Et qu'ils disent
j. Ne doit-on pas lire accoustrer, orner. Accoustumm donne en effet un pied de trop; ilj[se comprend d'ailleurs : ils inventent ces prétextes, afin de n'avoir aucune raison pour combattre leurs habitudes.
6. Piétaille signifie habituellement infanterie, populace; il paroît ici être pris pour pied.
a. Jacobi, V : Ante omnia autem, fratres mei, nolite jurare neque per celum, neque per terram, neque aliud quodcumque juramentum , ut non sub judicio decidatis.
b. Seneca : Sepe in auctorem scelera reditrunt sua. Idem : Malum consilium consultori pessimum.
132 Gringore.
Jambes, ne bras, qu'ilz ne fussent percez Par telz gallans. Qui tel conseil leur baille Est mys au ranc des damnez insensez.
0 gens despitz, félons, blasphémateurs, Jureurs, menteurs, en péché obstinez, De nostre foy estes persécuteurs , Folz détracteurs, de vices protecteurs , Faulx inventeurs, en jurant vous damnez a! Trop mesprenez , Jesu Christ indignez Et répugnez ; droit veult qu'on vous punisse Se ne craignez sa divine justice.
De voz langues la chair luy trespercez, Trop l'offensez , helas ! et il l'endure; Voyez son corps et ses membres lassez b, Rompuz, cassez, fouliez et oppressez; Songez, pensez à vostre grant laidure.
Peine dure seuffre qui Dieu parjure, Trop d'injure lui faictes en jurant :
Gens sans raison vont tousjours murmurant.
Le Filz crie à son Père vengeance Comme en trance , le Père luy acorde, Le Sainct Esperit est de leur aliance; Leur sentence veullent en diligence c Pour l'offence getter. Qu'on s'en recorde, La Discorde ' est par Miséricorde,
1. Ce mot, appelé par les nécessités de la rime batelée, est pris peut-être dans le sens général de souffrance, depu-
j. Ecclesiast., 111 : Cor durum maie habebit in novissimo.
b. Hebreo, Vil : Rursum crucifigentes sibimetipsis filium Dei , et osteniui habentes.
c. Ecclesiast., VIII : Qucd non profertur cita contra malos stntentia, absque timoré, filii hominum perpétrant mala.
Les folles Entreprises. 155
Qui concorde avec Foy, retardée; Par juremens la Foy est mal gardée.
De ceux qui vont en voyages aux f estes.
Foy enduroit ces peines et molestes Paciemment, comme doulce et bénigne ; Mais contre elle gens mal gardans les festes a Prenoient argu, blasmant sa discipline.
Quant ilz dévoient servir l'essence Trine ' , Hz s'esbastoient à tous jeuz dissoluz,
nition, de mal. Ce passage, comme beaucoup d'autres dans Gringore et les poètes ses contemporains, peut s'interpréter de différentes façons, l'absence de ponctuation donnant toute latitude à l'esprit du lecteur, et jetant de l'obscurité dans la disposition et la coupe de divers membres de la phrase. La difficulté existe surtout dans les vers équivoques et batelés, le besoin d'un grand nombre de rimes semblables obligeant le poète à employer des mots d'un sens vague ou forcé , et à leur donner une signification différente de leur signification ordinaire. Ces vers voudroient donc dire que la peine (la discorde) décrétée par la Trinité, en punition du mal causé par le blasphème, est retardée par la Miséricorde, sœur de la Foy; mais qu'on ne l'oublie pas, toutes deux sont insultées et irritées par les blasphèmes. Peut-être aussi le poète entre-t-il dans un ordre d'idées différent de celui qui commence le huitain, et ces derniers vers signifieroient que la Charité (miséricorde), soeur de Foy, met obstacle aux querelles (la discorde), tandis que les juremens, ennemis de Foy , les font naître. Le premier texte donne qu concorde; nous avons lu qui concorde , mais peut-être est-ce une faute d'impression qui a amené le q, et faut-il lire ou concorde; nous aurions alors une phrase qui ressembleroit aux adages de M. de la Palisse : la discorde est retardée par la concorde, aidée de la miséricorde et de la foi.