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Changeons de genre. Ce qui m'a d'abord saisi dans le Léonidas de David, dans le Serment du Jeu de paume, dans le Premier consul gravissant les Alpes, c'est l'idéal ; l'irrationalité de l'œuvre ne m'est apparue "qu'après coup, à la réflexion. Cette impression idéaliste est généralement la première qui se fasse sentir dans les tableaux des grands maîtres ; cette priorité est due au prestige exercé par la puissance même de l'art. Au cob^ traire, ce qui m'a d'abord frappé dans le frontispice du Panthéon, et dans le groupe de Rude, de l'Arc àe l'Étoile, c'est l'irrationalité. Mais de quelque manière que la chose arrive; que l'irrationalité d'une œuvre d'art se révèle à mon esprit dès le premier moment ou après une longue réflexion, l'effet sera toujours le même : dès lors qu'en moi la raison n'est pas satisfaite, ou, ce qui revient au même, dès qu'elle a cessé de l'être, le goût, qui d'abord s'était laissé prévenir, se met de la partie et fait volte-face ; l'idéal tombe , et je deviens complètement insensible à ce qui d'abord avait entraîné mon imagination et mon cœur. A ce compte, dira-t-on, je ne dois trouver rien de beau dans les arts, puisque, revue faite de l'évolution artis-
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tique depuis le commencement de la civilisation Jusqu'à nous, on n'y trouve rien , pas même l'Iliade , qui soit d'une entière rationalité. Mais c'est à quoi j'ai répondu que l'art, bien qu'incomplet dans sa vérité et son idée, bien que n'ayant qu'imparfaitement conscience de sa haute mission, n'en demeure pas moins rationnel et véridique dès qu'il répond à la pensée générale; dès que, par sa franchise et sa spontanéité, il exprime fidèlement le sentiment des masses. Voilà comment, en présence des œuvres du moyen âge , de celles des Grecs, des vieux Égyptiens, de la Renaissance ellemême, m'identifiant par la pensée aux mœurs de chaque époque, je me laisse aller sans scrupule à mon admiration devant ces monuments de sociétés qui ne sont plus, et dont il m'est impossible de suspecter la bonne foi; voilà, dis-je, comment je puis admirer une Descente de croix de Rubens à l'égal de la Ronde de nuit de Rembrandt Rubens, en dépit de toutes les mythologies et allégories qu'il a laissé échapper de son pinceau, et que je laisse à mon tour pour ce qu'elles valent ; Rubens, dès qu'il redevient catholique et peintre d'église, est aussi vrai dans la Belgique dévote que Rembrandt l'est lui-même dans la protestante et républicaine Amsterdam. Mais aujourd'hui, où est parmi nous l'artiste véridique? Y a-t-i! ombre de vérité, au point de vue de nos mœurs, de nos croyances, de notre tradition révolutionnaire, de RQ* «soirations esthétiques, dans
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tout cet art classique , romantique T fantaisiste, païen, renaissance ou moyeu âge ? N/est-ce pas au contraire le comble de l'irrationalité ? J'admets que dans la peinture de David il y a du moins ceci de. vrai : que les Grecs et les Latins que nous lisons au collège ont contribué à notre révolution; j'admets, par la même raison y que dans les tableaux d'Ë. Delacroix., d'Ary Scbeffiec et autres, il existe cette portioncule de. vérité, que pendant un temps notre littérature s'est saturée d'imitations shakespeariennes* de réminiscences orientales et du moyen âge. Mais quine voit que cette espèce de vérité est un mensonge de plus; que cette rationalité est une réduction à l'absurde, puisqu'elle: nous accuse nousmêmes dans ce que nous avons de plus intime, nos institutions, notre littérature et notre langue? Je demande donc, je demande avec instance que l'art redevienne chez nous, comme il fut jadis, un art vrai; faute de quoi il n'est pas même digpe. de figurer, à titre archéologique ou de transition,, dans nos musées ; il n'appartient pas à l'histoire.
Je n'ai pas vu, que je me souvienne, le. tableau, de Léopold Robert, les Moissonneurs,» mais je l'ai souvent admiré dans les gnavuRsa qu'on en a publiées, mon imagination suppléant, pan ses propre» inventions, à ce qui m'échappait de l'original, fih bien,.me dira-kon* voilà, de la vérité, de, la réalité,, avec une suffisante dose d'idéal» C'est, humain, populaire^ c'est na.-