Ou l'homme et la femme, considérés dans
(i) Proudbon entend parler ici de la iO*' et de la 11* Études 4e son liTre : De la Justice dans la Révolution et dans V Église.
leur triple manifestation physique, intellectuelle et morale, sont égaux en toutes leurs facultés ; dans ce cas, ils doivent être égaux encore dans la famille, Téconomie, le gouvernement, la magistrature, la guerre ; en un mot, dans toutes les fonctions publiques et domestiques ;
2. Ou bien ils sont seulement équivalents, chacun ayant en prédominance une prérogative spéciale: Thomme la force, la femme la beauté. Dans ce cas, la balance de leurs droits et de leurs devoirs respectifs doit être faite d'une autre manière, mais d'une manière telle qu'en résultat il y ait entre les deux sexes égalité de bien-être et d'honneur.
Dans les deux hypothèses, le droit et la dignité de la femme sont reconnus; elle peut se dire affranchie, elle est sauvée. Il n'y a pas un troisième système : en bonne justice, vous me deviez des éloges pour avoir su réduire une question aussi ardue à une alternative aussi simple. Quoi qu'il advienne, le législateur père de famille, philosophe, économiste ou moraliste, est tenu de fournir une équation, car, ainsi que je le fais observer moi-même, on ne peut pas admettre ^e la femme, créature raisonnable et morale, compagne de l'homme, soit traitée
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oomme si son sexe impliquait déchéance. Pourquoi, au lieu de m'injurier, ne vous êtes-vous pas bornées à prendre acte de mes paroles?
Je sais bien que, d'après le préjugé régnant, préjugé qui est le vôlre, la beauté semble quelque chose de fort peu de poids, uqc pure imagination, une non-réalité ; que lorsque je dis : Oui, l'homme est plus fort, mais la femme est plus belle, j'ai Tair de faire une mauvaise plaisanterie. C'est, à votre jugement, comme si je posais sur la tête de l'homme le signe positif +, sur celle de la femme le signe négatif — . La beauté, se dit-on , qu'est-ce que cela ? Pour combien cela compte-t-il dans le gouvernement, dans le ménage, ou sur le marché?... C'est ainsi que raisonne le vulgaire, qui n'admet de réalités que celles qui se mesurent au poids et au litre; et que TOUS raisonnez vous-mêmes, mesdames ; car, avec votre superbe, il s'en faut de beaucoup que vous soyez aussi affranchies que vous le dites.
Eh bien ! non, la beauté n'est pas un néant ; et, sur ce point, vous me permettrez de dire que les messieurs sont juges plus compétents que les dames. La beauté — n'oublions pas que je parle de la beauté comme de la force, à tous les points âe vue phjrsiijue, intellectuel çt çaoral -rs
n'est pas un néant ; c'est le corrélatif de la force, une puissance, une vertu, un je ne sais quoi dont il est plus aisé de montrer Tactien que de définir Tessence, mais quelque chose qui n'est pas rien, puisque ce qui agit, et qui sert de corrélatif à la force et à la substance, ne peut pas être rien. J*ai essayé, dans une Étude spéciale, d'expliquer le rôle de l'idéal dans le mouvement humanitaire; j'ai cru reconnaître en lui celie gfrâce prémouvante par laquelle les théologiens expliquent toutes les vertus et les progrès de l'humanité ; j'ai dit que, sans cette puissance d'idéalisation, l'homme, sans souci de sa dignité, resterait sourd aux sollicitations de sa conscience; et quand, plus tard, dans une autre Étude, j'ai fait de la femme la représentation vivante de cet idéal, je n'ai fait autre chose que rendre plus concrète une pensée jusque-là perdue dans les abstractions des théologiens et des philosophes. Ah ! si le vénérable Père Enfantin s'était avisé de pareille chose ; s'il avait dit que la beauté, chez la femme, est plus efficace, plus créatrice que la force chez son compagnon, attendu que c'est la beauté qui, la j^lupart du temps, mène la force, que d'applaudissenjients, cjue 4? Jbpucjuels, i|ue 4ç l?W?ers Uy
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Maintenant, mesdames, il est possible que je me trompe. Il se peut que Tidéal, que la femme et sa beauté n'aient pas, dans la société humaine, l'importance que je leur assigne. Il se peutuême qu'en déclarant, aviec la presque universalité de mes pareils, la femme plus belle que l'homme, j'aie tout simplement fait preuve de mauvais goût; il se peut, dis-je, que les femmes, dont la figure nous séduit, soient réellement laides, d'autant plus laides qu'elles ont le privilège de se rendre aflFreuses en voulant ressembler aux hommes. Y avait-il pour vous, dans cette inoffensive erreur, le moindre sujet de fâcherie? Quel mal cela faisait-il à vous et à votre cause ? A tout le moins, vous me deviez compte de ma bonne intention, puisque, en définitive, en réalisant, pour ainsi dire, dans la personne de la femme, l'étemelle et céleste beauté, j'ajoutais à l'actif de votre sexe une valeur énorme. Singulières avocates, qui vous plaignez que vos contradicteurs vous fournissent vos moyens les plus décisifs , vos titres les plus solides ; qui trouvez mauvais que nous vous fassions la mariée trop belle/
Tout ceci admis, je me suis demandé : Qu'estce que le mariage? — L'union de la force et de la beauté, union aussi indissoluble que celle de la
forme et de la matière, dont le divorce implique destruction de toutes deux. C'est précisément en cela que le mariage diffère de la société civile et commerciale, essentiellement résoluble, et dont l'objet est le gain. La force et la beauté s'unissent à titre gratuit : elles ne se payent pas réciproquement, la première en services, la seconde en faveurs ; il n*y ia pas de commensuration possible entre les fruits du travail et les dons de TidéaL Le mariage, dans la pureté de son idée, est un pacte de dévouement absolu. Le plaisir n'y figure qu'en second ordre : tout échange des richesses que produit l'homme contre les joies que procure la femme, tout commerce de volupté, est conçubinât, pour ne pas dire prostitution mutuelle. C'est ainsi que le mariage devient pour les époux un culte de la conscience, et pour la société l'organe même de la justice. Un mariage saint, s'il ne rend pas les époux impeccables, exclut de leur part, vis-à-vis des étrangers, tout crime et félonie ; tandis que le concubinat, soit l'union de l'honmie et de la femme, secrète ou solennelle, mais formée seulement en vue du plaisir, bien que dans certains cas excusable, est le repère habituelle des parasites, des voleurs, des faussaires et des assassins.
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Oh ! mesdames, je sais combien celte morale vous paraît sévère, à vous, qui faites fi de la force et encore plus de la beauté, et pour qui plaisir et richesse sont on définitive le véritable contrat social, la vraie religion. Avouez pourtant que dans les conditions de travail et de frugalité que la nature même des choses impose à notre espèce, si nous voulons former des mariages solides, une société vertueuse, cette théorie du dévouement vaut mieux que vos maximes épicuriennes. En tout cas, vous ne pouvez dire que j*ai fait tort à la femme, l'être, selon moi, le plus faible; car voici, à peu près, comment je Tai traitée.
Quant à la famille, Téconomie de Texistence se divise en deux parties principales : prodwtion et consommation.
La première est de beaucoup la plus rude :
j*en ai fait Taltribut de Thomme; la seconde est plus facile, plus joyeuse : je Tai réservée à la femme. L'homme laboure, sème, moissonne, moud le blé ; la femme fait cuire le pain et les gâteaux. Toute leur vie, en ce qui concerne le travail, peut se ramener à ce symbole : peu importe de quelle manière, dans Tavenir, le travail pourra être divisé, organisé et réparti; en
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dernière analyse, toutes les opérations viriles et féminines sont respectivemeut des dépendances de la charrue ou du pot-au-feu. Sauriez-vous me n[iontrer en quoi ce partage est injuste ?... Mais, la table mise, et le repas servi, ai-je dit à la femme de s'asseoir en un coin ; d'attendre, pour manger, que son seigneur et maître lui fît signe, de se contenter ^e pain bis, rassis, tandis que lui mangerait le pain blanc et frais ? Loin de là, j'enseigne aux maris que tout ce qu'il y a de meilleur à la maison doit être toujours pour la femme et les enfants, et que sa jouissance, à lui, doit se composer surtout de la leur. Sans doute, j'ai omis bien des choses; je n'ignore pas, pour me l'être bien des fois entendu dire, que je suis peu gracieux et aimable ; mais enfin vous avouerez que ce ne sont point là façons d'un égoïste, d'un exploiteur, d'un tyran. Si c'est le bonheur des femmes que vous prétendez servir, comptezmoi donc au nombre de vos partisans.
J'ai dit, après Aug. Comte, et mieux que lui, que la femme, incarnation de l'idéal, semble d'une nature supérieure à l'homme, qui n'a guère pour lui que la force; que s'il procure l'utilité, elle seule donne la félicité ; que pour cette raison elle devait être, autant que possible,
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affranchie de toute œuvre utilitaire, surtout du travail rude et répugnant. J'ai fait de la monogamie la loi fondamentable du couple androgyne ; j'ai banni le divorce ; j'ai dit que, dans un mariage vraiment digne, l'amour devait être subordonné à la conscience, à telle enseigne que chez de vrais époux la bonne conscience pouvait et devait tenir lieu d'amour : tout cela au bénéfice de qui, s'il vous plaît? Évidemment au bénéfice de la femme, de celui des conjoints qui règne surtout par la beauté, qui, par conséquent, est le plus exposé à déchoir.
Quant aux choses du dehors, je n'ai pas voulu, je ne veux pas pour la femme, et par les mêmes considérations, de la guerre, parce que la guerre sied aussi peu à la beauté que la servitude.
Je ne veux pas de politique, parce que la politique, c'est la guerre.
Je ne veux pas de fonctions juridiques, policières ou gouvernementales, parce que c'est toujours la guerre.
Je dis que le règne de la femme est dans la famille ; que la sphère de son rayonnement est le domicile conj ugal ; que c'est ainsi que l'homme, en qui la femme doit aimer, non la beauté, mais la force, développera sa dignité, son individua-
lité, son caractère, son héroïsme et sa justice, et c'est afin dépendre cet homme déplus en plus vaillant et juste, sa femme par conséc[uent, de plus en plus reine, que j'attaque la centralisation, le fonctionnarisme, la féodalité financière, Texorbitance gouvernementale et la permanence de Tétat de guerre. C'est pour cela que, dès le mois d'octobre 1848, j'ai protesté contre le rétablissement de l'Empire, que je considérais comme une prostitution nationale, et que je n'ai cessé de réclamer des réformes économiques qui, en rendant le paupérisme, la révolte et le crime moins fréquents et moins intenses, réduiraient progressivement le nombre et la durée des magistratures, et ramèneraient peu à peu l'ordre social à la liberté pure et simple, ce qui veut dire à la restauration complète de la famille et à le^ glorification de la femme.
J'ai blâmé, avec toute l'énergie dont j'étais capable, la séduction, l'adultère,, l'inceste, le stupre, le viol, la prostitution, tous les crimes et délits contre le mariage et la famille, j'eusse dû dire contre la femme. Je les ai dénoncés comme les signes et les instnmients du despotisme : en quoi j'ose me flatter que ma parole ne devait point vous être suspecte. Si j*ai excusé, dans
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une certaine mesure, et après les autorités les plus graves, le Goncubinat, c*a été encore dans rintérét des femmes. Je ne fais pas de doute qu'il n*eût été possible à un autre de dire mieux que moi; mais enfin j*ai parlé selon mes faibles moyens , et si je regarde an* tonr de moi, si je remonte dans le passé, je ne Tois pas un auteur, non pas un, qui ait pris autant à cœur la cause de votre sexe. Pourquoi donc ce déluge d^épithètes offensantes : que je suis un rustre, un ftne, un Iftcbef Eb ! mesdames, si le droit de la femme était la seule cbose qui TOUS ttnt au cœur, voici tout ce que tous aviec à me dire : « Monsieur Proudbon, vous êtes, jus^ qu*à présent, le premier de nos défenseurs, et nous sommes beureuses de vos excellentes dis* positions. La condition que vous faites à notre sexe n'est point à dédaigner, et ce pis-aller nous garantirait déjà une existence sortable. Mais, permettes-nous de vous le dire, en ce qui concerne la femmoj vous n'êtes encore qu'un simple bachelier; vous n*avez vu de ses splendeurs quHm pftle rayon, et, comme tous l'a dit un artîst^de TDS amis, wms n'entenàâ^ rien à Famovr. « Vous nous croyez feibles de corps, pauvres àê génie, timidei de cœur» et c^est en considA»
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ration de ce qu'il vous platt d'appeler notre beauté, et qui ne nous inspire à nous qu'une médiocre estime» que vous vous croyez obligé de vous dévouer à notre félicité. Erreur généreuse» mais déplorable ! Nous possédons, sachez-le» du moins nous pouvons acquérir» au môme degré que vous» et sans que cela Ote rien à nos charmes, la force physique. Et quand même nous ne Tacquerrions pas» qu'importe? Si nous n'en avons pas besoin ! Le taureau est plus puissant que l'homme» cela prouve-t-il qu'il entre en comparaison avec lui?... Quant aux qualités de l'âme, les seules dont il convienne de tenir compte, le génie, la prudence» la justice, la dignité» le courage, en vous apprenant qu'elles ne nous manquent pas plus qu'à vous, nous ne serons que modestes. Ah! malheureux raisonneur, si pour le peu que vous avez pénétré de la nature de la femme, vous lui voulez tant de bien, que sera-ce quand vous aurez reçu sa révélation tout entière ? Laissez-nous donc vous instruire, et tenez-vous pour assuré de notre reconnaissance. Votre esprit n'a point vu, votre cœur n'a jamais connu de quelle immense volupté une femme libre peut combler un mortel. Certes, il y a en vous TétofTe d'un fervent adorateur de la femme» d un féal
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chevalier de la Beine du ciel. Il ne s'agit que de vous ôler cette taie qui vous couvre la prunelle pour faire de vous le saint Paul de la révolution de la femme, de toutes les révolutions la plus grande et la dernière. »
Ce langage était le seul que vous eussiez le droit de me tenir, puisque vous n'étiez nonunées ni l'une ni l'autre dans mon livre, et que, parlant pour toutes vos sœurs, vous n'aviez qu'à vous emparer du beau rôle que je leur faisais, sans y mêler rien de vos personnes. Qui sait, si après cela, la récompense promise venant en aide à mon imbécillité, je n'aurais pas fini par reconnaître que ma balance du dait et de Vavoir de la femme était inexacte; qu'égale à Thomme en puissance, elle possède en plus la beauté; qu'ainsi votre supériorité est complète; que, relativement à vous, nous sommes des êtres déchus ; et, pour tout dire d'un mot, que la femme, bien loin qu'elle ait causé par sa curiosité indiscrète la perte du genre humain, comme le rapporte méchamment et calomnieusement la Genèse, a été donnée à l'homme comme sa rédemptrice et son ange gardien ?
Avouez, mesdames, que vous feriez de tristes avocats. Il suffirait d'un mot à double entente
pour VOUS mettre hors de mesiu^, et, à moins que TOUS n'usassiez avec vos juges d*une autre dialectique, vous feriez couper le cou à tous vos clients. Cette cause de la femme, que vous vous êtes ingérées de défendre, vous la trahissez à chaque ligne, vous la déshonorez. Gomme ceci tient précisément à la différence de prérogative que j*ai cru remarquer, après tant d*autres, entre les deux sexes, et que vous niez, sans nulle preuve, avec le plus incroyable aplomb, vous trouverez tout simple que je vous y retienne. Là est le point capital de la question.
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Paraliéle d$ T homme et de la femme.
Il n'y a pas de puissance sans beauté, et> réciproquement» pas de beauté sans puissance, pas plus qu'il n'existe de matière sans forme, ou de forme sans matière; c'est pour cela qu'on dit une beauté mâle et une femme forte; c'est pourquoi la femme a sa part dans la production domestique, de même que l'homme a la sienne dans Tart de bien vivre, qui n'est autre que le ménage même.
Mais la puissance et la beauté, bien qu'aussi intimement unies par la matière et la forme, ne sont point une seule et même chose ; leur nature n'est point identique, leur action encore moins. Aucun effort de la pensée ne saurait les réduire à une commune expression. C'est ce qui fait qu'en dehors de la sexualité organique, il existe une différence que tout le monde sent et que la raison proclame irréductible entre l'homme et la femme.
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Mais cette différence ne serait-elle point illu* soire ? Faut-il n'y voir, comme vous le prétendez, mesdames, qu'un effet de l'éducation et de l'habitude, à tel pointKju on puisse espérer, par un changement de régime, de la faire disparaître et de ne laisser subsister entre les sexes d'autre différence que celle de l'appareil générateur? En d'autres termes, le système des rapports entre l'homme et la femme, que j'ai cherché à établir sur V iquivalence de leurs attributs, doit-il être fondé au contraire sur I'égalité et I'identité de ces mêmes attributs? Toute la dispute est là.
Notons que de la loi des sexes dépendra celle de la famille, par suite, l'ordre de la société, la constitution de l'humanité tout entière.
J'ai dit que les faits confirmaient ce que révèle à tout individu de bonne foi le premier aperçu, savoir : Que l'homme est plus fort, mais moins beau; la femme plus belle, mais moins vigoureuse. Là-dessus vous faites de grandes ricaneries. Vous niez les faits, parce que, contrairement à ma propre thèse, vous vous imaginez que je les cite à mauvaise intention. Vous allez jusqu'à dire que je n'ai point produit de faits; bien plus, que les faits sont pour vous. La femme surprise en adultère nie toujours; à l'en croire.
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son mari lui aurait encore de Tobligatiou. Rappelons donc, au moins sommairement» les faits, et de manière à ce qu'on ne les passe plus sous silence.
Facultés physiques. — Prenez au hasard, dans les différentes classes et conditions de la société, deux jeunes gens, un paysan et une paysanne, un ouvrier et une ouvrière, un damoiseau et une demoiselle ; prenez, à d'autres degrés de Téclielle, un homme fait et une femme, un vieillard et une vieille, ou bien un adolescent et une adolescente, un petit garçon et une petite fille, et faites-les ' lutter. C'est une expérience que chacun peut faire par soi-même, que j'ai faite cent fois au temps où j'étais berger. Il pourra se faire quelquefois que le sort désigne pour la lutte un garçon faible et une fille très-forte, qui alors remportera la victoire. Mais quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, vous trouverez que le mâle sera le maître. Voilà un fait. En revanche, vous trouverez un pareil nombre de fois la femme plus belle que l'homme. Ce second fait est la contre-partie de l'autre.
Est-ce la nature qui a établi entre eux cette différence ? Il est facile d'en juger : il suffit des yeux. Comparez l'Hercule Farnèse, le gladiateur, le Thésée ou l'Achille à la Vénus de Milo,
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à la Vénus de Médicis, à la Diane Chasseresse : est-ce que les uns ne sont pas organisés pour la force, les autres pour la beauté ? Faites comparaître, comme à Sparte, dans Tarène, toute la jeunesse, toute la population : Teffet produit sera le même. Tel est le fait, fait qui se répétera autant de fois, ou peu s*en faut, que vous aurez formé de couples.
C'est peut-être le régime qui en est la cause, direz-vous. Nous allons voir. Jusqu'à l'époque de la puberté, la différence entre garçons et filles est peu de chose : Fourier les appelait le sexe neutre. Leur régime est aussi, à peu près, le même : s'il y a quelque différence, c'est en prévision de ce que la jeune fille doit inévitablement devenir. Aussi, en même temps que les adolescents, de même que les petits enfants des deux sexes se rapprochent davantage pour la force, ils s'éloignent moins pour la beauté ; de là, en partie, cet amour grec, sur lequel je n'ai pas besoin, mesdames, de m'expliquer avec vous. Tout à coup, chez l'un et chez l'autre sujet, la physionomie change : les formes deviennent plus anguleuses chez l'un, plus arrondies chez l'autre ; le développement des hanches et du sein, en donnant le dernier trait à la beauté de la
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femme, lui 6 te en même temps l'agilité. Les anciens poètes ont fait d'Atalante, de Camille^ des femmes légères à la course : pure fiction ! La rapidité de la femme est chose impossible ; elle porte proportionnellement plus de poids mort que l'homme. Relisez, da^is VÉmile^ la description de la joute entre Emile et Sophie; vous verrez quelle drôle de figure fait une femme disputant à un homme le prix de la course. Relisez, dans le poème de Quintus de Smyrne, le combat d'Achille et de Penthésilée, la reine des Amazones, et vous verrez l'énorme différence qu'il y a, même au point de vue du merveilleux épique, entre un héros et une héroïne. Si Camille, Atalante, Diane elle-même, avaient le pied aussi léger que l'ont dit les poètes, c'est qu'elles n'étaient pas jolies femmes : le centre de gravité devait être placé chez elles, comme chez l'homïne, dans la poitrine ; elles avaient la jambe maigre, la hanche évidée, et pas de gorge.
En voulez-vous davantage ? En Amérique, on n'emploie pas les femmes aux travaux des champs, et, d'après le récit de tous les voyageurs, elles n'en sont que mieux portantes et plus belles. En Franche-Comté, en Bourgogne, où les paysannes travaillent comme des bêtes de somme, eUes sont
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TÎeilIes à trente ans et affreuses ; tandis que les hommesy qui pourtant se réservent le plus rude de la besogne, sont encore, à cinqqante ans, superbes. Sur tout cela, consultez les physiologistes, vous les trouverez d*accord avec les peintres et les statuaires.
Avez-vous vu défiler un régiment, un jour de parade, Jes vivandières en tête, portant Tuniforme ? Rien de plus beau, en général, qu'une troupe dTiommes rangés en bataille; mais il y a une chose qui fait tache, c'est la vivandière. Cette femme en pantalon, marchant au pas de troupe, qui attire votre regard au premier moment, parce qu'elle est femme et qu'elle porte un costume, est, en fin de compte, disgracieuse. La femme qui court mal est aussi mauvais piéton. Ce qui lui convient, c'est la danse, la valse, où elle est entraînée par son valseur, ou bien encore le pas lent et solennel des processions. Ce sont là des faits, je pense, que je pourrais multiplier et varier à Tinfîni. Les ai-je inventés, ou trouvez-vous qu'ils manquent de signification? Au reste, vous ne niez pas> d'une manière positive, la supériorité de la forcephysiquechezle sexe mâle, bien qu'il vous répugne de la reconnaître. Vous la passez 90119 $ilçnce, commç si elle n'é-
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tait rien. La force, pensez-vous, qu'est-ce que oeUi prouve?...
Ce que cela prouve, mesdames? G^est qu^en vertu des constitutions de la nature, il y a une différence radicale entre les fonctions et les destinées, tant sociales que domestiq[ues , de Thomme et de la femme : chez Fun, plus de mouvement, d*énergie, d'activité; chez Tautre, un exerpice plus doux, une vie plus sédentaire, où les charmes de la personne se déploient à Taise et produisent tout leur effet. L'opinion du genre humain est conforme à cette loi de nature; l'épithète de virago, par laq[uelle on désigne les créatures ambiguës, à formes viriles, tempérament soldateisque, ne se prend point en bonne part : on les soupçonne de vilains goûts.
Les qualifications de coureuse et d^émancipée^ en vertu de cette même analogie du physique et du moral, sont encore pires. Et les femmes en masse adhèrent à ce jugement, à Texception d'un petit groupe, dont M. Enfantin n'a pas encore trouvé d'échantillon présentable. Dès l'origine des choses, et sans sortir de l'ordre physique, la nature et la conscience universelle ont condamné votre Église ; elles vous ont notées d*infamie. Esl-ceun fait?
Facultés inteUectiielles . — J ai dit que si rhomme avait plus de puissance nerveuse et musculaire que la femme, en vertu de Tunité de Têtre, de la solidarité et de l'harmonie des facultés, il devait avoir aussi plus de puissance intellectuelle. Mais, par la même raison, je devais ajouter et j'ai ajouté que l'intelligence chez la femme devait se distinguer, comme le corps, par des qualités spéciales, formant complément et contre-poids à celles de l'homme. Rien de plus logique, de plus équitable en même temps, rien de moins menaçant pour le droit des femmes que cette induction du physique à l'intellectuel, que cependant il convenait d'appuyer de faits.
Des faits, je vous en ai cité de toute sorte; mais comme il vous a plu de n'y voir que des sarcasmes à votre adresse personnelle, vous les avez déclarés non avenus. Il faut pourtant, mesdames, que nous partions d'un principe, si nous •voulons que le public qui nous lit nous entende. Est-ce de vous qu'il s'agit, ou de voire sexe? Évidemment c'est de votre sexe, au nom duquel vous protestez, et que vous dites tyrannisé, dégradé par le mien, Laissons donc de côté ce qui peut vous être particulièrement désagréable dans
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l'enquête : ou vous serez sauvées avec toutes les femmes, ce qui veut dire que vous abjurerez vos maximes; ou vous serez blftmées toutes seules. Soyez tranquilles, il n'y aura pas de confusioûv pas d'injustice.
Des faits ! je vous en ai cité d'un seul coup les SOIXANTE MILLE brcvcls d'invention et perfectionnement pris par des hommes, en France, depuis l'année 1791 , contre une demi-douzaine pris par des femmes pour articles de mode!
Des faits! je vous citerai encore la BiogrOn pAie universelle ; faites le compte des sujets des deux sexes qui se sont distingués ' dans la philosophie, le droit, les sciences, la poésie, l'art, en un mol dans tous les exercices de l'esprit; je m'en fie à vous pour le résultat. Après les faits bruts, voulez-vous des témoignages, qui sont aussi des faits? Je vous ai cité les sages de l'antiquité et des temps modernes, les poètes, les théologiens, les conciles, abstraction faite, bien entendu, des termes injurieux dans lesquels trop souvent, à propos de la femme, la raison masculine s'exprime. Tout ce qui a été dit à ce sujet se réduit à ces paroles de Lamennais :
« Je n'ai jamais rencontré de femme qui fût
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« en état de suivre un raisonnement pendant un « demi-quart d'heure. Jolies ont des qualités qui M, nousfnanquenty des qualités à! un charme par- « ticulier, inexprimable; mais, en fait de raison, « de logique, de puissance de lier les idées, d*en- « chaîner les principes et les conséquences et d*en « apercevoir les rapports, la femme, même la plus » supérieure, atteint rarement à la hauteur d'un « homme de médiocre capacité. L'éducation peut « être en cela pour quelque chose, mais le fond € de la différence est dans celle des natures. » Il conclut : « La femme est un papillon léger, gra- « cieux, brillant, à qui des escargots philosophes « ont proposé de se faire chenille. » Voulez-vous des aveux, qui sont toujours des faits? Je vous ai cité les paroles de M™®» Sand, D. Stem, Necker de Saussure, Guizot, les plus célèbres de notre temps, les plus favorables à la théorie de l'égalité. Toutes, avec un dépit plus ou moins marqué, mais Irès-mal placé, parlent comme Hegel et Lamennais. C'est le sexe tout entier, se confessant par la bouche de ses représentants les plus capables en même temps que les plus dévoués, et recon-* naissant sa faiblesse. Quel fait plus écrasant que celui-là?
Voulez-vous des expériences ? L'expérience, en
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philosophie, n'est aulre chose que lart de surprendre la nature sur le fait. J'ai comparé les productions littéraires des femmes à celles des hommes, et quiconque a étudié les procédés de Tart oratoire, et la manière dont se fabriquent ânjourd'hui la plupart des livres et des romans, peut recommencer, à satiété, la même comparaison. Est-ce qu'il n'en résulte pas que, chez la femme-auteur, les écrits procèdent beaucoup plus de la faculté expressive ou parlière, que de la faculté pensante? Est-ce que nous ne les avons pas trouvées toutes plus ou moins atteintes d'une sorte de nymphomanie intellectuelle, qui, à travers un déluge de paroles, leur fait aflFecter les fomules viriles, et les ramène sans cesse à une idée fixe : l'amour; c'est-à-dire à la chose que vous nommez votre émancipation?
Voulez-vous à présent remonter plus haut que les faits, et aller aux causes? Interrogez la phrénologie. Elle vous dit que le cerveau de la femme n'est pas constitué de la même manière que celui, de l'homme. En effet, les divisions cérébrales qui correspondent, autant que Ton a pu s'en assurer par des milliers d'observations, aux facultés puissantes de l'esprit, la causalité, la comparaison, la généralisation, l'idéalisation, perfectionnement
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OU progrès, sont, de même que les instincts polémiques et guerriers, de commandement, de fermeté et de personnalité, en plus grand développement chez rhomme, en moindre développement chez la femme. En revanche, et comme si la nature, non contente de cette supériorité de puissance accordée au sexe mâle, avait voulu prévenir toute insurrection de la part du sexe faible, elle a donné à celui-ci, en prédominance, la vénération, la subordination, rattachement, la résidence, la circonspection, le besoin d'ap« probation et de louange, toutes facultés qui révèlent la défiance que la femme a de ses moyens, enfin ime sorte d'esprit intuitif et divinatoire qui lient lieu à la femme de raisonnement et de conviction. Et comme si cela ne suffisait point encore pour la paix domestique, l'ordre des sociétés et la destinée finale du genre humain, la masse totale du cerveau est plus petite chez la femme, dans la proportion moyenne de 3 livres 4 onces contre 3 livres 8 onces. Or, comme le dit Broussais, toutes choses d'ailleurs égales, il y a plus de puissance là où il y a plus de quantité; et Tobjection qu'on voudrait tirer contre la phrénologie du cerveau de l'éléphant ou de celui de la baleine tombe, parce que le cerveau des ani-
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maux n'est pas organisé comme celui de Thomme, qu'il ne répond pas aux mêmes besoins, à des facullés aussi nombreuses, en un mot parce qu^entre eux et lui toutes choses ne sont pas égales et homologues. Vous inscrivez-vous indistinctement en faux contre toutes les propositions de laphrénologie?
Ces faits, à l'exception de ceux de la cinquième catégorie, relative & la comparaison des œuvres littéraires, je me suis borné à les indiquer en masse, ne me croyant pas obligé de rapporter autrement des vérités tombées dans le domaine public. Cela vous a donné prétexte de dire que je n'avais cité aucun fait. C'est ainsi que raisonne la femme lorsque la passion la domine» la femme affranchie de toute foi comme de toute bonne foi. Elle ne voit, ni entend; comme la fameuse Scylla de la mythologie, elle jappe. Détruisez donc la statistique du commerce, détruisez la biographie universelle, détruises le témoignage des théologiens, des philosophes, des poètes, des moralistes ; détruisez Taveu de vos chefs de file, détruisez cette critique littéraire, qui vous met à votre place; détruisez la phrénologie, et quand vous aurez détruit toutes ces choses, vous pourrez dire que je n'ai pas produit de faits.
DANS LES TEMPS MuDKUNKS. 84
Quont à ffloirqui, poursuivant d'un trâil implacable cette pourriture taint-^simonienne, n'avais garde de refoire la satire de Boileau dur lea femmes, j'ai conclu, sur Texposé de ces faiis> comme je l'avais fait précédemment à propos de l'inégalité des forces, que la puissance intellectuelle de l'homme devait avoir pour corrélative chez la femme une qualité d'un autre genre, qualité d^application, de simplification, de vulgarisation, qualité qui par conséquent devait donner à l'esprit féminin, en agrément^ ce que celui de l'homme a en profondeur» J'ai raisonné de la nourriture spirituelle comme de la nourriture corporelle. Ce n'est pas tout qu'un cerveau qui la produise, il en faut un autre qui la prépare. Nous en savons un bel exemple dans mistress Mary Somerville, qui, en 1831 , à la prière de lord Brougham, traduisit, pour la société de la diffu-^ sion des Connaissances utiles, la Métani^uetéîestty de Laplace, « l'algèbre en langage ordinaire, » une œuvre faite pour la postérité, disait de cette traduction John Herschell. Certes, mistress Somerville pouvait passer, en son genre, pour un phénomène; cela ne Tempêcha point d'être la meilleure ménagère du monde; elle traduisait de Laplace « l'algèbre en langue vulgaire » dans
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ses moments perdus, comme une autre eût fait de la tapisserie; elle sentait d'ailleurs que, si peu d*hommes eussent été capables de pareille besogne, aucune femme, en revanche, n'eût suppléé Laplace ou Newton.
C'est beaucoup d'avoir su vaincre, disait Napoléon; le grand point est de savoir user de la victoire. Eh bien, c'est la femme qui use de la victoire de l'homme, et qui tire parti de ses conquêtes. A lui le travail de la production économique et philosophique; à elle l'art de la jouissance. Seul il ne sait pas user; ce qu'il acquiert parla force s'en va, sans la femme, en dissipation. En quoi Tune de ces attributions est-elle moins digne que l'autre?
Que l'homme exerce son corps et son esprit tant qu'il voudra, qu'il entasse découverte sur découverte, création sur création, chef-d'œuvre sur chef-d'œuvre, il ne parviendra pas, quel que soit son développement, à changer sa nature ni à travestir son caractère. La force restera son attribut essentiel; il ne deviendra pas un joli minois pour le corps, ni un sylphe pour l'intelligence. Il le deviendra d'autant moins qu'il se sera donné plus de peine dans son corps et dans sa pensée.
De même, que la femme aiguise tant qu'elle voudra son entendement aux IBèes de Thomme, qu'elle multiplie avec lui ses connaissances, qu'elle pénètre parfois jusqu'au fond de ses spéculations; elle ne deviendra jamais un esprit fort y je rétablis le terme dans son acception purement virile et philosophique; elle ne fera toujours que croître en agréments, et cela d'autant plus qu'elle aura appris davantage. La nature, comme je l'ai dit, l'a enchaînée, dans son développement même, à la beauté; c'est sa destination, c'est, pour ainsi dire, son état.
Toute déviation de l'être engendre maladie ou difformité. Le mignon qui affecte les grâces féminines est aussi dégoûtant que le nègre à face de gorille ; la femme qui porte favoris et moustaches est peut-être encore plus hideuse. C'est pour cela que la soi-disant savante qui dogmatise, qui pérore, qui écrivaille, la femme qui répèle à tout propos, comme vous, madame Jenny d'H***, je professe^ j'affirme^ f enseigne, f expose^ fadmets, Je nie, fai écrit, je déclare; celle qui s'affuble d'une barbe philosophique, qui traduit la métaphysique en baragouin, et se mêle de réfuter des théories qu'elle ne comprend pas et que cependant elle pille, comme vous, madame
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J*** L***, cette femme4à déchoit et devient laide. Car il y a une laidear daus Tesprit ceat fois pire que celle du corps : c'est celle qu'^ représentée Molière» aux applaudissements de tous les siècles, dans son immortelle comédie des Femmes iavMtei. Helisez-là, mesdames : celle4à peut se vanter d'avoir fait un grand pas dans la sagesse qui s'est pénétrée de la philosophie des Femmes savantes.
Facultés morales. — J*ai raisonné des facultés morales exactement comme j'avais raisonné des intellectuelles : s*ily a dans l'homme plus de force de tempérament et d'intelligence, en vertu de Tunité constitutive de l'être, des lois d'harmonie et de proportion, il doit y avoir aussi plus de force de conscience. Pour la même raison, le même phénomène que nous avons déjà observé deux fois doit encore ici se r^roduire : s'il est permis, dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique et intellectuel, d'établir une différence entre Ténergie et la beauté, la femme doit se dis* tinguer de l'homme par quelque chose de spécial, qui rétablisse entre elle et lui l'équilibre de dignité. En sorte que Thomme, après avoir servi d'initiateur à la femme, aussi bien pour le droit
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quç pour l'idée, en reçoit une impressiou quj redouble §0» zèle pQuy la vérité Çt la justicç. J'fiii dit toutes ces choses; vous les avez lues : jamais bilan ne fut dressé avec xxu soin plus scrupuleux. Que me reprochez-vous donc ? J'ai établi de mon mieux la yérité de cette propositiçu : gil'boiuipe, expressipn de 1^ puis^siuce, est à la feinme comme 27 è 8 ; la femme, ^xpre^sioi^ de Tidéal, est à l'homme §us§i çouime 27 à 8, Voug qui affirmez, qui proposez; qui enseig;nç9 t^\ de choses, admette?r-vou3, mesdîiînes^ ou nie^vQu? l'équivalence des se^^êg? Car, eu vérité| plus ou vous lit, papiûs pu çompreud çç quQ vous voulez,
Il §st vrai qu'ici çopame ailleurs h questÎQU est d§ savoir gi I^ beauté u'est pas çhpsQ vpiinp et çhipaérique, de pure apparence, paais chose positive, qui a sou rôle, son iuflueuQe trèsgrande et gon iuestioiable pri^ ? Et comme vou3 ue croyez point à ce que j'appellerai l'existence de la beauté, professant en cela, et pour cause sans doute, uue doctrine çoutrËÛre à celle des plus grands philpsophes, des plus grands poètes, des plus grands théologiens ; comme vous êtes, en fait d'idéal, de vrais athées, vous vous dites que si la fçmmQ n'a pour balaucer sgu épouit
ae DE LA PORNGCRATIE
que sa beauté, la beauté de son corps, de son ftme et de son esprit, c'est fait d'elle :
La Femme est un esclave, et ne doit qu*obéir.
C'est ainsi que vous avez pris le parti de nier — si cela s'appelle nier ! - — tous les faits physiologiques, psychologiques, économiques et sociaux que j'avais présentés à l'appui de ma théorie du mariage, comme ces femmes qui, piquées au jeu et, voyant qu'elles ont perdu, prennent le parti de brouiller les cartes.
Teute vertu est une irradiation de la justice.
La justice a son point de départ dans le sentiment de la dignité, lequel est naturellement d'autant plus énergique que le sujet se sent plus de valeur en intelligence, talent et force. C'est ainsi que le lion est le plus fier et le plus courageux des animaux; et parce qu'il est le plus fort et parce qu'il a au plus haut degré la conscience de sa force.
Appliquons à l'humanité ce principe, commun à tous les êtres vivants, et qui constitue déjà un premier fait.
Dans l'homme, la personnalité est plus énergique : il y a plus d'orgueil, plus de bravoure,
d'indépendance! ; le point d'honneur est plus susceptible; l'ambition, Tcsprit de domination, l'instinct du commandement sont plus forts :
c'est un des reproches que vous nous faites. — La femme, au contraire, est plus timide, et, ce qu'il y a de remarquable, cette timidité ne lui messied pas , elle n'en a point de honte ; elle est dans sa nature quand elle se montre craintive et timide. Elle a, comme on dit, le don des larmes, qui la rend touchante comme la biche, mais que vous ne trouverez pas chez le lion ou le taureau, et rarement chez l'homme. Elle est plus docile, plus disposée à l'obéissance et à la résignation; elle aflfecte beaucoup moins l'empire, contente de régner, comme une fée, par le charme de sa figure et la vertu de sa petite baguette. Ce fait, vous ne le niez pas plus que l'autre, puisque c'est surtout à raison de ce fait que vous vous indignez contre les femmes, vos sœurs, que vous traitez de bêtes et de lâches.
C'est l'énergie morale de l'homme qui a établi la coutume du duel, inconnu à l'autre sexe ; que dites-vous encore de ce fait-là ?
C'est par un effet de ce même principe que la guerre a été organisée entre les nations, et conrsidérée comme une des formes de la justice;
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fjrme terrible, qui, c'est ma conviction et mon espérance, doit tomber peu à peu en désuétude, mais qui n'en est pas moins essentielle à la constitution de Thumanité et à la manifestation du droit, Mais ce sont choses qui dépassent votre nature de femme, et que vous ne sauriez comprendre,
Vous réclamez pour la femme, comme pour l'homme, les fonctions de judicature. Apprenez donc, une bonne fois, que toute judicature est un démembrement de Tautorlté militaire; de même que toute législation est une déduction du droit de la force. Réclamez donc aussi pour les jeunes filles, comme pour les jeunes hommes, le privilège de la conscription. Vous n'êtes pas seulement en état de monter une garde.
Mais précisément parce que la femme a moins d'énergie morale que l'homme, elle apporte à sa justice un tempérament indispensable, sanB lequel notre état juridique ne se distinguerait en rien de l'état de guerre ; ce tempérament, ce sont les idées de clémence, de tolérance, de pardon, de gr^ice, de réconciliation et de miséricorde; qui partout se mêlent à cette Idée de justice. L'homme incline davantage à faire pré* valoir le droit pur, rigoureux, Impitoyable; la
DANIi Lm TQIjPS MODBRNES. |9
femme tend à réguer par la chanté ^l Tamour.
Telle est la pensée in christianism^i dans Téta-* blissement duquel les femmes g&t nm ai grande part. C'est l'influenee féminine qui apprend i rhomme à se dassaisir volontairement d^une partie de son droit, plus beureui^ de ce aaorifioe qui met le sœau h sa gânérosit4 qa*il ne Teût éU d'une pleine et entière revendicationt Cq ddrmejp Mi, vous ne le nies point, puisque vpua dtaa les premières à voua prévaloir de pas tréaors d'amour, de cluu'ité, de mlsérioprde et de grAoe que Dieu a versés dans le cœur das famme*. St voua ne voyea seulement pas que oas qualités morales de votre sexe, qm mettant Ja oombla & ses perfections, témoignent préaia4R3ta&t» au point de vue de la pure justieai da aoa i^fé* riorité.
J'ai osé dira, eontrairemant & Topinion miaa & la mode par les ehevaUères du libre amour» qua> mtaie en ce qui conoeme la pudeur, la famm^ avait reçu son initiation de rhomme^ lii^aaaus grande rumeur parmi les affiranebias, aoaima ai elles se souciaient le moins du monda da la pudeur. L'idée était pourtant bien simpla; elle n'a rien de parsdoxal,
{i'^a intalligenl^ e| ^bre ré|)u^na 4 t9t^t ça (|ui
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lui rappelle Tammalité, et qui le fait aller de pair avec les brûlés. C'est pour cela que, dès que sa conscience s*éveille, Thomme couvre sa nudité, fait cuire ses aliments, évite, seul ou en compagnie, tout ce qui lui semble désAonnéte. Il existe, à ce sujet, dans le PentateuçuCf plus d'une ordonnance d'une simplicité primitive, et qu'il serait bon de rappeler à certaines nations civilisées. Et plus la société avance dans la justice, plus elle se distingue dans l'art de manger, de se vêtir ; plus elle recherche la propreté et l'urbanité ; plus les individus apportent de jréserve dans leur langage et dans leurs gestes. Tout ce qui a rapport à l'amour rentre dans cette catégorie.
Naturellement, l'individu fera d'autant mieux cette distinction des choses honnêtes et des choses honteuses ; il sera, par conséquent, d'autant plus sensible à la grossièreté de son pro* chain, à ce qu'il regarde comme im manque de respect envers lui, qu'il aura im sentiment plus énei^que de son honorabilité. Les faits sont ici d'accord avec les inductions de la théorie.
Pour ne parler que des rapports sensuels, c^est une loi de la nature chez tous les animaux, que la femelle, sollicitée par l'instinct de progé-
nitore, et tout en faisant beaucoup de façons, cherche le mftle. La femme n*échappe point )i cette loi. Elle a naturellement plus de penchant à la lascivelé que Thomme ; d*abord parce que son moi est plus faible, que la liberté et Tintelligence luttent chez elle avec moins de force contre les inclinations de Tanimalité ; puis parce que Tamour est la grande, sinon Tunique occupation de sa vie, et qu^en amour, Tidéal implique toujours le physique. Comme preuves, j*ai cité, entre autres : 1^ la coquetterie précoce des petites filles, en contraste avec Tantipathie que témoignent pour elle lès petits garçons, et Texcessive timidité des jeunes hommes; 2^ la prostitution , tant sacrée - que profane , et le proxénétisme, incomparablement plus fréquent chez les femmes que chez les hommes; 3^ les cas si rares de polyandrie, qui démontrent que si l*homme, à un certain moment de la civilisation, n'hésite pas à s'approprier, en tout bien tout honneur, plusieurs épouses toutes très-consentantes, lui, de son cOté, ne consent pas à devenir, en compagnie de plusieurs autres, la propriété d'une même épouse ; i^ enfin, la tendance des femmes à rabaisser le mariage au niveau du concubinat, par la prédominance de l'amour sur le
H DB LA PORNOCRATltf
droit, ainsi qu'il résulte, meddames, de vos pro^ « près théories.
Bfi tout eela> la femme est d'accord ayeo sa nature et sa destinée, et ce que j'en ai dit ne lliuinilie pas. Elle est toute beauté et amour : eomment n'aurait-elle pas IMniliative des ohojies amoureuses f Le même sentiment qui lui feit tempérer la Justice sévère de l'homme, embellir sa d^neure, poétisa ses conceptions, lui apprend à le distraire de ses pensées, de se^ entreprises, de ses combats, pour vaquer avec elle à d'autres œuvres. Il Aiut qu'il en soit ainsi pour Tordre de la société et leur félicité à tous deux. Heureux sentiment, quand l'idolâtrie d'amour ne leur fait pas oublier ee qu'ils doivent à la dignité sociale ainsi qu'à leur propre gloire.
Mais id encore remarque^ la différence entre les deux sexes : si Thomme, plus que la femme, a rinitiative de la pudeur, elle ne semble pas ftdte pour lui ; e'est sa compagne qui sera charge de conserver ce trésor. Ghes l'un^ la pudeur a disparu dans la victoire; ohea l'autre, elle grandit après la défaite. La sainteté ,du foyer domestique sera l'œuvre de la femme ; de cette sainteté de la famille sortira la vertu républiçetlïie, Yçilà pourquoi, c^eis les ^nçfeps peuplesi
la mère était honorée aunlessus de la Vierge, et paraissait même plus belle : Chratia super gretr Ham^ muUer sancUt et puiùrata, dit la Bible.
Le christianisme a renversé cet ordre : il a déclaré la femme mariée impure ; il ne ftiit cas que de la pucelle ; ce ^ est le renversement de la nature, une atteinte à l'honneur de la famille et à la dignité de Thomme même.
Pourquoi faut-11, mesdames, que ce soit moi qui vous apprenne c^ choses? Ah! c*est que l'impudence chez la prétendue savante aboutit à l'impudeur chez la femme. Vous Jetez les hauts cris, parce que, sans vous nommer, attendu que Je ne vous connaissais pas. J'ai traité à! impures les affranchies dont vous plaidez la cause, et vous prouvez, par toutes vos paroles, que si, par la force de la nature, vous êtes encore capables de rougir, vous avez perdu la Juste notion de la pudeur. Ne dites-vous pas que la paillardise, Tadullère, la prostitution, ne sont pas plus une faute pour la femme que pour l'homme, et que, si le péché de Tun jouit d'une si grande tolérance, celui de l'autre ne doit pas paraître moins excusable? Cette inégalité, que l'opinion de tous les peuples a mise entre l'incontinence de J'hçji^me el Timpudicité de la femme, n'est-êlle
il DE LA PORNOCRATIE
pas un des principaux griefs dont vous chargez* la tyrannie maritale? Folles, et trois fois folles, qui ne comprenez pas qu*en revendiquant pour la femme une pareille immunité, vous lui élevez un piédestal... dans la boue. Et à qui donc votre dessein est-il de plaire quand vous aurez conquis pour votre sexe semblables droits? Est-ce à des hommes ou à des singes?
Je résume toute cette analyse en deux mots :
L'homme est principalement une puissance d'ACTioN ; la femme, une puissance àe /i^cination. De la diversité de leurs natures dérive la diversité de leurs qualités, de leurs fonctions, de leurs destinées. Comment ces qualités, ces fonctions, ces destinées s'engrènent-elles pour former le couple ? En autres termes, quelle est la loi, quel est le but du mariage? G*est ce que nous allons examiner maintenant»
Rapport des deuss sexes. — Fclosion de la conscience. — Fondement de V ordre politique.
Jusqu'à présent, il me semble que la femme n*est pas trop mal partagée. Si les anges du paradis, que les savants théologiens prétendent être privés de sexe, recevaient de TÉtemel Tordre de descendre sur la terre et d'y revêtir notre chair, mais avec la faculté d*opter pour notre sexe ou pour le vôtre, ne pensez-vous pas, mesdames, que ces esprits célestes aimeraient mieux naître femmes que de devenir hommes?
Mais on s'inquiète du sort d'une créature dont le métier est de se montrer en tout belle, gracieuse, douce, modeste, discrète, aimante, séduisante, dévouée, capable au besoin d'un effort d'héroïsme, et obligée, pour subsister, de s'unir à un être plus fort qu'elle, et qui, par conséquent, ne brille pas précisément par les mêmes qualités. Car, il n'y a pas à dire, l'union est forcée.
4$ PE U FÛRNOCRATl»
Au point de vue de rintelligence et de la conscience, comme à celui du corps, Thomme et la femme forment un tout complet, un être en deux personnes, un "véritable organisme. Ce couple, nommé par Platon androgyne, est le vrai sujet hum&io« CionsidéréQ à pai't. cl^awM d^a deux moitiés qui le cgniposent paraît ui^a mutilation. Vous ne le niez pas, vous, mesdames, qui
voua prévaloa d« o© joli mot an^rogyne^ k^nmefemm^ pour eu conclure ce que voua appelés Tégalité des aeui. Remarques pourtant que œtte audrogyuie u*existerait pas, si les deux perfiomea étaieut égalea eu tout, ai ellea ue ae dia« tiuguaieut pas Qbaeuue par des qualitéa apéciales dout reugreuage oouatitue préoisémeut Torga»
Daua oetia ej^iateuoa àdeux, lea puiaaauQea de l'eapriti de la Qousoieooe et du eorpa acquièreut, par leur aéparatîou marne, plua d'énergie : o>at uue premiàre appUeatiou faite par la uature mâme du graud principe de la diviaiou du travail. L*expérieuoe prouve qu'eu effet le résultat eat plua graud pour la félicité dea copjoiutsi quand leur actiou commune est divisée eu deu;f( dépar^ tementa : Tun matériel et utilitaire, l'autre aui-
mique et esthétique.; l'un pour le dehors, l'autre
DANS LB8 TUfPa MODBRNBIS. 47
pour le dedans. Si la production totale en est diminuée» la eonaommation eat mieux faite ; si rinvention philosophique est plua lente, les actions gagnent à être ooncretées et rendues familières; si le progrès du droit éprouYe quel** que retard, il derient plus humaim par la toléranoe et la charité.
Pénétrons plus avant dans ce système que j'si appelé Torgane, créé par la nature mdme de la justice.
Quels seront les droits et devoirs respectifti des époux t
Dans tous ses rapports STeo son semblable.
l*homme exige service pour service, produit pour produit,, conseil pour conseil, droit pour droit. La loi qui le régit est la loi du talion» la loi ter** rible de la concurrence» de la lutte» ou, ce qui revient absolument au môme» de Téquilibre des forces.
De rhomme à la femme, en raison de la diver^ stté de leurs dominants, les choses ne se passent plus de même. D'abord, Thomme ne peut pas exiger de la femme travail pour travail» corvée pour corvée, produit pour produit, puisqu'elle est .plus faible. Dans ces conditions, elle serait traitée fatalement en inférieure; et» savez «vous
48 DE LA PORNOCRATIE
ce qui résulte, pour une créature humaine, de son infériorité à tort ou à raison déclarée ? L'affranchissemant? non, l'esclavage! Voyez les nègres dans les colonies, voyez Tétat de la femme chez les sauvages !
Qu'est-ce donc que la femme peut donner à l'homme en échange de son travail, de cette richesse qu'il crée, de toutes ces merveilles qu'il invente? Sa beauté, allez-vous dire, ses attraits, ses grâces, son amour, son idéalisme, toutes les séductions de son corps, de son âme et de son esprit. Propos de mercenaire, qui croit qu'on trafique de la beauté, de Tainjur et de l'idéal comme de la viande et du poisson.
M. Enfantin, votre maître, qui a tant parlé de l'amour et dont les disciples ont fait depuis le coup d'État de si magnifiques affaires, n'a jamais su discerner ces deux éléments : le beau et Futile, n ne vous a pas dit que la beauté et l'utilité étaient deux notions irréductibles, d'où cette conséquence, qu'elles ne s'échangent point; qu'il ne peut pas y avoir tradition de la beauté comme d'une valeur en marchandises ou en espèces; que la femme, enfin, ne saurait payer les cadeaux de l'homme par aucune prestation de ses charmes, attendu que ces charmes ne sont
pas une chose qui se compte, se mesure, un produit de l'industrie dont on peut calculer les frais, c*est un don de la nature, immatériel, qui ne se peut livrer et qui n'a rien coûté à produire.
Je vous Tai dit, et jamais personne n'avail élevé si haut votre sexe. Toutes les œuvres de Thomme, celles même du magistrat assis pour prononcer le droit, sont rémunérables ; toutes les richesses données par la nature peuvent être échangées ; les biens que la femme promet k l'homme et dont elle a le dépôt sont seuls hors prix.
Est-ce qu'on paye la charité, la clémence, Je pardon, la miséricorde? Les payer, c'est les anéantir ; le ministre qui trafique des concessions de l'État est un concessionnaire ; le juge qui arrête, moyennant finance, la vindicte de la loi, est un prévaricateur.
Est-ce qu'on vend la pudeur? La pudeur qui 86 vend, vous savez comment on Tappelle, c'est la prostitution.
De même la beauté, mot par lequel je résume toutes les prérogatives de la femme, ne se vend ni jie s'escompte : elle est hors du commerce. G*e8t pourquoi entre l'homme et la femme qui t'épousent, il n'y a pas, ainsi qu*on l'a dit et que
M) DE LA PORKOCRATÎK
VOUS Timagines, ai^sociation de biens et de gaini comme entre négociants ou propriétaires : Il y a don mutuel et gratuit, dévouement absolu. Le contrat de mariage est donc d'une tout autre nature que le contrat de vente, d'échange ou de loy€f t c'en est le renversement.
L'homme, expression de la fbrce, est attiré par la beauté. Il veut se l'approprier, s'unir à elle d'une union indissoluble. Comment l'ob* tiendra-t-il f Quel prix en offrira-t-ilf Aucun. Rien de ce que possède l'homme, de ce qu*il peut créer ou acquérir, ne saurait payer la beauté. Les caresses mêmes de l'amour ne sont pas un prix digne d'elle : des amants qui se prennent pour cause de volupté sont des égoïstes, leur union n'est point un mariage, la conscience universelle l'a appelée fornication, paillardise,
libertinage. L'homme digne, dont lé COèUr aspire à la possession de la beauté> comprend de suite une chose) c'est qu'il ne peut l'obtenir que par
le dévouement. Lui qui a la force? il se met attx pieds de la fbmme> il lui consaere son service et se flsiit son serviteur. Lui qui la sait foible, enivtée d'amour, il devient respectueux, U écarte toute parole» toute pensée de volupté* Sa fbrtuaê» son ambition» il lés naorifi^rt pour lui
DANS LES TËMPià MObEilNES. Si
plâirë; îl îi*y à que sa conscience qu'il ne sacrifiera pas, paf ôe ^Ue âa Conscience est da for ôe et que c*èât dans Tunion de la fbf ce et de la beauté que consisté le mariage. Dêvouôlûeilt abàôlu, dévouèfiiênt d'Uùô eôûSciénôô forte et flans taché, Voîlâ, en réalité, tout Cô qué Pépousô ofi^e
à soû épôux, la seule chose qu*il puisse oflWr et qu'elle, de son Côté, puifiSe accepter.
Même mouvcm^t du côté de la femme. Autant elle a en prédominance la beauté, autant
elle a dHncliûâtiôû poUf la fofce. Cette force, si
désirable, èUélâ fèdoutê d'aboîd ; tout être ftiîbîe éprouvé ùûe certaine crainte dô Têtre fort. Pour àppdWàér, dompter cette fbrce, Toffire de sa beauté nô sefdrait de rien, elle aurait ftilt acte de pïcstttution. Pour conquérir la force de l'homme, la beauté de la femme est aussi impuissante que la fôircé elle-même est impuissante
à conquérir la beauté. Ici, comme tout à Theute, a né reste qu*un moyen : le dévouemeut.
Dévouement pour dévouement, à la solîîcitalion de Tatlfàit qu*éprouve Tune pour î*autirè la force et là beauté ; tel est donc, eu déBnîtîvé, le "pacte conjugal, de lôUâ les pactes lé plus sublhné, à l'imitation duquel se feront plus lard les p&etéS dô chevalerie. Voj'ez-vous com?ncnl ù
52 DE LA PORNÔCRATIE
la volupté, à l'amour, s'est substitué un sentiment plus élevé, sentiment qui n'exclut pas la volupté et l'amour, mais qui leur commande, qui les subaltemise et les efface, et au besoin les supplée? Voilà, mesdames, le mariage, que vous me paraissez ne connaître ni l'une ni l'autre. Hors de là, prenez note de mes paroles, il n'y a pour la femme que honte et prostitution. L'homme et la femme qui se sont ainsi épousés savent, vous pouvez m'en croire, ce que c*est que justice : aucune félonie n'entrera dans leur commune conscience. Il faudrait pour cela qu'ils redevinssent, d'un commun accord, ce qu'ils n'ont pas voulu être, ce qu'ils se sont juré de n'être jamais, d'impurs concubinaires. Leur mariage est une colonne de plus à ce temple éternel de l'humanité que le Christ voulait fonder en nos âmes, et que je vous accuse, vous et vos adhérents, de détruire.
Voulez-vous maintenant que nous tirions les conséquences de ce contrat de mariage? Serronsen d'abord et de plus près le principe.
L'homme et la femme, que l'amour semblait devoir gouverner exclusivement, ont fini par s'engager sous une loi plus élevée, qui est celle du dévouement. Mais dévouement à quoi? en
quoi? pourquoi? Cette question demande qu'on réclaircisse ; puisque, comme nous Tavons observé, ce n'est pas en monnaie , bijoux ou autres valeurs, que l'homme paye les joies de l'amour et la possession de la beauté ; et que d'autre pari, grâce au progrès de la civilisation, la jeune fille n'attend pas précisément, pour subsister, le dévouement d'un mari ; ni le jeune homme, pour soigner et blanchir son linge, le dévouement d'une femme. De quelle espèce est alors ce dévouement, et sur quoiporte-t-il?
La détermination que nous avons faite des qualités respectives de l'homme et de la femme va nous donner la réponse.
L'homme représente en prédominance la force physique, intellectuele et morale; la femme représente en prédominance, à ce triple point de vue, la beauté.
Donc en s'épousant sous la loi d'un dévouement réciproque, l'homme et la femme se dévouent, le premier au culte de la beauté dans la personne de son épouse; la seconde, au respect de la force dans la personne de son époux ; tous deux au développement de la force et de la beauté dans leurs enfants.
En effet, celui qui se dévoue à une personne
U ' DE LA PORXOCRATIE
OU à une œuvre, s'engage à serdr cette personne ou cette œuvre suivant leur nature et selon ses propres facultés : ce qui implique en outre pour lui-même Tobligation d'entretenir ses facultés dans le plus parfait état. Or, nous avons dît que l'homme et la femme, comparés Tun à Vautre, pouvaient se définir, le premier, une nature en prédominance de force, la seconde, une nature en prédominance de beauté. Par conséquent l'homme et la femme, se dévouant l'un à l'autre, s'engagent réciproquement, celui-là à suivre sa femme selon ses inclinations, qui sont la beauté, la tendresse, la grâce, l'idéal, et pour cela, à se rendre luimême de plus en plus homme ; celle-ci à servir son mari selon son tempérament, qui est la force, et pour cela à se rendre elle-même de plus en plus femme. Plus, en se rendant réciproquement tous les services que comporte un dévouement absolu, ils s'approcheront chacun de son type, plus, par cette différenciation croissante, leur union deviendra intime, et moins aussi le dévouement leur pèsera. Telle est la loi, dans son expression la plus précise et la plus générale : sa portée est immense.
1° L'union conjugale sera des deux parts monogamique et indissoluble. Les raisons en sont
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aisées à déduire. Là où le dévouement est partagé, il cesse d'être.Une femme soi-disant dévouée à plusieurs amants n'est, en réalité, dévouée à aucun ; un homme soi-disant dévoué à plusieurs maîtresses n'est, en réalité, dévoué à aucune. Et non-seulement par cette polygamie le dévouement est anéanti, l'homme et la femme sont amoindris dans leur dignité. L'homme est personnel, volontaire, impérieux, exclusif ; il fait de sa femme son confident, son confesseur, le dépositaire de sa fortune et de ses besoins, l'oracle de sa conscience. Partager l'amour de sa femme ce serait sacrifier son honneur et son amour même. De son côté, la femme n'a de valeur que par la chasteté ; sa gloire est dans la fidélité de son mari; comment, en perdant Tune, s'exposerait-elle à perdre aussi l'autre f Les époux sont l'un pour l'autre des représentants de la divinité ; leur union fait leur religion : toute polygamie est est un polythéisme, une idée contradictoire, une chose impossible.
2<^ L'exclusion en amour entraîne la séparation des ménages, sans laquelle l'intimité conjugale serait à chaque instant violée, exposée à la honte et à la trahison. La monogamie admise, personne ne niera cette conséquence, la commu-
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nauté du ménage peut se supporter entre parents et enfants, parce que des parents aux enfants il n'y a pas lieu à amoureuse convoitise ; parce que d'un autre côté, le but du mariage est de constituer la famille, et que des parents aux enfants la famille ne fait que se continuer; elle est la même.
3^ Le ménage formé, Thomme est chargé du travail, de la production, des relations extérieures; la femme a Tadministration du dedans. Ce partage est déterminé par les qualités respectives des époux. Au plus fort, l'action, la lutte, le mouvement ; à celle qui brille et qui aime, mais qui ne doit briller que pour son époux, n'aimer que lui, les soins domestiques, la paix et la pudeur du foyer. Tous deux sont responsables, et partant libres dans leurs fonctions ; toutefois le mari aura droit de contrôle sur la femme, tandis que la femme n'a que celui d'aider, aviser, informer son mari. La raison de ceci est manifeste : la tenue du ménage dépeud beaucoup plus de la production virile que celle-ci ne dépend de celle-là, et comme l'homme est chargé Ju travail principal, qu'il a la supériorité de puissance, que la responsabilité qui lui incombe est plus grande, il se trouve constitué, du droit même de
DANS LES TEMPS MODERNES. ïït
la puissance, chef de la communauté. Et le droit aussi bien que le devoir de la femme, est de reconnaître cette puissance, d*en réclamer les actes, de la provoquer, de la servir, de s'y dévouer. Otez cette prépotence maritale, ôtez le dévouement de la beauté à la force, vous retombez dans le concubinat, vous détruisez le mariage.
4^ C'est maintenant que nous allons observer Tinfluence du mariage sur le développement de la justice. Chef de communauté, le nouvel époux sent croître en lui la personnalité, l'ambition, l'esprit d'entreprise, la fierté du caractère, l'indépendance de l'esprit. Son énergie s'augmente à la fois, et du secours que lui apporte sa femme, et de l'effacement même de celle-ci, ou, si Ton aime mieux, de la discrétion avec laquelle elle se produit. Puis la fougue amoureuse se calme, la volupté est subaltemisée par le travail, par la présence des enfants et les perspectives de ravenir ; au règne éphémère de l'amour a succédé, pour le reste de la vie, le règne plus sérieux de la conscience. C'est pourquoi j'ai pu dire, en un sens, qu'entre honnêtes gens on ne parle pas d'amour» et que moins l'amour tient de place dans l'existence» plus il y a de chances pour la
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fSUcîté. Nous verrons tout à rheurè Teffet de cette métamorphose.
5* L'homme, par ses seuls efforts, aurait peine à subvenir à ses propres besoins; à plus forte raison aurait-il peine à subvenir à l'entretien de 9a femme et de ses enfants. Il faut qu'il combine son industrie avec l'industrie de ses pareils. De là la société politique, dont la famille n'est que Tembryon. Cette société a ses lois et sa destinée propre que la philosophie connaît encore fort pçu ; mais on ne saurait douter qu'elle n*ait aussi pour but. d'une part, l'accroissemeut de la di^ité et de la liberté virile, de l'autre, l'augmentation de la richesse, et par suite celle du bienêtre de tous. Le rapport des familles à l'État, en un mot la Répuhliq'ue, tel est, pour le sexe mftle, le problème à résoudre. Les femmes n*y interviennent que d'une manière indirecte, par une secrète et invisible influence. Comment en seraitil autrement? Organe embryonnaire de la Justice, les époux ne font qu'un corps, une âme, une volonté, une intelligence ; ils sont dévoués Tun à l'autre à la vie et à la mort ; comment seraientils d'une opinion ou d'un intérêt différent t D'autre part, la question politique, qui rapproche les familles, n'est à autre fin que de constituer leur
solidarité, et de leur assurer toutes les garanties de liberté, de propriété, de travail, de commerce, de sécurité, d'instruction, d'information, de circulation, qu'ils réclament, toutes choses qui relèvent exclusivement des attributions de l'homme. Comment les femmes seraient-elles nominativement consultées? Supposer que la femme puisse exprimer dans l'assemblée du peuple un vote contraire à celui de son mari ; c'est les supposer en désaccord et préparer leur divorce. Supposer que la raison de la première puisse balancer celle du second, c'est aller contre le vœu de la nature et dégrader la virilité. Admettre enfin, à l'exercice des fonctions publiques une personne que la nattire et la loi conjugale ont pour ainsi dire consacrée à des fonctions purement domestiques, c'est porter atteinte è la pudeur familiale, faire de la femjne une personne publique^ proclamer défait la confusion des sexes, la communauté des amours, l'abolition de la famille, Tabsolutisme de l'État, la servitude des personnes et l'înféodatior des propriétés.
Voilà comment s'établit la subordination de l'épouse à l'époux dans le mariage. Cette subordination n'a rien du tout d'arbitraire ; ce n'est ni une fiction légale, ni une usurpation de la force,
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ni une déclaiation d'indignité pour le sexe le plus faible, ni une exception commandée par les nécessités de Tordre domestique et social au droit positif de la fftmme : elle résulte, cette subordination, de ce fait patent et incontestable, que les attributions viriles embrassent la grande majorité des affaires, tant publiques que domestiques ; elle ne constitue pas, du reste, pour Thomme, au détriment de la femme, la moindre prérogative de bien-être ou d'honneur ; tout au contraire, en lui imposant la charge la plus lourde, elle fait de lui le ministre de la fidélité féminine, de laquelle seule il doit tirer ensuite la sienne.
Changez, modifiez, ou intervertissez, par un moyen quelconque, ce rapport des sexes, vous détruisez le mariage dans son essence; d'une société en prédominance de justice vous faites une société en prédominance d'amour; vous retombez dans le concubinat et la papillonne ; vous pouvez avoir encore des pères et des mères, comme vous avez des amants, mais vous n'aurez plus de famille ; et sans famille, votre constitution politique ne sera plus une fédération d'hommes, de fâjnilles et de cités libres, ce sert un communisme théocratique ou poriiocratique, la pire des tyrannies.
DANS ÎJi.S TICMPS MODIillNES. CI
Pour rendre ceci plus sensible, supposons que la nature, qui, d'après moi, par la manière dont elle a doté les deux sexes, a constitué le mariage, et la famille, et la société civile, tels que nous les voyons, ou que du moins il nous est facile d'en déterminer les types, supposons, dis-je, que cette même nature ait voulu établir la société humaine sur un autre mode. Qu'avait-elle à faire ? Le plan qu'elle a suivi nous indique celui qu'elle a rejeté : c'était de répartir également toutes les facuUés entre les sexes, de leur donner à tous deux puissance égale et beauté égale ; de rendre la femme vigoureuse, productrice, guerrière, philosophe, juge, comme l'homme; l'homme, joli, gentil, mignon, agréable, angélique et tout ce qui s'ensuit, comme la femme ; en un mot, de ne laisser subsister de différence entre eux que celle de l'appareil génital, dont il paraît que personne ne se plaint, et sans lequel, quoi que disent les mystiques, on ne conçoit pas l'amour.
Dans ces conditions, il est clair que l'homme et la femme, ayant chacun la plénitude d'attributions que nous ne trouvons aujourd'hui que dans le couple, égaux en tout l'un à l'autre et similaires, moins ce que je n'ai pas besoin de dire, seraient dans des relations tout aulres que celles
DE LA FORNOCRATIE
ijuQ suppose aclueUemeut le mariage. L'homme ne serait pas dévoué à la beauté qu'il posséderait ; la femme ne se dévouerait pas davantage à lot force, qui lui aurait été également dévolue en partage. L'influence qu'ils exercent, dans l'état présent de leur constitution Tun sur l'autre, ne serrât plus la môme : il n'y aurait entre eux ni adiQiration, ni culte, aucune inclination dévo* tieuse; nul besoin d'approbation, de confidence, ou d'encouragement, pas plus que de protection, de service ou d'appui. Les choses redeviendraient entre l'homme et la femme ce que nous les voyons entre personnes de même sexe : service pour service, produit pour produit, idée pour idée. Sans doute il y aura de l'amour, puisque nous conservons, dans ce but exprès, la distinction sexuelle. Mais ils seront affectés d'une autre manière : leur amour n'ira pas au delà de l'excitation voluptueuse ; il n'aura rien de commun avec la oons* cience qu'il primera ; n'étant pas tranformé par le dévouement le plus absolu, il ne tendra pas à la monogamie et à l'indissolubiUté. H se tiendra dans la zone de la liberté et du concubinat»
n'éveillant aucune jalousie, excluant toute idée d'infidélité, s'exaltant au contraire par l'émulation des bonnes fortunes ; en sorte que la ten-
DANS LES TEMPS MODERNES. m
dance générale sera vers une communauté plus ou moins accusée d*amours , d'eûfants, de mé^ nages» dans une famille unique qui sera TÉtat.
Cette oi^nisation, en dehors de la monogamie et de la famille, a été rêvée par tous ceux qui, comme nos émancipées et nos émancipateursmOi» demes , ont cru à Tégalité de puissance et de beauté dans les deux sexes ; les mystiques Tout placée dans le ciel, où, disent'^ils, il n'y aura plus ni mAles ni femelles ; de nos jours , elle semble à une foule de personnes, même fofi instruites, Tunique moyen de détruire Tantagonisme, et par suite d'éteindre le crime et la misère. Mais une pareille société subsisterait-elle f J*ose affirmer qu'elle serait cent fois pire que la nôtre; pour mieux dire, je la soutiens radicalement impossible.
La société subsiste par la subordination de toutes les forces et facultés humaines , individuelles et coUeotives, à la justice. Dans le Système que je viens d'esquisser, Tindividu, ayant en soi la plénitude d'attributions que la nature, ainsi que nous avons pu nous en convaincre, ifa aocofdée qu'au couple, serait inabordable dans sa personnalité; l'élément idéaliste defviendrait en lui prédominant ; la conscience serait subal-*
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temisée; la justice réduite à une idée pure; l'amour, synonyme de volupté, une simple jouissance. Alors éclaterait, avec une violence indomptable, la contradiction entre Tindividu et la société : ce même sujet, qu'on se flattait d'enchaîner à Tordre public par la communauté d'amours, de femmes, d'enfants, de familles, de ménages, répugnerait d'autant plus au communisme isocial qu'on l'aurait plus complètement aifranchi. Il est possible que Ton ne se battit pas pour les femmes, puisque, d'après l'hypothèse, et eu égard à la constitution physique et morale de rindividu, il n'y aurait pas de jalousie; mais la compétition serait d'autant plus ardente pour le butin, la richesse, le confort et le luxe, toutes choses dont la production resterait soumise aux mêmes lois, et, dans une société livrée à l'amour et à ridéal, serait encore plus insuffisante qu'aujourd'hui. Établissez, avec la communauté des amours, l'universalité du célibat, et, je ne^crains pas de le dire, vous aurez un surcroît de consommation, moins de travail, moins d'épargne, partant plus de misère; en dernière analyse, à la place d'une société policée, une société vouée au brigandage ou, sinon, à la plus dégradante servitude. Ce résultat, pour tout homme qui a ré-
fléchi sur les rapports de la famille, du mariage, du travail, de la production et de raccumulation de la richesse, ainsi que sur les conditions de la justice dans la Société, est aussi certain que deux et deux font quatre.
Ainsi se confirme, par le développement de l'idée contraire, la théorie du mariage. La société, c'est-à-dire l'union des forces, repose sur la justice. La justice a pour condition organique un dualisme, hors duquel elle se réduit bientôt à une notion pure, inefficace. Ce dualisme, c'est le mariage, formé par l'union de deux personnes complémentaires Tune de l'autre, et dont l'essence est le dévouement, le préparateur l'amour.
Ainsi se résout cette contradiction apparente, qui dit à l'homme : commander y pour mieux servir; à la fenune : obéir^ pour mieux régner ^ contradiction qui exprime avec tant de force l'engrenage matrimonial, et contient toute la loi et le mystère du sacrement. Le monde est plein de ces oppositions ; il ne vit, il ne progresse que par là. Si le sens de la fameuse maxime , le roi règne et ne gowoerae pas^ n'est obscure que pour les démagogues qui aspirent au pouvoir absolu, à plus forte raison ces deux propositions : co7n,mander y powr mieux servir; obéir, pour mieux
«ft DEUl PpRNOCEATlE
féijiner^ doivent paraître claires à tout homme qui 4 le s^timept de son devoir et de son droit, à toute fem^lç^ qui ^ If» iroapeci de son mari et de df( propi^ digmté. U y a ^leulwient cette différence entre la royauté constitutionnelle et le mariage, q^')oi novm Q'avoni fait que constater Tordre i^ôppLe d^ h ns^ture, tandis que là il ne li'igit enoorf!, ^t sauf plui ample informé, que 4'^^ eréatioft d@ r«ntendement> d'une théorie l^we, d'iu^e fioticmt Jusqu'à préaant» mesdames, I) nie sembla! que uses ohae^rvatiQua ne manquent pt d'wôctitude, ni mes raisonnements de justesse. Eu tous caSi, vous n§ pouyç?. m^'aoQuaer de partialité et voua plaindra que je fassie tort à
vQlrç se^e, puisque toujours, m r^ard 4 une pr^poteno^ masçulii?^^ i j® coustatç une préémiuenç^ féminine ; qu'en ^change du déyou^m^nt qu^je demande à la femme, j mpos^ î^ rhomme VoUpigation d U^ dévouement encore plus grand. Qu'^t-çe dçuç encore une foi^i qui voua offusque? Si vou* ne réclamez véritahlexueut que votre 4roit, le voilà : égalité de fortune et d'honneur ; ^^veleppeiuent et triomphe de yoa faeultéi les plus précieuses; ju?te part d'iuttuençe; moins d'initisttiye daftç les choses de lai, politique et de
récouonHi»f nm auisi luoiu» d« r^gpon^i^ilité ;
t)AKS LES TEMPS MODERNES. 07
en ré3ultat le règne, moins les fatigues et les périls de la con({uête. Que vous faut-il de plus? Et pourquoi toute cette colèrç î
Lorsque, résumant eu deux n^ois» réimis par une disjonctive, la théorie du mariage et la destinée de la femme, j^ai prononcé, contre certaines teudauçes de notre épocjue, et par forme de condusion, cette énergique parole : courtisane ou ménor gère^ yçus n'aviez réellement qu'à applaudir. Lorsque qnsuite^ dans mon indignation croissante, j*ai ajouté cette formule imprécatoire :plut(K la rê^ elwwit JIM cette prétendue émancipation pour la femme! vous deviez, si vous eussiez eu le moindre respect de vptre sexe, me reprendre et dire, conune aurait fait Lucrèce : I^utot la» mort ! Lorsqu'çnfin, décidé à venger la pudeur publique des outrages de quelques émancipées, je les ai appelées^ des impures que le péché a rendues folles^ vous n'aviez qu'à vous taire, et ne pas donner au public sujet de penser que la qualification était pour vous.
Au lieu de cette conduite, la seule qui convient à d'boi^tes femmes, il vous a plu, soutenues par les encouragements de quelques castrats littéraire, dç relever le défii ce qu'il y a de plus curiei^c, you9 vous pose? en calomniées : « nou9
e8 DE LA PORNOCRATIE
voilà deux» qui ne sommes ni impures ni folles, et qui affinnons» revendiquons et poursuivons raffranchissement de la femme. Nous défions qui que ce soit de répondre à cela. »
Ohl mesdames, point d*équivoquei s'il vous plaît. Ne vous faites pas plus offensées que vous ne Têtes, ni moi plus insolent que je ne suis. Je ne vous connaissais ni Tune ni Tautre quand j*ai fait mon livre, et je ne vous connais pas davantage aujourd'hui. J*aime à croire que votre vertu à toutes deux n'a pas franchi certain fossé qu'elle ne repasse plus : vous, madame J*** L***, • je m'en rapporte à celui que la loi du mariage a étabi gardien et répondant de vos mœurs; plût à Dieu qu'il eût aussi bien gardé votre plume!... Vous, madame Jenny d'H***, je vous crois sur parole, et vous dispense de produire vos pièces. Je crois plus volontiers à l'égarement de votre esprit qu'à la corruption de votre cœur. Il se peut que, parmi les promotrices de rémancipation féminine, il s'en trouve d'autres dans le même cas que vous : que celles-là prennent aussi pour elles acte de ma déclaration. Je juge les dispositions, non les actes. Cela dit, perméttez-moî, mesdames, de vous rappeler à la pensée gue donne ma critique^ et qui a motivé
cette épithète à'iu^mreSf trop bien justifiée par la plupart des femmes célèbres de notre siècle et du précédent, et contre laquelle vous protestez en vain. Cette pensée est que toute femme qui rêve à'éîÊkincipation a perdu, ipso facto, la santé de Tâme, la lucidité de Tesprit et la virginité du cœur; qu'elle est en voie de péché : je ne vais pas au delà. Et puisque vous aimez la franchise, et que vos provocations m*y contraignent, j*oserais vous dire, mesdames, que vos deux publications, si elles sont de vous, confirment la règle. C'est ce que je vous démontrerai tout à Theure.
I» XA PORNOGRATOI
La nature est toute puiaaanoe et toute hartno^ jûe« Mais sea œuvrea, selon la juate obaervatioa de Raphaël» ne sont pas toujourt telles qu'elle les Tèut : ellea portent bien souvent le signe de la faiblesse et de la laideur» G*est une des raiêons pour lesquelles la nature a créé Thomme : tout en se glorifiant elle-même par la production de ce chef-d'œuvre, elle s'est donné en lui un contemplateur et un critique, assez intelligent pour saisir les lois de la création et en concevoir l'idéal ; assez fort pour en réparer les défectuosités et en guérir les blessures, mais trop faible cependant, et de corps et d'esprit, pour la changer elle-même et la détruire. L'homme lui-même, dernier né de la nature, chargé de mettre à l'ordre du monde la dernière main, l'homme, tel qu'il se manifeste, n'est pas plus que les autres créatures, parfaitement conforme à son type.
Aussi son œuvre de réparation commence et finit
DANS LES ÎEMf* MObÊ&NES. Il
pnï sa pWpïe pefSDiine t le ptùgth dô Ift jUsUfite d^M rhumanité est le principe «t h àù de toutes ôhoâeS.
Ce qui irend la création de Thomine, cbûfbtmément à son type, plus difficile qu'âueune autre, c'est la manière dont la nature Ta constîlue dans ce double élément, la forée ôt lâl)eàuté. Dans la totalité de l'espèce, la fbree et la beauté
sont données en proportions égalés. Mhîô l'êfipèeê humaine n'agit pas seulemeût eôiûffle être ôoUeetif, elle agit encore, et surtout, par Ste divisidns. Il y a deâ mâles et des f)smêlleS, AVê races» des nations, des femilles et dêS ludifidus.
Le Selé mâle a plus dé puisSàUee; le sèSë femelle manifeste plus de beauté et plus didéal : dans quelles proportions, Tun et l*autre? CVst flfe qu'il serait d'Utiè excessive diffleulté, pour Be pas dire d'une grande témérité, de détermià».
Chez certaines nations, les hcmttièS pàraisSèAt plus forts que cheiz; d*autres, lés femmes plus f)^mmes : de là, cette expression des ethnographes, que Vilè'Meitt masculin est plus développé
d'un côté, tandis què de l'autre tt'est VéïiiMtU fminin. M. lé docteur Glavel, daus floti sav&ftl ouvrage sur les Races humaines, ftdt wîï qU6 le
(îaractère âflglais pèche par excès de virlîltg, et
If DE LA PORNOCRATIE
le caractère français par excès de féminisation. Le type germanique, d'après la description qu'en fait cet écrivain, paraîtrait l'un des mieux équilibrés dans son double élément. Ces inégalités sont dues à deux causes : l'influence des milieux, dont la loi est prépondérante dans la création et le développement du règle animal; l'influence des institutions, qui agissent à leur tour comme les milieux mêmes.
Il suit de là qu'ime nation, après avoir débuté avec une énergie virile, peut ^effèmnef^ et par là même déchoir : c'est ce qui est arrivé aux Perses après Cyrus, aux Grecs, après la guerre du Péloponèse ; aux Romains eux-mêmes, à la suite de leurs immenses conquêtes et de leurs guerres civiles. Par la m^e raison, si une race peut s'efféminer, elle peut aussi, par le travail, la philosophie et les institutions, se viriliser davantage : c'est ce qui est arrivé pour les Français du Tiera-État, dans cette période à jamais glorieuse qui s'étend de la mort du cardinal de Henry (1743) à celle de Louis XVIII (1824). On ne saurait dire que ce mouvement se soit aussi bien soutenu de 1825 à 1860; mais le travail peut être repris.
CSette oscillation de Télément masculin à Télé-
ment féminin» en autres termes» de la force à la beauté» de la politique à Tart» du droit à Tidéal, indii{ue les limites de la puissance de lliomme sur lui-même» la sphère de son action» et les deux extrêmes entre lesquels il doit trouver son juste tempérament.
De même que Thomme» dans ses manifestations» n*est pas toujours fort d*une virilité suffisamment accentuée» la femme n*e8t pas non plus toujours belle : au moral» comme au physique» elle est sujette à mille laideurs. Souvent elle tombe au-dessous d'elle-même : elle est lâcAe^ molle eibStCf comme dit George Sand. On dirait alors qu'elle abuse de la permission de la nature» qui la veut» non pas inepte» mais relativement plus faible» et partant plus belle que son compagnon. Parfois aussi un phénomène contraire se produit. Tandis que lliomme s'avilit en se plongeant dans les délices de Oapoue, on voit la femme s'émanciper; prendre» comme dit la Bible» le vêtement de Thc^nme» affecter les formes» le engage» les allures de la virilité» et aspirer à en exercer les fonctions.
. Partout et dans tous lès temps» on rencontre
deces créatures excentriques» ridicules dans leur sexe* et insupportables au nôtre : elles sont de
n bB LA PORNOCRATIE
plusieurs espèces. Ghe2 léS unes, ce oAic mascu-' liû est Teffet du tempérament et d^une grande vigueur corporelle : on les appelle des vifafOé Ce sont les moins à craindre; elles ne font pas de prosélytes, et 11 suffit de la critique des tutretf femmes pour les ramener à Tordre. Ghei d*autres# la tendance à rémanoipation procède^ ou d'un travers d'espriti ôu de la preibasion qu'ellea é^tercent, ou bien enfin du libertinage^ Qdles-oi sont les pires : il n*y a pas de forfait auc[uel rémancipatiOn lié léS puisai mener* A certaines époques, TeiUprit de secte s'en mêle; la défaiUdncNi des mideurs publiques vient compliquer le mal i la lâcheté des Hommes fie fait Tautillaire de Taudâce des femmes ; et flous voyons apparaître ôés théories ^'afptmohiëêmiUHt et de promiscuitéf dont le dernier moi est la Poaifocfiuk'riB. Alors o*est fini de la soôiétét
La pomodratiè Sé combine très^bien avec le despotisme^ mette avao le militarisme s Tempire romain en fournit Uâ exemple chez Élagabale.
La pomocrfttié s'unit également à la théocratie i C'est ce que tentèrent les O&oitiqitei bu i^ el
au n^ siècle de notre ère, et à quoi tmdaiant également, eu plein t>n\^ tAhfâki IM mjwtlquM^ D^ uoff jours, où «t tu la pomoçr«t)« s*«UI«r I It
DANS LES TEMPS MODËHNES. tt
lancoeràtie ! Malthu^ et Ënfkntin âoùt la douille étpresâion de la décadence niôdenié. Mais Vheute est passée ; et le monde, qui regarde avec Indifférence s'alfeiâser la théoôratie papalô, tourne le dos à la pomocratlé maltîiuâîennè.
Vous ne vous plaindrez pas, îneâdames, que.
Je traite f os idées comme ôhoses de peu d'importance, en homme qui n*âuràît pâs âondé et mesuré la haute poçtée dé vos doctrineâ. Jfô sais de quel esprit vous êtes et ne fais âuctifiè difficulté d'avouer que ô*est cet esprit, esprit de luxure et de dévergondage, esprit de cônfuâîôû et de promiscuité qui, depuis trente-cinq ans, a été la pesté de la démocratie et là cause principale des défaites du parti répdtUcaîn. Ausâî je tiens à ce que le public vous juge, intuS et ih cûte.
Commençons par les cas. non douteux.
Parent Duchâteîet, dans son livre de la Prosii^ tution, a remarqué que les filles publiques étaient gloutonnes, portées à Tivrognerle, insatiables sangsues, immondes, paresseuses, querelleuses» d*un bavardage décousu et insupportable. A ces traits on reconnaît la femme retombée à Tétat dé nature ou de simple femelle. D'où vient cette déchéance ? pç la fré(|uentatiQn eXce^sjiyO 4^
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hommes, qui leur fait perdre, avec la réserve, la timidité, la diligence, la qualité essentielle du sexe, celle qui fait Tâme et la vie de Thonnête femme, la pudeur. Parent Duchâtelet aurait pu ajouter que la figure de ces femmes s*altère dans le même sens que leurs mœurs : elles se déforment, prennent le regard, la voix et Tallure des hommes, et ne conservent de leur sexe, au physique comme au moral, que le gros matériel, le strict nécessaire.
— Qu*y a-t-il de commun, allez«vous me dire, entre nous et ces prostituées ?
Je vous demanderai d*abord, mesdames» ce que signifie dans votre bouche le mot de prostituée? Remarque; que ces femmes ne font, après tout, qu'exercer Famour libre ; que, si plus d*une a débuté par une séduction, la masse y est portée par élection ; que même, au point de vue de la démocratie amoureuse, elles font acte de philantropie et de charité, ainsi que Fentendaient les Gnostiques ; que du reste, et toujours d'après vos maximes, la délectation erotique n'a rien en soi d'immoral, qu'elle est licite autant que naturelle, qu'elle forme le plus grand bien et la plus grande part de l'humanité, et qu'en conséquence une jolie femme qui» pour le bonheur d'un
DJlNS LES TEMPS MODERNES. 77
homme piqué d^amour» consent à lui faire le sacrifice d*une journée de son temps, a parfaitement le droit, dirait J.-B. Say, de recevoir en échange un dédommagement. Elle en a d'autant plus le droit que la femme, par Texercice de la fonction amoureuse, se détériore insensiblement et se dégrade. Il n*y a pas, il ne peut y avoir d*amour gratuit, entendez-vous? si ce n est celui qui s*abdique, au nom de la conscience, dans le mariage. Donc, ou le mariage, par lequel les amants s'unissent pour toujours, selon la loi du dévouement et dans une sphère plus haute que Tamour, ou la rémunération : point de milieu. Est-ce que les émancipées, qui vivent en concubinat, auraient la prétention de se donner pour rien, par hasard ? Tout au moins elles ont regu le plaisir 9 et la preuve, c'est que du moment où la chose ne leur plaît plus, elles se sont réservé de se reprendre. L'amoureuse qui se donne pour rien est im phénix qui n'a d'existence que cheas les poètes ; par cela même qu'elle se donne (hors mariage), elle est libertine, elle est prostituée ; elle le sait si bien que si, plus tard, elle trouve à se marier, elle se présentera comme veuve; die mentira ; à Timpudicité elle joindra l'hypocrisie et la perfidie.