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Sectes des séthiens et caïnites : deux brai

ches opposées des ophites. — Les premiers, loin de rejeter les codes hébreux, y trouvaient, au contraire, exposées en apologues, toutes les sublimités de la gnose; à ce compte, ils tendaient a repousser Tuniversalisme de Simon le Mage et des ophites et à accepter la succession du judaïsme. Ahel etSeth représentaient, selon eux, la génération des spirituels ou pneumatiques ; de même que Gain, la race des matériels ou hyliques. Jésus, selon eux, s'était incarné pour la première fois en Seth, d'où le nom de séthiens qui leur fut donné.

Les caïnites, en revanche, prétendaient que tous les personnages maudits de la Bible, tels que Gain, Gham, Ésaii, les Sodomites, etc., étaient des pneumatiques calomniés et persécutés pour leur opposition au culte de Jéhovah, génie inférieur et malfaisant (149). Par une conséquence de cette réprobation, ils soutenaient que les apôtres et leurs écrits avaient été tous entachés de judaïsme et réhabilitaient Judas Iscarioth, le seul pneumatique, selon eux, de tous les apôtres. Judas, disaient-ils, savait que Tempire de laldabaoth serait détruit par la mort de Jésus , et c'est pour cela qu'il le livra!... En conséquence, ils rejetaient toutes les Ecritures a eux connues et n'admettaient qu'un Évangile, celui de Judas ; du reste, les meilleurs chrétiens du monde.

155. L'orthodoxie consiste à garder ici un juste milieu; c'était naturel. Dès lors qu'on assignait un rôle provisoire au judaïsme, on ne pouvait le condamner d'une manière absolue comme les caïnites, les ophites, les marcionites, etc.,etc.^ ni Taffirmer comme les nazaréens, séthiens et ébionites.

Au reste, à cette époque, l'orthodoxie est nulle. La/oi a la plus grande latitude.

156-157. Dialogue de Justin avec Tryphon le Juif. — L'Église nazaréenne de Pella était revenue au giron de l'orthodoxie depuis une vingtaine d'années. — Question posée alors : Si un chrétien judaïsantpeut être sauvé? — C'est l'opinion de Justin ; mais il avoue que beaucoup parmi les orthodoxes le niaient; c'est cette dernière opinion qui a prévalu. — Excommunication pour excommunication.

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<5?8» Orap^e dispute dapa vÉglise, h proposée lacélér bration de la pâque. Polycarpe, évoque de Smyme, W rend à Rome tout exprès pour conférer de cotte affaire avec }â pape Apicett U 3'agis^ait de savoir 3i la pâque devait étr9 célébrée parles chrétiens le même jour que les juifs, 14* da la lune de mars, ou bien le dimanche suivant. Cette question » qui semble aujourd'hui ridicule, touchait alors a Tefiseutia* lité même du Christianisme,

Le Christianisme romprait-il avec le judaïsme, comme le

voulaient par exemple Marcion et les caïnistes (141, i55)t OU bien se porterait-U son héritier, comme Iç proposaient depuis 71 les auteurs des épîtres aux Hébreux, de Barnabe, les séthîens çt autres? Quand on se reporte au temps, et qu'on songe a ce qu'étaient toutes ces sectes, on n'est plus surpria du vacarme effroyable qui s'éleva a celte occasion. Ici le fait ne laissait aucune ressource aux restrictions i rieo qu'a la. manière de célébrer la pâque, vous étie? jugé orthodoxe ou hérétique : pas moyen d'échapper, Mais la question était encore trop brûlante : la snccçssjpn du judaïsme fut accepté^ sous bénéfice d'inventaire; Anicet et Polycarpe convinrent que chacun suivrait sa coutume; la question ne fut tranchée que trente-six ans plus tard, en t94.

— Hégésippe, historien, H écrivit en cinq livres Thistoire ecclésiastique, depuis la passion jusqu'à son temps, C'était un recueil sincère des traditions apQrioliqm^, d'un style simple, Il reconnuti dit-il» dans le fragment unique con" serve par Busèbe, que l'Église de Corinthe n'avait rien ajouté ni changé ^ l'Évangile de Paul (58); qu'il avait fait la même remarque dans toutes les Égalises fondées par les apôtres, en sorte que ces Églises tenaient toutes sans modl" fication aucune, depuis la mort des apôtres, soit environ quatre-vingt-dix ans, la môme doctrine et les mêraea maximes. ■— L'ouvrage d'Hégésippe a été détruit comme ceux de Papias (120), de ûuadratus (125) et plusieurs autres. Les orthodoxes ont conclu ensuite de ce passage d'Bégésippe, conçu en termes généraux* que, depuisles apOtres, les Églises avaient eu la même foi que oeUe pour laquelle combattirent

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les If^née, les Tertullien, les Athanase, et qui se formula, tant bien que mal, au concile de Niçée; tandis qu'il en résulte simplement, ce que toute l'histoire démontre, que jusqu'à l'époque où parurent les grandes école? gnostiques, les Églises, jalousement protégées par leur$ évéques pontre l'Invasion des idées nouvelles, s'en tenaient au formulaire de Paul, Pierre, Jacques, Jean, sans plus ample informé, san^ explication ni commentaire,

p'n deux roots, au temps où écrivait Hégésippe. il n'y avait rien de décidé ni de reçu dans TÉglise sur iQ» questions qui occupaient l^s gnostîque^, et qui devaient nn jour former le fonds d^ la théologie c^rétienno ; cos questions étaient même traitées de nouveautés et prndenint^ent écartées G^mroe vaims et dangçreuge^,

<BB. Lucanus, disciple) à ce qu'on croit de Mareion, #n« sdigne qu'il ne faut pa> sq marier et faire des enfants, da paur d'aognientar U royaume du Créateur, qui n'était autre, iiloo lui et les opbites (I49j, que le père de Satan et de la matière. Un ISvangile de ce temp9< attribua I PhiUppei apôtre, mit dant» la bouche d'une âme défunte cette prière à rÉire suprême, différent d'ialdabaothi le Créateurs « Je me luis moir^mime reconnue dans mon être; je me suis recueil* lie d» tous les eôtés; je n'ai point donné d'enfants au domi-* nataur des n^ondes; mais j'ai extrait sa racine et j*an ai re** cueilli las membres 6pars« Jfe sais qui tu es, car je tiens mon origine d*en haut, n

160. Des disputes s'élèvent entre païens et chrétiens sur la prééminence de Pythagore, Apollonius de Tyane et Jésus. Elles duraient encore au iv» siècle, du temps d'Augustin. Les chrétiens se tirent d'affaire en disant qu^ApoUonlus était possédé du démon.

i61» Mort d'Antonin le Pieux. Son successeur est Marc- Aurèle, qui se prétendait descendant de Numa, avec Luoius Yérus, son gendre, pour coadjuteur. Ils règnçnt ensemble sans partager Teropire, ni même sans séparer leurs rési* dences,

[A son avènement, il paye aux prétoriens, vicena H. 5., ou 3,600 livres (7,000 fr. environ par homme).]

[A l'âge de douze ans, Marc-Aurèle embrasse la philosophie stoïcienne.]

Le Césarisme, en la personne du nouveau titulaire, se pose de plus en plus en réformateur, mais réformateur tradilionniste, éclectique, tempérant, prudent, conservateur et honnête; réformateur, c'est-à-dire plus fait pour glacer les courages que pour les porter avec enthousiasme vers les régions de Tavenir.

Marc-Aurèle ne reconnaît, comme les chrétiens et les philosophes, qu'un Dieu unique, éternel, souverain arbitre et créateur de Tunivers, et dont Tâme de l'homme est une émanation. Cela ne Tempècbe point, dans son langage officiel, de parler à chaque instant des dieux, d'en soutenir le culte, d'en protéger les mystères, d'honorer les Césars défunts, et de recevoir lui-même, dieu présent, Tencens du soldat Pouvait-il autrement? — Du principe de Tunité de Dieu et de l'origine de Tâme, Marc-Aurèle déduit, comme conséquence, la fraternité des hommes, l'amour du procbain et la souveraineté de la conscience. Malgré cette belle doctrine, il maintient, affermit, consolide les vieilles institutions qui la détruisent, la conquête romaine, le Césarisme, la servitude, les sacrifices humains offerts chaque jour à cette affreuse idole, le peuple. Ëtait-il maître d'agir autrement? — Marc-Aurèle conclut en recommandant aux hommes la tempérance, le mépris de la célébrité et de la vie, la fuite de la cour et des princes, l'empire sur les passions, le dédain de l'opinion, la recherche de l'obscurité, de la médiocrité, du repos. Lui-même, on l'avait vu, à Rome et en Grèce, donner des leçons publiques de philosophie, comme on le vit, pendant huit hivers, sur les bords du Danube, braver la rigueur des frimas pannoniens. Mais qu'étaient cette constance stoïque et cette morale vraiment impériale, là oi!i il eût fallu attaquer la corruption dans sa racine, c'est-à-dire dans l'abus de la propriété, dans l'horreur du travail et le parasitisme du peuple-roi? Marc-Aurèle se plaisait à louer Gas-

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sius et Brutus: on Ta traité d'hypocrite; nous croyons qu'il était sincère. Pouvait-il rétablir ce patriciat avare, rendre aux nations désaccoutumées de la vie politique ]a dispo;$ition d'elles-mêmes, démembrer l'empire en restaurant les vieilles aristocraties, ramener, en un mot, les choses au point où elles étaient trois cents ans auparavant?...

Ou bien, reprenant en sous-œuvre la mission desÂpollonius, des Simon, des Jésus, achever cette révolution chrétienne déjà dévoyée et qui ne se connaît presque plus? Non, non, Marc-Aurèle fut le Jérémie des Césars; l'espèce humaine est entrée dans une période de malheurs, d'hypocrisie et de crimes. Apprenez, ô nations, à souffrir; et vous, hommes, apprenez à mépriser et la vie et la mort, et la richesse et la misère : vous en aurez besoin. C'est en vain que Julien, venu bien plus tard (361), essaiera de réaliser une généreuse utopie; il n'aboutira qu'à se rendre ridicule et à se faire infliger le nom odieux de rétrograde, d'aposlatl...

[Rapprocher les idées de Marc-Aurèle de celles d'Adrien (126).]

— A la mort d'Antonin le Pieux un mouvement a lieu sur toute la frontière. Les Lombards sont d'abord rejelés au delà du Danube ; l'antagonisme entre les races teutoniques et gréco-latines, un instant suspendu, reprend son cours.

lOS. La guerre recommence aussi avec les Parthes, qui ont chassé le roi d'Arménie; avec les Cattes et la Grande- Bretagne. Inconvénient du gouvernement personnel; chaque nouvel empereur est obligé de donner sa mesure à l'ennemi. — Lucîus Vérus est envoyé en Orient; il a pour lieutenant Âvidius Gassius.

Une colonie de Goths descend de la Suède et veut s'établir en Germanie.

Apulée publie son Jne d'or. Curieux de magie, et cédant aux tendances mystiques des philosophes de son temps (101), il s'était fait initier à tous les mystères, instruire dans toutes les religions, sans oublier celles des chrétiens et des juifs. 11 avait espéré trouver dans ces sanctuaires et les livres des

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théosophes des connaissances extraordinaires, obtenir des révélations, voir ou faire dc« prodiges; quelle fut sa concluslonf que tout était vanité, et rien que vanité! Il se compa^ rait lui-même h, Gireé, que les poètes faisaient Aile de la Persuasion; sa grftce, sa bonne mine, son éloquence, son esprit insinuant lui gagnaient les cœurs; et c^est en cel^, 4isait-il, que consistait sa magie 1...

i03. Le roi des Parthes, Vologèse, marche h la rencontre de Vérus; celui-ci parvient a le refouler et rétablit Sohèmp sur le trône d*Arménie.

ÉA\i de persécution contre les chrétiens ; c'est le quatriônie. (Cf. 103, 93 et 66.)

104. Galien applique la philosophie pérlpatétlque k la médecine, et prétend expliquer celle-ci au moyen des éléments, des qualités cardinales et des humeurs. — Quidf

105. Les Parthes vaincus demandent la paix. Celte paix, toujours violée et toujours accordée après chaque violation et chaque défaite, met h nu le désavantage de l'empire, qui, ne pouvant franchir ses limites, se donner des provincea qu'il faudrait enrichir et régir a grands frais, est forcé d'accorder la paix aux barbares toutes les fols qu'il ne leur convient pas de se battre. Maintes fois Içs en^pereurs, suivant Tancienne politique, ont essayé de créer en Arménie, et chez les Parthes eux-mêmes, une royauté amie qui pftt leur servir de rempart; ce système n'a pu aboutir. La nature du Parthe est Tindiscipline, son but le pillage; tout prince (Juî ne donne point satisfaction h ce double instinct est pour lui un usurpateur indigne; il le détrône et s'en donne un qui le conduise au butin. L'ancien royaume de Syrie, avec les Séleucides, lui avait dû en partie sa ruine ; les Césars, occupés d'ailleurs, ne pourront pas plus. A force de traités violés et de victoires inutiles, il faut que Rome succombe ; c'est ce que savent les Germains aussi bien que les Parthes.

Ligue des Marcomans et autres peuples de la Germanie contre les Romains.

105. Mort de Pérégrinus Protéits,^CéidL\i un cynique, couvert de crimes, qui, après avoir longtemps trompé les

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chrétiens, vécu de leurs dons et obtenu les gradei ib« plus éminents dans TËglise, finit par être convaincu d'imposture ; se fit chasser d*itaiie, et, pouf finir d'une manière extraordinaire, se brûla lui-même tout vivant, en présence de Grecs réunis aux jeux olympiques. Lucien a fait de Pérégribus le sujet d'un dialogue contre les chrétiens. Il eût dû, pour être juste, en composer un autre sur le cynique Grescenti pro* tégé de l'empereur Marc-Àurèle, et dont la philosophie consistait, comme celle de Pérégrinus, k tromper les gens d« bieni amasser de Targent et se livrer à toutes les espèces d^amours. L'existence de ces personnages impurs, st ils n'étaient point rares, décèle le désarroi des intelligences et des consciences à cette belle époque des Antoninsi et justifie les efforts des gnosti^ues pour asseoir enfia la morale sur une base solide et rationnelle.

iOO. Triomphe des deux empereurs Marc-4urèle et Yérus. L^empereur envoie des ambassadeurs au souverain de la Chine, Han-Honou-ti, et fait avec lui un traité pour le commerce des soiesi 11 part ensuite pour aller combattre les Mar** comans et les Quadesl La peste désole l'empire.

i66f École de Pioiémée» Elle florissaitk Alexandrie vers cette année; elle cherchait un certain tempérament ou juste milieu entre les diverses éeolea gnostiqueSf s'écartant a la fois, et de ceux qui proêcrivaient les monuments judaïques, et de ceux qui leur accordaient une autorité excessive, et s'efforgant de maintenir la gnose dans les termes d'une sage théorie.

Ptôlémée surtout protestait contre l'intention de faire seete et du désir de garder la oommunioii universelle : il affirmait que ses croyances étaient de tradition apostolique; qu'elles lui avaient été transmises par une suooession d^erganes res^ pectables ; il les jugeait d'ailleurs sur les paroles mêmes de Jésus, conservées par la tradition» «-> Un homme aussi pm»dent que Plolémée, aussi désireux de garder Vorihodosn$f aussi soigneux de mettre se» opinion» d'accord avee l'enseignement vulgaire et lés traditions apostoliques, se fût^l exprimé de la sorte, s'il avait eu en main les quatre Évan-

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giles, OU s'il leur avait accordé rimporlance qu'ils ont acquise par après?

Le système de Ptolémée est exposé dans une lettre adressée à une dame romaine, nommée Flora, qu'il appelle : ASeX^T) {Aot xaXT) cpX(i>pa.

A côté de l'école de Ptolémée paraît la figure méphistophélique de Lucien, auteur de Dialogues où il siffle les dieux et les hommes et tourne en ridicule toutes les religions. Un mot de lui prouve combien le dogme de l'immortalité de l'âme, tel que l'entendaient les chrétiens, était encore nouveau et scandalisait le polythéisme : « Ces misérables ^ dit-il, se persuadent quHls sont immortels. » Toute l'antiquité polythéiste réservait aux dieux, en efifet, à l'exclusion des hommes, le privilège de l'immortalité. C'est par lèi que les poètes les distinguent les uns des autres : aOavaTot, et Svtjtoi, les immortels, les mortels.

[« Pendant tout son règne, dit Gibbon, Marc-Aurèle méprisa les chrétiens comme philosophe et les punit comme souverain. » Comme philosophe et comme souverain, Marc-Aurèle avait droit de faire l'un et l'autre : devant l'histoire, c'est autre chose.]

— 2* apologie et martyre de Justin. —Ce qu'il y a de plus triste sur cette mort, c'est qu'elle fut très probablement causée par les dénonciations acharnées du cynique Crescent (165), qui semble s'être fait l'adversaire de Justin. Dans cette apologie, Justin venge les mœurs des chrétiens des calomnies qui avaient cours parmi les païens; mais ni dans ce second écrit pas plus que dans le premier (150), ni dans son Dialogue avec Tryphon sur la religion chrétienne, on ne trouve la moindre mention des quatre Évangiles^ bien qu'il s'y trouve de nombreux passages, dont on trouve les analogues dans les livres actuellement regardés comme canoniques et que l'auteur ait eu mainte occasion de les citer.

[Justin cite sur la divinité de Jésus-Christ les Psaumes et le livre de V Ancien Testament ^ mais pas les Évangiles.— Cependant il insiste sur l'autorité de V Apocalypse.]

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