Oeuvres complétes
QrlgtnaiFê d'Édesse, en Mésopotamie, versé dans la con-' naUtanoe des cultes anciens et les sciences des Chaldéens, BBAÎB attaché au Christianisme, sans ambition, d*une piété fervente, Bardesane se signala d'abord en écrivant contre Marcion et les gnostiques, et confessa généreusement la foi chrétienne devant les empereurs Lucius Vérus et Marc-Aurèle. Il écpivlt plusieurs savants ouvrages, que Torthodoxie adétruils ; mail ce qui Tillustra surtout, ce furent ses hymne?, dont Tadmirable poésie popularisait dans toute la Syrie ses idées, [Bardesane fut en relation avec le roi Abgace.] Il eut un fils, Harmonius, dont le talent poétique surpassa celui de son père. Ces poèmes se chantèrent longtemps après leur mort dans les églises d'Asie, et ce ne fût qu'au iv siècle qu'un
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prêtre orthodoxe, du nom d'Ëphrem, vint a bout, en composanf d'autres hymnes sur le même rythme, de faire oublier celles de Bardesane. Éphrem a été pour cela canoiiisé; Ear^ desane, qui, le premier, fit chanter le Christianisme et lui donna ce moyen puissant de propagande populaire, est rangé parmi les hérétiques. Ainsi valajustice des partis et des sectes : les esprits secs, médiocres, impuissants, calomniateurs, pourvu qu'ils sachent s'entourer d'une apparence de rigidité orthodoxe, écrasent les génies originaux, féconds et forts, à qui ils doivent jusqu'à leur existence.
Bardesane, qui avait reçu l'influence de Valentin, prétendait, a la différence de Marcion, justifier toutes ses idées par des écritures juives : la Bible devint ainsi pour lui la source d'une nouvelle gnose.
[On pouvait concilier Bardesane et Marcion, sur le terrain même de la gnose, en faisant voir que le fond de leurs idées était le même ; que comme Valentin avait enseigné que les juifs étaient des psychiques (135), de même Marcion les considérait comme tels, etc., etc. On verra plus bas (149), par les ophites, que l'essence de la gnose était de repousser Jéhovah et tout le mosaïsme. Du reste, la tendance de Marcion était autre encore; il s'opposait à la judaïsalion du Christianisme, devenu, depuis 71, un acte de foi.]
[Bardesane distingue, avec tout l'Orient, deux principes. Dieu et la matière; tandis que, suivant Zoroastre, Satan; l'esprit du mal, est une émanation de lumière déchue, il est, chez Bardesane, un produit du principe ténébreux et inerte, la matière.
Le Père suprême se déploie en plusieurs êtres, ou éons de sa nature : le 1" est sa pensée, Ennoia; le %* est son fils, Christos, suivi de son épouse ou sœur, IdiSophia^ Saint-Esprit. — De Christos et de son épouse le Saint-Esprit naissent d'autres couples ou syzygies, la terre et l'eau, le feu et l'air : le tout ensemble formant l'ogdoade sacramentelle, le plérôme ; viennent ensuite l'heptade sidérale, et une foule d'autres puissances qui gouvernent, chacune selon sa spécialité, les détails de l'univers.
L'homme est à ses yeux un membre distingué du monde des intelligences; son âme est née des éons ; (elle est, par conséquent, une émanation de TËtre suprême ; c'est par elle querhorameest immortel, par elle qu'il est libre; tandis que par son corps il est sous le joug de la nécessité. Il raconte ensuite comment cette âme s'étant corrompue par son union avec la matière, le Çhristos céleste vint à son secours; comment ce Ghristos naquit en apparence d'une vierge, prit l'apparence d'un corps; en ceci, il est d'accord avec les dokètes et avec le 3' et le 4' Evangile, qui montrent Jésus traversant, après la résurrection, les murs à la façon des esprits. Bardesane niait donc formellement que le Verbe eût été /ai^cAazr; il ne lui attribuait, selon la parole de Paul, qu'une forme de corps céleste, et quand on songe qu'il était contemporain du 4' Évangile, on conçoit qu'il n'y avait pas en lui de rébellion au texte sacré. Le Ghristos avait donc paru naître, yar, à travers le corps de Marie, non de Marie; d'où il résulte de plus en plus que les premiers chrétiens qui raisonnèrent tant soit peu leur foi ne crurent rien des mystères qui depuis ont fait le fond du Christianisme, tels que l'incarnation, la virginité de Marie, bien moins encore la résurrection.
[Ou Bardesane n'a pas connu le 4' Évangile, dont la 1" citation formelle se trouve dans Théophile d'Antioche, en 172, ou, s'il l'a connu, il ne l'a regardé que comme une composition apocryphe, récente, et de nulle valeur. (Cf. 173, les Aloges.)]
L*ccole de Bardesane, l'une des plus raisonnables qu'aient produites les premiers siècles, se distingue autan t par la pureté de ses mœurs, que par l'éclat de ses poésies et la conséquence de ses idées, ce qui n'empêche pas le détracteur Éphrem de représenter ses disciples sous les couleurs les plus abominables et de les comparer aux renards et aux chiens.
1416-147-180. Successeurs de Valentin, — Tous devinrent chefs ou fondateurs d'écoles : ce furent Secundus, Épi- •pliane^ Isidore^ Plolémée Marcus, Colarbasus, Héracléon,
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8 CÉSABISM6 8T CHRISTIANISME.
Théoâotç et Al^mdrç, (Voir iS. Épiphme, pour h chronologie exacte de chacun de ces ehefs, et vérifier 3'il vaut mieux les réunir daus un seul article, ou les placer chacun h leurs dales respectives.)
Secundu^M le succes§our de Valenliq. U remanie l'og-doade, la divise en deux tétrades, une droite et une gauehet et faisant des ténèbres le corrôjatif pogitif de la lumière, place Torigine du mal dans le sein même du plérôme. Pu reste, il fit plus de bruit que de besogne, ce qui lui valut rhouneur de donner son nom à un parti dans la gnose,
Épiphane introduisit dans la théologie valentine la teriiai» nologie des nombres, h l'exemple des kabbalistes, ce qui égaie fort Jrénée. Clément d'Ale^^andrie parle de cet jiuteup avec estime : après sa mort, U fut honoré en Cépbalénie comme un s^int; il eut une chapelle, une liturgiei de» anni« versaires ; de tels honneurs à cette époque étaient rares; }ç$ orthodoxes, qui depuis en firent litière, en prirent occasion de dire qu'Épiphane avait été adqré comme un Dieu,
iHdore était fils de Basilide. U quitta les idées de son père pour celles de Valentin, ou plutôt il essaya une correc» tion des unes par les autres, A Texemple de Gerdon, M arpioUi il se prononça de plus en plus contre le judaïsme, et reprit l'antithèse originairement posée par Paul entre Tancieiine et la nouvelle loi, antithèse qui tendait de plu§ en plus à devenir un simple rapport de filiation et de transformation relj. gieuse. Une des singularités de son système est la désignation qu'il faisait du mot bébreu Kantakan ■]]^S"[1(Isaïe, XXVIII, iO), qui, d'après la traduction de» 70, signifie espérance sur çspérance, Ce mot acquit la même célébrité qu'avait obtenu celui à'Abraxçis (HO). Le parti d'Isidore a mérité que Clé* ment d'Alexandrie dit de lui : « Le culte de ces gnostiqucs consiste dans une attention continuelle a leur âme, et en méditations sur la divinité comme étant l'amour inépuisable. Leur science a deux parties : la première s'occupe des choses divinesy la deuxième des choses humaines, p — Par ou le voit l'union intime qui existait dan» leur système entre la théo» logie et la morale, la première étant regardée comme la ihéç-
AS H8 APRtS JÉSUS-CHni§t 9
riâf dont la deuxième était la pratique. Ce n'est point ainsi qu^elles sont ^sodées dans la théologie orthodoxe. Clément d'Alexandrie ajoute, parlant des disciples dUsidore : <c l^ goostlque prie en tout temps, dans toutes les situations et de toutes les manières, parce qu'il sait que s» prière est toujours entendue. »
Piolémée. (Voir & l'an 166,)
Marcus et Colarbasus, (Voir Tan 171.)
Héracléon, (Voir an i72.)
TModoie et ^/^jandr^ furent les derniers qui représenté** rent a Alexandrie avec quelque éclat le système de Valentin, et arrêtèrent la décadence de la secte. Leurs idées , comme celles de Marcus, tendaient fortement au quiétisme, et sous ce rapport elles ont mérité les censures dirénée. -— « Us se nomment, dit-il, les pneumatiques (spirituels], donnant aux autres chrétiens le nom de psychiques (passion* pels). Or, ainsi qu'il est impossible à Thomme, uniquement composé de matière, hylique^ de parvenir au salut; il est impossible aux pneumatiques de se corrompre, quelque mauvaises que soient leurs actions. » Us disparurent tous AU Y* siècle, sous la proscription des empereurs,
148* 1 40* Grande secte des ophiies ou serpentaires. Sous ce nom étrange se c^che une école de théosophes, les plus profonds peut-être de tous les gnostiques, sinon par la valeur intrinsèque de leur système, au moins par leur ten- (lance hautement synthétique et universaljste, On les trouve répandus partout; cependant leur principal foyer paraît ôvoir été rÉgypte,
le caractère le plus saillant des ophites est qu'ils ne ré* pudient aucune doctrine, aucune tradition ; judaïsme, n>agisme, sabéisme, platonisme, hermétisme; ils embrassent tout. Simon le Mage, Apollonius, Marc-Aurèle, se bornaient k prêcher Tidentilé des cultes et la tolérance ; les ophites 6S^ saient une synthèse supérieure, dans laquelle tous se retrouvant conome parties constituantes,
Suivant eux donc, tout est émané d'un principe unique, $tre suprême, immense infini que rentendement conçoit, T. n. 1.
mais que la raison ne saurait comprendre, et que la plupart des hommes ignorent; ils lui donnent, ainsi que Valentin, le nom de Bathos^ analogue à celui d'En-soph que lui donnaient les kabbalistes (76), et qui est a proprement parler V Absolu. Ce Buihos, ils le nommaient encore, à Texemple des zoroastriens, source de lumière et homme primitif, Adam kadmon. L'humanité est toujours au fond des théories gnostiques et théosophiques.
Par une première émanation de son être, Buthos pose sa pensée, Ennoïa^ autrement dite Sigê, le silence. C'est ce que chante l'Église dans la prose pour la Trinité : Pater ah œvo se videns, parem sibi gignit natum, Buthos et Ennoïa conjagués ensemble, uterque sese diligens, dit la prose, engendrent le Pjieuma^ Tesprit, parem producit spnitum.
Pneuma^ neutre en grec, mais féminin en hébreu, autrement dit Sophia^ la sagesse, est la mère des vivants. Elle repose sur le chaos, elle couve, pour parler comme la Genèse, incubabat acquis. C'est de sa vertu qu'émane toute existence ultérieure. Voila le spiritum vivificantem de Nicée (325). L'Église orthodoxe a changé les genres, ou les sexes, de V Ennoïa et de Is, Sophia; c'est une question de pure grammaire, et qui n'est d'aucune signification en théologie.
La trinité fondamentale ainsi posée, il s'agit d'expliquer : l*" la génération des intelligences supérieures et du monde invisible; 2° la création de la matière et de l'humanité; 3" l'origine du mal et toutes ses conséquences. Ici commence une de ces généalogies célestes , qui répugnaient si fort à l'esprit monothéiste de Paul, et que l'Église orthodoxe a, si nous pouvons employer l'expression, escamotée de son mieux, en disant simplement dans sa profession de foi que Dieu le Père tout puissant, est l'auteur de toutes les choses visibles et invisibles : Factorem... visibilium omnium et invisibilium.
Comment la source de lumière a-t-elle produit le mal? Voilà le problème qu'il s'agit de résoudre et qui occupa surtout les ophites. Or, telle était l'idée de pureté que ces théosophes se faisaient de l'Etre divin, que non seulement ils
refusaient de lui faire créer directement ou indirectement la matière, mais qu'ils ne consentaient même pas à le commettre avec elle dans le moindre rapport. Ils supposaient donc les éléments du monde existant de toute éternité; puis entre ces éléments et TÊtre suprême, ils plaçaient une série descendante d'émanations dont les rameaux aboutissaient à la création de la nature, des êtres et de Thomme.
La triade primitive, Buthos^ Ennoîa et Pneuma^ engendre deux êtres de perfection inégale : le premier est Cbristos, le Messie divin, guide et conservateur de tout ce qui est de Dieu, voilà la tétrade; le deuxième est Sophia-Ackamoth, Tâme du monde futur, qui,s'approchant du chaos, engendre le démi-urge, créateur véritable.
Ce démi-urge, per quem omniafacta sunt, est laldabaoth^ c'est-à-dire l'enfant des ténèbres (NlSitJI^D), lequel engendra lax) ou Jéhovahf qui engendra Sabaoth^ qui engendra Adonaî, qui engendra Eloi^ qui engendra Ourcaos^ qui engendra Astaphdios (génies du ciel, de la terre, de l'air, du feu et de Teau), qui tous, sous des noms divers, sont adorés chez différents peuples. Après ces génies, il en vint encore d'autres d'un ordre de moins en moins élevé, décorés des noms génériques Ôl^ anges, archanges^ vertus et puissances, et qui forment la milice céleste, population innombrable du po1y« théisme ; de telle sorte que, selon les ophites, chaque objet particulier de la nature avait son génie, son créateur spécial : c'est ainsi que les dryades présidaient aux arbres, les oréades aux montagnes, les napées aux bosquets, les nymphes aux fontaines, à la mer, etc.
[A refaire tout ce qui suit sur les ophites.]
ladalbaoth crée Thomme. Mais l'homme, animé du principe vivifiant qu'Ialdabaoth tenait lui-même de l'esprit pur, suit son attraction pour la lumière et reproduit bientôt l'image de Dieu, l'homme primitif; laldabaoth devint jaloux de sa créature, et de ses regards d'envie, réfléchis par la matière, naît Satan, aux jambes tortueuses, OpAiomorpAo^ , comme l'égyptien Phiha, ou le grec Hèphaistos, en un mot le génie de la laideur et du mal.
13 CÉSARÏftME KT CHR|ftTï4»I&ME.
Diris ensuite comment OphiomrphQs touroDonto Vhomrn^ et lui défend de manger du fruit 4a Tftrbre do 1a science; comment Sopbia Aehamptb pnvoio un bon génio, kqur U forme d'un serpent, ot^M, pour préserver Adam 4e ce funeste couBeil, etc., etc. Co «erait chose trop longue,,,.,
(Voir h ce sujet Mattkr, qui n'est pas clair du tout.)
[Les prières de lime, au moment où, après avoir quitté le corps, elle s'achemina à travers les «phcres jusqu'au trôpe du Très Haut, sont fort curieuses, ainsi que la d^icriptiop dû sqn voyage ; elles nous semblent inspirées par la mytbûlo* gie ou les purifications égyptiennes,
(Cf. Matter, Hisl. du gnos,, t. II, p. 229.)]
Ce qui est essentiel ici a retenirt a't^st quc les ophiie^, ainsi nommés par dérision du rôle que le serpent OpAi>, tour à tour bon ou mauvais génie, jouait dans le système de leura mythes, sont les vrais représentants de la 3yntbèse religieuse, objet essentiel de la révolution chrétienne. Commo tous les gnostiques, ils ont préparé, la voie à la théologie orthodoxe, qui les a condamnés après les avoir pillés; et plus que tous les autres, ils ont poussé le Christianisme dans cette voie d'absorption et d'imitation qui devait faire de lui, non une synthèse, mais un syncrétisme ridicule des opiniona religieuses qu'il défigurait en s'y substituant.
Une tentative comme celle des ophites prouve surabondamment qu'au temps où ils parurent, il n'existait dans VK-r glise aucune théologie, aucune profession de foi, aucun livre faisant autorité, aucun Évangile reconnu.,. C'est ce que Ift suite de l'histoire achèvera de démontrer, Nous verrons, en effet, que postérieurement à l'époque où l'autorité des quatre fut acceptée dans la majorité des Églises, et surtout après le concile de Nicée, la spéculation théosopbique s'éteint^ et Ton ne dispute plus que sur les questions que les Évangiles n'avaient pas résolues, et qui, alors, furent du ressort, non plus des livres canoniques, mais des conciles et dea papes.
150. Les Huns blancs, essaim de la race turque, arri> vent de la Tartarie et s'établissent dans la Transoxiane, k
re$t d6 U mer Caipienn^ ^t AU sud clu lac Aral, d^ns la con« trée que plusieurs traditions supposent avoir été la première civilisée de Tuniverâ. Alors furent détruits vraisemblableinpnt tous 169 monuments de riûstQiro et dç ta philosopha baetrifipnes^Mf
Commencernept des princes sarrasins h Palmyre.
Religion defi b^irde^ en Ecosse, après la destruction d^s druides par Trenmor, Suivant les barde?, les nuages sont le séjour des âmeç ^près le trépas, Elles coniniandent ànx vents et aux tempêtes et se livrent^ dans leur séjour aérien, 9kn occupations qui ont fait leur bonheur dans la vier
(Coniparez, sUl se peut i la doctrine des bard^^ avçc cell§ des druide^ et d^Odin,)
A8^0« Tolérance d*Antonin pour les chrétiens. -^ U ne Ipur imposait d'autre obligation, comme Trajan pt Adrien, que de ne rien faire contre les lois de r^tat. -^ Il est possible que ce fut lui qui, étant sous le règne de Trajap gouverneur d'Asie, et voyant accourir les chrétiens à son tribunal leur lança ce sarcasme : Misérables } si vonsaves; çiiviç de mourir ^ manquez-vous de cordes et de précipices. Cela est digne d*un Romain, d*un emperour et d'Antonin,
[Malgré la tolérance de Trajan (103), d'Adrien (1?6), les chrétiens avaient toujours quelque affaire ; il leur était, en ejTet, difficile de remplir 1^ condition imposée par Trajan, Adrien, renouyeléo par Aptonin le Pieux et Marc-Aurèle, quand il n'y aurait çu contre eui; que les faits dç société ser crête et d'a^Vf^m^.]
^SoHs un règne eomme celui d'Antonin, il y avait peu d'apparence pour les millénaires que leurs rèves se réali" sassent. Aussi, Tarrivée du Christ fut-elle ajournée à la mort de ce prince, ]Sn attendant, les plus impationts, ceux que les attaques de Marcîon (141) ont ébranlés, jugent utile de se justifier.
Cette année 150, Justin, philosophe converti, présente sa première apologie,
[Justin est un de ces nombreux chrétiens des premiers siècles, dont on explique aujourd'hui les idées npn ortho-
doxes en disant qu'ils^ étaient 'peu éclairés ou mal convertis,]
Il prouve, ce que les empereurs n'ignoraient certainement pas, que si les chrétiens se tenaient a Técart de la religion officielle, et même de tout culte formel ou extérieur, ils n'étaient pas pour cela des impies, des gens sans foi ni loi; qu'athées a l'égard du polythéisme, ils ne l'étaient point relativement à un être suprême. Il explique ensuite le royaume des chrétiens dans le même sens que Jésus, ce qui est une dissimulation ou une négation du millénarisme. Sa théorie du Verbe, premier-né de Dieu, qui s'est manifesté à Moïse, Abraham, n'est pas différente de celle de la plupart des gnostiques, mais fort peu d'accord avec celle du quatrième Évangile, qu'il n'a évidemment pas connu, et encore moins avec celle de Nicée, où le fils de Dieu n'est plus premier, mais unique. <( Quiconque suit la droite raison, dit Justin, est chrétien. » Maxjme fort large qui fait dire à Justin que, même avant Jésus, il y avait des chrétiens, par exemple So« crate; mais maxime qui ruine la spécialité de la mission évangélique par la base, ainsi que nous l'avons prouvé (56).
151. jépellès. — Vn des disciples de Marcion (141), chassé par son maître pour un péché d'incontinence, finit par conclure « qu'il faut s'abstenir de tout examen de la religion ; que chacun doit demeurer ferme dans la croyance qu'il a embrassée, et que l'essentiel est de pratiquer les bonnes œuvres ». Ce qui nous ramène, en désespoir de doctrine, au point de départ de Jésus et des premiers apôtres. Apellès disait que le mauvais principe est né du bon ; il pouvait ajouter, et réciproquement.
Il conduisait avec lui une prophétesse nommée Philomène, chérie, ce qui était de mode, depuis Simon le Mage (20, 171, 172).
15d-153. Les chrétiens placent vers ce temps le martyre de Félicité et de ses sept fils, répétition de celui de Symphorose (126), et, comme celui-ci, contrefaçon de celui de la mère des Macchabées.