‹ Œuvres complètesChapitre 127 sur 190 · Probablement homsy on · texte numérisé non relu

Probablement homsy on

3. Il y a peu d'explication généalogique à donner sur cet abbé ; son rôle et son histoire se comprennent facilement. C'est d'ailleurs un personnage cher aux Sotz; nous le retrouvons dans le Monologue, et dans les Lettres Nouvelles , où, comme nous l'avons indiqué, il est devenu un personnage plus important.

Sottie. 215

l'Abbé de Plate Bource.

Je viens de enluminer mon nez , Non pas de ces vins vers nouveaulx.

Le Deuxiesme.

Ça , ça , Plate Bource et Frevaulx , Venez avec la seigneurie ; Car je croy, par saincte Marie, Qu'il y aura compaignie grosse.

l'Abbé de Frevaulx.

Je m'y en voys avec ma crosse Et porteray ma chappe exquise , Aussi chaulde que vent de bise. Pour moy vous ne demourerez.

l'Abbé de Plate Bource.

Plate Bource et Frevaulx aurez Tout maintenant , n'ayez soucy.

Le Troisiesme.

Plat d'Argent !

Le Seigneur du Plat.

Holla ! me vecy Bien empesché , n'en doubtez point , Car je metz le logis à point De ces seigneurs, et ces prelatz.

Tout en est tantost, hault et bas, Quasi plain

Le Premier.

Le Prince des Sotz.

A voulu et veult ses Suppostz Traicter ainsi qu'il appartient.

Le Seigneur du Plat.

Mot, mot, le vecy, ou il vient, Prenez bon courage, mes hostes.

216 Gringore.

Le Prince des Sotz.

Honneur, Dieu gard les Sotz et Sottes ! Benedicite ! que j'en voy !

Le Seigneur de Gayecté».

Hz sont par troppeaulx et par bottes.

Le Prince des Sotz.

Honneur ! Dieu gard les Sotz et Sottes !

Le Seigneur de Gayecté.

Arrière bigotz et bigottes,

Nous n'en voulons point, par ma foy.

Le Prince.

Honneur ! Dieu gard les Sotz et Sottes ! Benedicite ! que j'en voy !

J'ay tousjours Gayecté avec moy, Comme mon cher filz tresaymé.

Gayecté.

Prince par sus tous estimé ,

Non obstant que vous soyez vieulx ,

Tousjours estes gay et joyeulx

En despit de voz ennemys ;

Et croy que Dieu vous a transmys 2

Pour pugnir meffaitz exécrables.

i. Ce seigneur est lui aussi un fidèle compagnon des Sotz. Nous le retrouvons dans le Monologue, où il est le bon seigneur de Gayetté, et dans les Lettres, où il a suivi la même ligne d'avancement que Plate Bource. Cette marche simultanée des deux personnages seroit-elle un symbole que Roger de Collerye résume dans ce vers :

D'argent, fi! ce n'est que bagage.

i. Pris ici dans le sens neutre, envoyé.

Sottie. 217

Le Prince.

J'ay veu des choses merveillables En mon temps.

Tresredoubté Prince, Qui entretenez la province Des Sotz en paix et en silence, Voz Suppostz vous font révérence.

Le Deuxiesme.

Vecy voz subgectz , voz vassaulx, Délibérez de vous complaire, Et à qui que en vueille desplaire Au jourd'huy diront motz nouveaulx.

Le Troisiesme.

Voz princes , seigneurs et vassaulx Ont fait une grande assemblée ; Pourveu qu'elle ne soit troublée A les veoir vous prendrez soullas.

Le Premier.

Voz prelatz ne sont point ingratz , Quelque chose qu'on en babille ; Hz ont fait durant les Jours gras Bancquetz , bignetz et telz fatras Aux mignonnes de ceste ville.

Le Prince de Nates.

Où est l'abbé de la Courtille ?

Qu'il vienne sur peine d'amende.

Gayecté.

Je cuyde qu'il est au concilie'.

i . Allusion au concile que le pape Jules II venoit de convo-

218 Gringore.

Le Troisiesme.

Peult estre ; car il est habille Respondre à ce qu'on luy demande.

l'Abbé de Plate Bource.

Je vueil bien que chascun entende , Et qui vouldra courcer s'en cource , Que tiens la Courtille en commande.

Le Troisiesme.

Le corps bieu , c'est autre viande.

l'Abbé de Plate Bource.

Au moins les deniers en embource.

Je suis abbé de Plate Bource Et de la Courtille.

Le Premier.

Nota.

l'Abbé de Plate Bource.

Je courus plus tost que la cource En poste.

Le Prince.

Raison pourquoy ?

l'Abbé de Plate Bource.

Pource Tel n'est mort qui ressuscita » .

quer. Ce concile , connu dans l'Église sous le nom de concile de Latran , dix-huitième œcuménique, devoit déplaire à Louis XII ; il prévoyoit que cette assemblée annuleroit les actes du pseudo-concile de Pise, que cinq cardinaux, ennemis de Jules II,venoient d'ouvrir, à l'instigation du roi de France, i . Sans doute , tel bénéficier est à peine mort qu'il ressuscite, par allusion à la promptitude avec laquelle on poursuivoit un bénéfice dès les premiers instans de la vacance.

Sottie. 219

Gavecté.

Et où est Frevaulx ?

l'Abbé de Frevaulx.

Me vella ; Par devant vous vueil comparestre.

J'ay despendu , notez cela, Et mengé par cy et par là Tout le revenu de mon cloistre.

Le Prince.

Voz moynes ?

l'Abbé.

Et ilz doivent estre Par les champs pour se pourchasser.

Bien souvent quant cuident repaistre , Hz ne sçayvent les dens où mettre , Et sans soupper s'en vont coucher.

Gayecté.

Et sainct Liger, nostre amy cher, Veult il laisser ses prelatz dignes ?

Le Deuxiesme.

Quelque part va le temps passer, Car mieulx se congnoist à chasser Qu'il ne fait à dire matines.

Le Troisiesme.

Vos prelatz font ung tas de mynes Ainsi que moynes regulliers ; Mais souvent dessoubz les courtines Ont créatures femynines En lieu d'heures et de psaultiers.

Le Premier.

Tant de prelatz irreguliers!

220 gringore.

Le Deuxiesme.

Mais tant de moynes apostatz!

Le Troisiesme.

L'Eglise a de maulvais pilliers !

Le Premier.

Il y a ung grant tas d'asniers Qui ont bénéfices à tas.

La Sotte Commune '.

Par Dieu , je ne m'en tairay pas ! Je voy que chascun se desrune3 !

On descrye florins et ducatz, J'en parleray, cela répugne.

Le Prince.

Qui parle ?

Gayecté.

La Sotte Commune.

La Sotte Commune.

Et que ay je à faire de la guerre, Ne que à la chaire de sainct Pierre Soit assis ung fol ou ung saige ?

Que m'en chault il se l'Eglise erre, Mais que paix soit en ceste terre ?

Jamais il ne vint bien d'oultraige.

Je suis asseur en mon village; Quant je vueil je souppe et desjeune !

Le Prince.

Qui parle ?

Le premier Sot.

La Sotte Commune.

i . Qui représente le commun , le populaire. 2. Se débride, se dérègle.

Sottie. 221

La Commune.

Tant d'allées et tant de venues, Tant d'entreprises incongnues !

Appoinctemens rompuz , cassez !

Traysons secrettes et congnues !

Mourir de fièvres continues !

Bruvaiges et boucons ' brassez !

Blancz scellez en secret passez !

Faire feux , et puis veoir rancune !

Le Prince.

Qui parle ?

La Commune.

La Sotte Commune.

Regardez moy bien hardiment.

Je parle sans sçavoir comment, A cella suis acoustumée ; Mais à parler realement, Ainsy qu'on dit communément , Jamais ne fut feu sans fumée; Aucuns ont la guerre enflamée.

Qui doivent redoubter fortune.

Le Prince.

Qui parle ?

La Sotte.

La Sotte Commune.

Le Premier Sot.

La Sotte Commune, aprochez.

Le Second Sot.

Qu'i a il ? Qu'esse que cerchez ?

1. Poisons. Allusions, sans doute, aux empoisonnemens et aux trahisons dont on accusoit les princes italiens , les Borgia en particulier.

222 gringore.

La Commune.

Par mon ame, je n'en sçay rien.

Je voy les plus grans empeschez, Et les autres se sont cachez.

Dieu vueille que tout vienne à bien !

Chascun n'a pas ce qui est sien , D'affaires d'aultruy on se mesle.

Le Troisiesme.

Tousjours la Commune grumelle.

Commune, de quoy parles tu ?

Le Deuxiesme.

Le Prince est remply de vertu.

Le Troisiesme.

Tu n'as ne guerre ne bataille.

Le Premier.

L'orgueil des Sotz a abatu.

Le Deuxiesme.

Il a selon droit combatu.

Le Troisiesme.

Mesmement a mys au bas taille

Le Premier.

Te vient on rober ta poulaille ?

Le Deuxiesme.

Tu es en paix en ta maison.

Le Troisiesme.

Justice te preste l'oreille.

Sottie. 22$

Le Premier.

Tu as des biens tant que merveille Dont tu peux faire garnison.

Le Deuxiesme.

Je ne sçay pour quelle achoison A grumeller on te conseille.

La Commune (chante)1.

Faulte d'argent, c'est douleur non pareille. Le Deuxième.

La Commune grumelera Sans cesser, et se meslera De parler à tort, à travers. La Commune.

Ennuyt la chose me plaira, Et demain il m'en desplaira ; J'ay propos muables , divers ; Les ungz regardent de travers Le Prince , je les voy venir ; Par quoy fault avoir yeulx ouvers ; Car scismes ombles, pervers, Vous verrez de brief advenir Gayecté.

La Commune ne sçait tenir Sa langue

Le Troisiesme.

N'y prenez point garde.

A ce qu'elle dit ne regarde.

i . Roger de Collerye, dans un de ses rondeaux , et Rabelais, ont aussi employé ce vers d'une chanson populaire. Voyez Œuvres de Collerye, édit. elzevirienne, notes, pages 22 j et

224 Gringore.

La Mère Sotte {habillée par dessoubz en Mère Sotte, et par dessus, son habit ainsi comme l'Eglise) '.

Sy le Dyable y devoit courir Et deussay je de mort mourir Ainsi que Abiron et Datan , Ou dampné avecques Sathan, Sy me viendront ilz secourir.

Je feray chascun acourir Après moy, et me requérir Pardon et mercy à ma guise.

Le temporel vueil acquérir Et faire mon renom florir.

Ha! brief, vêla mon entreprise.

Je me dis Mère Saincte Eglise, Je vueil bien que chascun le note ; Je maulditz, anatematise, Mais soubz l'habit, pour ma devise, Porte l'habit de Mère Sotte.

Bien sçay qu'on dit que je radotte Et que suis fol en ma vieillesse; Mais grumeler vueil à ma poste Mon filz le Prince, en telle sorte

i . Mère Sotte avoit un habillement particulier, rreconnoissable au théâtre , où elle jouoit , on le voit, un personnage de convention , personnage fécond en jeux de mots, en plaisanteries tirées soit du contraste, soit de l'analogie de son nom avec ses différens rôles. Toute la scène qui suit est basée sur cette donnée. Peut-être cet habit étoit-il porté dans la vie ordinaire, au moins dans les assemblées des Sotz, comme un insigne sérieux de son grade dans la corporation des Sotz, comme un vêtement respectable, honoré et représentatif de fonctions qui, ainsi que nous l'avons indiqué dans la préface, étoient , au fond, sérieuses, graves, dignes de considération.

Sottie. 225

Qu'il diminue sa noblesse , Sotte Fiance.

Sotte Fiance.

La haultesse De vostre regnom florira.

La Mère Sotte.

Il ne faut pas que je délaisse L'entreprise; ains1 que je cesse Cent foys l'heure on en mauldira.

Sotte Occasion.

Qui esse qui contredira Vostre saincte discrétion !

Tout aussi tost qu'on me verra Avec vous, on vous aydera A faire vostre intencion

La Mère Sotte.

Ça! ça! ma Sotte Occasion, Sans vous ne puis faire mon cas.

Sotte Occasion.

Pour toute resolution

Jetrouveray invention

De mutiner princes, prelatz.

Sotte Fiance.

Je promettray escus , ducatz

Mais 2 qu'ilz soyent de vostre aliance.

La Mère Sotte.

Vous dictes bien, Sotte Fiance.

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