‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 52 sur 59 · RAPPORTS DE L'ART · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE L'ART

mon imagination ; je consens même à ce qu'elle flatte mes sens, bien que ma liberté s'effarouche de cette flatterie, comme une vierge recule au contact d'une main d'homme étranger; mais j'exige avant tout qu'elle parle à mon intelligence et à mon cœur, et que, s'élevant plus haut encore, elle arrive à ma conscience. Pour cela, il faut qu'elle soit la représentation et le produit de cette conscience, qu'elle en soit le miroir, l'interprète, et, par suite, l'excitateur.

C'est par ce rapport secret qu'une œuvre d'art, médiocre de conception et d'exécution, peut exciter au plus haut degré le sentiment esthétique, par suite toutes les facultés de conscience; tandis que, si ce rapport manque, si l'âme est devenue coriace, la plus belle œuvre demeure stérile ; elle est esthétiquement comme si elle n'était pas.

Les hommes qui aiment les femmes pour leur jeunesse, leur beauté, leur grâce, leur douceur, les trouvent aimables dans toutes leurs toilettes. Je ne nie pas que la parure n'ajoute à la beauté; l'art n'est point l'ennemi de la richesse ; seul au contraire il peut lui donner du prestige ; mais il la supplée avec avantage.

Un simple ruban d'une personne aimée sera précieux, tandis que la plus belle robe de mariée, la plus riche corbeille de mariage sera sans intérêt pour ceux à qui la nouvelle épouse est étrangère. Que leur font ses colliers, ses bracelets, ses dentelles?

Quand j'étais enfant, l'église où j'allais tous les dimanches me paraissait le plus beau, le plus grandiose des édifices ; pourquoi ? A cause du rapport intime entre la destination du monument et l'état religieux de ma conscience. Avec le temps, la réflexion m'en eût découvert les défauts; j'aurais eu d'autres conceptions architectoniques ; mais un grand effet esthétique n'en eût pas moins été produit, qui, s'épurant par l'analyse, aurait créé en moi une puissance de développement et de progrès, laquelle n'eût pas existé sans cela.

Ce ne sont pas les chefs-d'œuvre les plus somptueux, les plus sublimes qui opèrent les plus grands effets : ils sont eux-mêmes le point culminant d'un progrès esthétique créé par des œuvres beaucoup moindres. Non que je veuille dire qu'il est inutile que les artistes se donnent tant de peine; j'entends seulement qu'ils travaillent en vain, s'ils ne se mettent en rapport direct et intime avec la conscience de leur siècle; tellement en vain que, cette condition essentielle négligée, l'art, sans objet, sans but, sans raison, sans direction, sans critère, finit par se dégrader et n'être plus de l'art; c'est de la bimbeloterie.

Remarquez avec quel soin le Lévitique décrit les ornements, au fond si pauvres, du Tabernacle, et le livre III des Rois, le temple de Salomon. Comme on sent, en les lisant, que l'âme tout entière du peuple est suspendue

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aux lèvres du narrateur ; que son coeur, sa pensée, son amour, sont dans ces monuments ! Jamais le théâtre grec, le cirque romain éveillèrent-ils un enttawisiasme égal à celui que produisait te seuil espoir (te ta visite <ta temple, de l'ascension à Jérusalem? Les psaumes en sont pleins : Lœtatus sum in kis quœ dicta- svnt mihi : mdomum Domini ibimus. Comme le législateuir s'empare des cœurs par l'image du beats!1 Et en? même temps eoœine, par la religion et la nationalité surexcitée;, il augmente l'énergie du sentiment esthétique et provoque les manifestations de l'art! Cela se passait cependant chez un peuple dont la religion proscrivait la peinture et la statuaire.

Est-ce que nos expositions. <fe peinture, avec leurs milliers de tableaux, de gravures, du statties> ont Jamais produit sur les masses un. effet comparable à celui de la procession de la Fête-Dieu et de la visite des tombeaux le jeudi saînt:?'Quoi de plus pauvre cependant que les moyens mis en œuvre parte ctergé et les paroisses? Mais les consciences étaient à Tunisson : tous prenaient part à la chose. Aussi, die même que reoapereur Napoléon !•* avouait qu'il ne trouvait rien de pfes beau, quant à lui, qu'une armée rangée en bataille et exécutant ses évolutions, die même, au temps ée la foi, nul catholique ne pouvait se vanter d'avoir vu rien de plus beau que la procession.

H y a cinquante ans, la première chose qtre faisait

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un homme qui arrivait pour la première fois dan» uneville, dans un simple village, était <fen< visiter tes églises; c'étaient, avec les hôtete de vâJte, tes seuls monuments d'art qui eussent de l'intérêt

Qtfon ne s'étonne pas du développement qu'a prir l'art religieux à toutes les épeques, saos- distinction: de: genre, architecture byzantine, gothique ou gséeo-remaiiie, peinture, statuaire, musique : c?est de tous tes a* ta eeiw qui, aux époques de foi, saisit, intéresse, touche te plus vivement tes masses

Mns PÉglîse, dans la religion, tout est poésie et musique. Il y a un poéme> sorte de* drame lyrique, j'ai presque dit d'opéra, pour chaque jour de l'année, avec tu» ghaàt approprié. Toutes te& célébrations se chantent, Avant; Noël, Carême, la passion de lésus-Christ, sa résurrection, son ascension, l'institution de l'Eu* charîsëe, l'assomptien de la Vierge, la commémoration des saints. Il y a une mélopée peur la prière ou> aMzfa», une autre pour la profession de foi eu oredo, une autre pour la consécration ; il y a u* office des morts, an office dit mariage, un office de' la première communie».

La frase-maçonnerie a des gestes, des signes, des batteries, des formules.

L'armée a des sonneries, des fenferes pour toutes les actions du soldat : la diane ou le réveil, le rappel, l'assemblée, la générale, le pas ordinaire, te pas acoé-

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