

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