QUATRE VERTUZ PRINCIPALLES
QUE LES PRINCES DOYVENT TOUSJOURS AVOIR EN EULX IT SE GOUVERNER PAR ICELLES *.
rinces doivent avoir dedens leur cueurs Quatre vertuz, appellées principalles , Ou autrement ne sont point vraiz seigneurs ,
i . Les remontrances et les leçons aux princes , les traités sur les devoirs des rois , sont fréquens au Moyen Age. Ils représentent avec sagesse , gravité et autorité, la partie politique de la presse moderne; ils se servent sans doute de méthodes en rapport avec l'esprit dèfiniteur, l'amour des théories, l'appel constant et sincère au bon sens, toutes qualités qui distinguoient leur temps; nous reconnoîtrons pourtant que ces journalistes du Moyen Age, que l'on appelle des esclaves et des barbares, jouissoient dans ces leçons aux rois d'une liberté que n'oseroient pas se permettre les hommes libres et civilisés des temps modernes. Il ne paroît pas que Louis XI lui-même ait mis quelque obstacle à l'exercice de ce droit général de remontrances. C'est vers la fin du xve siècle que les traités de ce genre se trouvent le plus à la mode ; nous nous contenterons de signaler les deux plus remarquables d'entre eux : les Lunettes des princes, de Meschinot, «-t le Trésor de noblesse, d'Octavien de Saint-Gelais.
Les folles Entreprises. 39
S'ilz ne gardent leurs reigles generalles a. Prendre doivent les vertuz cardinalles, De leur conseil faisant leurs jugemens, Entremeslant vertuz theologalles, Quant ilz baillent leurs loix par instrumens ' ; Des principales tiendrons noz parlemens , Car de tous pointz aux princes appartiennent ; Principales sont dictes , quant soustiennent Princes en paix sans debatz , n'argumens.
Des principalles vertuz, dame Justice Doit assister tousjours au près du prince, Et corriger ceulx qui , en la province , De jour en jour commettent quelque vice ■'. Miséricorde est en ce cas propice , Et Vérité jamais n'en doit loings estre , Car autrement Paix ne peult apparoistre Près du prince. Sans ces vertuz ne peult 2 ; Et qui les tient encloses en son estre , Envers Dieu fait partie de ce qu'il veult.
De Injustice.
De Injustice , ainsi qu'on peult entendre , Nous la voyons 3 , dequoy je m'esmerveille,
1 . Par décrets, par chartes, par arrêts , par tout écrit qui instruit le peuple de l'existence de ces lois.