‹ Œuvres complètesChapitre 85 sur 190 · I. Et que cela soit vrai, c'est prouvé par ceci · texte numérisé non relu

I. Et que cela soit vrai, c'est prouvé par ceci

a. Proverb., XI 11 : Ambulans recto itinere et timens Deum despicitur ab eo qui infami graditur via.

b. Jacob, II : Sicut corpus sine spiritu mortuum est, ita fides sine operibus rwrtua est.

126 Gringore.

Que la Foy est des vertus la plus belle,

Pourveu qu'el soit en Charité fondée '.

L/Escripture soit sur ce regardée

Et en voz cueurs imprimez ce nota :

Fides in cantate fundata

Est virtiitum virtus, parquoy

Il est requis tousjours de fonder Foy

En Charité , ou autrement n'est nulle.

Mais toutesfois , sans que plus dissimule

A relater la peine et les travaulx

Que gens pervers , dangereux , traistres, faulx,

Firent à Foy en différentes guyses%

Racompteray leurs folles entreprises.

Des Herèses, et comment Hz font dérision de la Foy.

anicheus 2 vint pour Foy oultrager, En soustenant que sur les terriens

1. Gringore nous semble ici un théologien fort empêché; il paroît avoir gardé quelque vague souvenir de discussion scholastique, dont il se hâte de faire exhibition sans l'avoir bien comprise. Ses docteurs se sont moques de lui. Il indique, en effet, comme contraires et devant être distinguées, deux choses semblables, Fides cum operibus, et Fides cum charitate; c'est la même Foi. L'Église reconnoît seulement deux sortes de Foi : la Foi vive, celle qui est animée par la Charité; la Foi morte, celle qui est sans la charité, c'est-à-dire, comme l'enseigne saint Augustin, si non habeat opéra, si elle n'est pas accompagnée des bonnes œuvres.

2. Gringore veut sans doute dire Manès, chef des Manichéens, qui soutenoit en effet qu'il y a deux principes égaux, l'un bon, l'autre mauvais; parmi les partisans et œuvres de ce dernier, il range les Prophètes de l'Ancienne Loi et l'Ancienne Loi elle-même. Fin du 111e siècle.

a. Il Thimot., III : Omnes qui pie volunt vivire in Christo Jesu persecutionem patiuntur.

Les folles Entreprises. 127

Deux dieux estoyent; pour le cas abréger, L'un disoit bon, l'autre ne valloit riens a. Arrianus ' avec ses Arriens Disoit Jésus estre moindre personne Que son Père. Sa raison n'estoit bonne; Atanaise 2 luy remonstra sa faulte Comme à celluy qui hors de raison saulte. Puis aucunz Grecz errèrent en ce lieu : Le Sainct Esperitne confessèrent Dieu*, Mais soustenoient qu'il estoit créature''. Sabellius4 erra contre droicture :

Trois personnes il voulut alléguer Assemblement et sans les distinguer.

Pareillement Juifz, Sarrazins, Payens, Blasmèrent Foy par differens moyens, En desprisant ses articles notables ; Mais les devotz, saiges , discretz Crestiens . Les mirent sus par beaulx ditz et notables.

1 . Il nioit la divinité de Jésus-Christ; il fut condamné par le premier concile oecuménique, à Nicée^ 325.

2. Évéque d'Alexandrie, 326; il fut en effet toute sa vie en lutte contre les Ariens et les Eusebiens , et persécuté par eux.

3. Le principal point de dissidence dogmatique du schisme Grec, ix' siècle, est en effet cette invention de Photius : que le Saint-Esprit ne procède pas du Père et du Fils.

4. Sabelîius, vers 350, nie la distinction des trois personnes en Dieu.

a. Boetius contra Manicheum : Unus enim rerum est pa- Ur, unus cuncta ministrans.

b. Prime Johannis VI contra Grecos : Très sunt qui testimonium danî in celo, Pater, Vcrbum et Spiritus Sanctus , 4i hi très in unum.

128 Gringore.

De l'erreur Jacobite et Nicolaïte

Lors s'esmeurent aucuns Nicolaïtes l Qui voulurent Foy destruire et combatre a, Puis survindrent un tas de Jacobites2 Qui estoient prestz encontre elle debatre. Bien tost après , pour toute erreur abatre ; Furent commis aucuns Frères Prescheurs *, Discretz docteurs qui furent empescheurs Que on ne oultrageast Foy, nostre sauvegarde. Pour confondre erronicques erreurs , La Foy, la Loy4 leur fut baillée en garde 5. Sorciers, sorcières, devins, devineresses, Folz enchanteurs, folles enchanteresses, Marcionistes6, Juifz, Payens, Sarrazins, Turcs, Tartarins luy firent trop d'oppressés; Paciamment enduroit les angoisses

1. Disciples de Nicolas, diacre d'Antioche, qui prétendoit que tout devoit être commun entre les Chrétiens, même les femmes (premier siècle). Au commencement du xv', Picard prêcha cette doctrine, qui s'étendit des Pays-Bas jusqu'en Bohême, où elle fut détruite en 1420.

2. Disciples de Jacques Barduc Zanzale, qui attaqua la doctrine catholique sur le baptême (vie siècle).

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