‹ Œuvres complètesChapitre 10 sur 190 · LES FOLLES ENTREPRISES · texte numérisé non relu

LES FOLLES ENTREPRISES

a première édition que nous connoissions des Folles Entreprises est un petit in-8 gothique, orné de nombreuses ^feî gravures sur bois. Il porte en titre : Les Folles Entreprises. Au-dessous se trouve un bois représentant un écu chargé de trois coquilles, deux au chef, une en pointe, surmonté de deux étoiles, et tenu à droite par un ange armé de pied en cap, à gauche par une sorte de

f)èlerin. Au bas de la page du titre, nous lisons es quatre vers suivans :

Qui en veult avoir se transporte Sans deshonneur et sans diffame Près du bout du pont Notre Dame , A l'enseigne de Mère Sote.

Le bois du verso du titre représente un homme en robe à larges manches , offrant , tête nue , à genoux, un livre à un seigneur, couvert, assis , en long manteau , qui reçoit le livre en

jetant sur l'auteur un regard sévère et méfiant. Le volume se termine par ces mots : // est dit par l'ordonnance de justice que l'acteur de cedict livre , nommé Pierre Gringore, a privilesge de le vendre et distribuer du jourd'uyjusques à ung an, sans ce que autre le puisse faire imprimer ne vendre, fors cculx à qui il en baillera et distribuera , et ce sur peine d'amende arbitraire. Imprimé à Paris par maistre Pierre le Dru , imprimeur, pour icelluy Gringore , leXXIIIejour de décembre l'an mil cinq cens et cinq.

2. Les Folles Entreprises, petit in-8 gothique, orné de gravures sur bois, chiffré A — K. Audessous du titre se trouve le bois de Mère Sotte, avec la devise : Raison par tout, Par tout Raison, Tout par Raison. Au-dessous encore, les quatre vers cités plus haut; au verso, le même bois que dans le volume précédent. Le bois du second feuillet diffère; les autres sont à peu près les mêmes, un peu moins nets, peut-être. Nous lisons à la fin : // est dit par l'ordonnance de justice que l'acteur de cedict livre, nommé Pierre Gringoire, a privilège de le vendre et distribuer du jourd'uy jusques à ung an, sans ce que autre le puisse faire imprimer ne vendre, fors ceulx à qui il en bal- 1er a et distribuera, et ce sur peine de confiscation des livres et d'amende arbitraire. Imprimé à Paris par maistre Pierre le Dru , imprimeur, pour icelluy Gringoire, le XXIIIejour de décembre, l'an mil cinq cens et cinq.

Cette fin est , comme on le voit , semblable , sauf quelques détails et une légère différence d'orthographe, à la conclusion du livre précédent. Nous avons ainsi cette bizarrerie de deux éditions annoncées comme ayant été données la

Les folles Entreprises. s

même année et le même jour, par le même imprimeur, et différant cependant non-seulement quant au titre, quant aux gravures, mais aussi quant à l'orthographe et quant à de nombreux détails du texte. Ce qui rend cette singularité plus curieuse encore, c'est l'existence d'un exemplaire sur vélin, avec gravures coloriées, qui semble bien appartenir à la première des deux éditions dont nous venons de parler, et qui cependant offre au verso du titre une gravure différente ; au lieu de l'auteur offrant son livre , nous voyons ici un seigneur et une dame, tous deux en robe, et tous deux à genoux au pied du crucifix.

Cette dernière singularité peut s'expliquer par la pensée que les gravures et le texte sont imprimés séparément, et qu'on a pu pour quelques-uns des exemplaires sur vélin , destinés sans doute à quelques illustres personnages, à quelques protecteurs de Gringore, on a pu faire intervenir certains changemens , en vue de flatter la vanité ou le caprice desdits personnages. Quant à l'autre singularité, plus importante, nous ne la comprenons qu'en supposant soit une contre-façon , soit une fraude de la part de l'éditeur : il aura voulu mettre une seconde édition au lieu et place de la première , pour la faire profiter sans doute de l'estime dont jouissoit cette première édition , et qui lui avoit valu un écoulement plus rapide qu'on ne l'a voit supposé. Diverses considérations nous ont fait croire à l'antériorité de l'édition qui porte l'écu aux trois coquilles ; nous nous sommes surtout laissé persuader par la netteté des bois et des lettres, par l'ancienneté de l'orthographe. Sous ce dernier

rapport principalement , la différence entre les deux éditions est assez nettement marquée pour qu'il ne nous soit resté aucun doute sur leur position respective.

Notons l'existence d'un second exemplaire sur vélin , qui nous a paru appartenir non plus cette fois à la première, mais bien à la seconde édition. Il porte au titre le bois de Mère Sotte, et offre à la fin : Il est dit par l'ordonnance de justice que l'acteur de cedict livre, nommé Pierre Gringoire, a privilège de le vendre et distribuer du jourd'uyjusques à ung an sans ce que autre le puisse faire imprimer ne vendre fors ceulx à qui il en ballera et distribuera, et ce sur peine de confiscation des livres et d'amende arbitraire. Imprimé à Paris par maistre

Pierre le Dru, imprimeur Dans l'exemplaire

que nous avons vu, la ligne qui doit suivre ces derniers mots a été grattée. Les gens experts en fait de bibliographie et de bibliographes ont conclu qu'on avoit eu un intérêt bibliographique à gratter cette dernière ligne ; en voyant dans le Manuel du Libraire l'annonce d'une édition de i $07 imprimée à Paris par le même Pierre le Dru , ils sont arrivés à se dire que cette dernière édition pouvoit fort bien ressembler à celle de 1 50$ en toute chose, sauf cette dernière ligne; et qu'alors il n'y avoit qu'à faire disparoître cette dernière ligne pour au moins laisser la question douteuse, pour faire profiter de ce doute l'exemplaire sur vélin qui nous occupe, et arriver ainsi à dire qu'il est peut-être de 1 50 5 , au lieu de laisser une ligne qui prouveroit clairement qu'il est de 1 $07.

Cette série de déductions, qui paroîtront minutieuses à la plupart des lecteurs, a pourtant sem-

blé sans réplique à la conscience des collectionneurs. Pour nous, nous avouons que nous ne sommes point convaincu ; nous voulons prendre la défense des amateurs de livres, contre eux-mêmes et malgré leurs aveux; nous ne pouvons pas croire que tout accident qui arrive à un livre ne puisse avoir d'autre cause que la sottise ou la malhonnêteté d'un bibliophile ; il nous paroît sage de supposer que le hasard puisse leur venir en aide, et même détériorer une date importune.^ Le volume, qui est d'ailleurs magnifique, provient de Diane de Poitiers , dont il porte le chiffre ; un tel volume auroit bien peu gagné à être peutêtre de 1505 avec une mutilation, au lieu d'être sûrement de 1 507 en parfait état de conservation. Nous reconnoissons du reste que nous avons, pour supposer que cette édition n'est pas de 1 507, un meilleur argument que l'intelligence et la bonne foi des bibliomanes; cet argument, c'est d'abord l'absurdité qu'il y auroit de conserver dans une édition de 1 507 un privilège qui annonce justement qu'il est éteint en 1 500; c'est ensuite le peu de certitude que nous offre l'assertion du Manuel du Libraire au sujet de l'existence des éditions de Paris, le Dru, 1 507. Nous allons revenir là-dessus.

3. Ce même Manuel du Libraire indique une édition imprimée à Paris en l'an mil cinq cens et six, le XIXe jour de mars, in-8 gothique de 64 feuillets. Nous ne l'avons pas vue.

4. Nous avons rencontré une édition in-8 gothique qui ne paroît pas avoir été citée jusqu'ici : Les Folles Entreprises; au-dessous le bois de Mère Sotte , puis ces quatre vers :

8 Gringore.

En rue Mercière , près de Confort, ce livre Intitulé les Folles Entreprises , Où les faultes de plusieurs sont comprises, Dans Lyon on le vent et délivre.

Les bois et le texte sont à peu près les mêmes que dans les éditions précédentes. Le volume se termine ainsi : Cy finist le Livre des Folles Entreprises, imprimé à Lyon, Van mil cinq cens et VU, XIXe jour d'octobre. C'est cette date qui nous porte à révoquer complètement en doute l'existence d'une édition, également 8° gothiq. aussi imprimée en 1507, aussi le 19 octobre, mais par Pierre Le Dru, à Paris. Il nous semble tellement improbable qu'il ait paru le même jour, à Lyon et à Paris , deux éditions du même livre, que nous n'hésitons pas à admettre quelque erreur de la part du Manuel du Libraire, qui cite l'édition Parisienne; M. Brunet a sans doute été trompé par quelque faux renseignement, et cette pensée nous a rendu un peu sceptique au sujet d'une autre édition , que la même note du célèbre bibliographe place à la date du 6 janvier 1507 (1508) et sur laquelle nous n'avons pu trouver le moindre renseignement.

5 . Nous n'avons plus à citer qu'une édition in-40 gothiq. S. D.,sous ce titre : Les Folles Entreprises qui traictent de plusieurs choses morales, imprimées nouvellement à Paris. X. (dix cahiers, A-K). Elle offre le bois de Mère Sotte et cette annonce :

En la rue Neufve ou pent l'escu de France , Vous trouverez Les Folles Entreprises, Où les faultes de plusieurs sont comprises A tous venans on les vent et délivre.

Les folles Entreprises. 9

Nous lisons en guise d'explicit : Cy finisî le Livre des Folles Entreprises, nouvellement imprimées à Paris. M. Brunet pense que cette édition est de Jehan Trepperel. Il ne dit pas duquel; pour nous, nous la croirions volontiers d'Alain Lotrian ou de Trepperel II, plutôt que du premier Trepperel. Les bois, qui sont à peu près les mêmes que ceux des premières éditions, se trouvent beaucoup plus usés , et les variantes du texte , ainsi que l'orthographe, indiquent clairement une date assez postérieure à 1 505.

Nous avons expliqué dans notre préface la méthode qu'a suivie Gringore dans la composition de ce livre. Les citations qu'il a placées à la marge, en manchettes, nous les mettrons en notes, et nous les désignerons par des lettres, tandis

3ue nos propres notes seront, selon l'usage orinaire, numérotées.

Ces citations , de même que l'indication des auteurs à qui elles sont empruntées, sont parfois fautives : nous avions songé à les redresser, à indiquer minutieusement l'endroit précis d'où elles sont tirées; on nous a détourné de donner au public ce travail, qui à coup sûr n'est point important pour l'œuvre de Gringore. Nous avons reconnu que ce seroit là de l'érudition , non sur notre poëte, mais à côté de notre poète, et que c'étoit affaire à un professeur d'humanités, non aux éditeurs d'un écrivain du Moyen Age , de remettre sur pied les vers tronqués d'Ovide ou de Sénèque le tragique. Nous abandonnons donc ces Folles Entreprises aux latinistes timorés.

Gringore.

Nous reproduirons les manchettes de notre livre, en nous bornant à corriger quelques-unes des fautes les plus grossières, à remettre sur leurs pieds les plus classiques d'entre les vers , enfin à redresser quelques citations, pour montrer le degré de confiance que mérite l'érudition de Gringore. Nous indiquerons par des astérisques les corrections , les notes sur les citations de notre auteur.

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