PARTIE ÉGALE LB TOUT
Même avec la compénétrafion mutuelle des personnes di-
^ vines, la distinction subsiste ; et Ton n'a rien avancé par ce
système. Chacun des trois dieux n'a pas la totalité de l'idée
divine, n'est point dieu; aucun n'est dieu, il n'y a que le
tout qui soit dieu.
IVIcée. Intérêt positif de TÉglise orthodoxe et problème à résoudre. L'intérêt positif éiSLÎi d'affirmer le Christ comme Dieu. Cet intérêt avait été compris de bonne heure, dès le temps même des apôtres, mais non point cependant par eux* Le problème était d'accorder cette divinité du Christ avec le principe monothéisme abstrait qui faisait Tessence du Christianisme.
De là, les essais successifs de conciliation, indépendamment des protestations.
D'abord , on distingue de Jésus le Christos spirituel ; puis on les IDENTIFIE. Mais soit qu'on identifie ou qu'on distingue 1« Christos et la personne de Jésus, reste a savoir si ce Christos, incarné ou non , est adéquat au Père, et en quelle mesure il est Dieu.
De là les théories gnostiques, qui le font Eon, premier des génies, participant du Père, mais non son égal, etc., etc. De là, Sabellius : — plus orthodoxe qu'on ne croit. Enfin , la Triade^ qui, faisant la prolatio ou génération du Père, éternelle , affirme en conséquence l'égalité, — et en même temps l'unité.
Pour entendre la triade, il faut considérer les facultés du Père comme réalisées ; ainsi, dans l'homme vivant, trois apparaux : — le cerveau, ou système nerveux, appareil nerveux ; — le cœur, appareil circulatoire ; — Yestomac^ etc., appareil de digestion et sécrétion. — Trois et un : on peut successivement ramener tout le système a chacun. Sabellius dit: le cerveau, c'est l'être pensant; l'estomac, c'est l'être mangeant, etc.
Donc, le Christos, ou Logos , c'est Dieu sauvant , et ajoute le concile, c'est plus qu'une abstention, c'est un organe, et plus qu'un organe, une personne!...
[Dans ce système, la partie n'est pas adéquate au tout; (sic) les chrétiens disaient fort bien que le Père n'avait pas souffert, mais le Logos seul.]
Telle fut la solution !
Or, on peut multiplier les aspects et conséquemment les hypostases ; nous sommes en plein polythéisme. — C'est de l'idolâtrie.
La solution adoptée par Nicée donnait une entorse au vieux Christianisme.
i" Les chrétiens longtemps accusés d'athéisme, h. cause de leur monothéisme abstrait;
2' Pas d'images dans leurs temples ; donc pas de Dieu-Christ. — (Les images seront une conséquence de la foi de Nicée.)
3" C'est par la foi au dieu suprême que Constantin avait été entraîné.
DU CONCILE DE NlCÉE AU CONCILE DE CONSTANTlNOPLE
(325 à 381). — L'ARIANISME
— Quelle fut la légitimité ^ l'utilité sociale et historique du dogme de Nicée?
Nous avons vu, art. Jésus (28,29), quelle avait été la légitimité politique, économique, sociale, morale, religieuse, de sa mission. Sous les quatre premiers points de vue, la liberléj civile et politique des individus et des peuples; la réfofme dans les conditions du travail ; la création sur ces bases d'une société nouvelle; la vulgarisation d'une morale supérieure^ ou la transmission de l'humanité de l'état passionnel (psychique) à rétat moral (pneumatique) se justifient d'eux-mêmes;
Le côté religieux de l'Évangile de Jésus se justifie et se légitime également bien :
Il conserve l'unité de Dieu, expression symbolique de la Raison universelle, de la conscience humaine, de l'unité dé la création et de la fraternité sociale.
Il proclame et vulgarise Timmortalité de Tâme, expression symbolique de la loi de progrès, à Tinfini, de la puissance indestructible de perfectibilité qui est dans le genre humain.
Le désir de pénétrer ce double symbole légitime les effets de la gnose.
Mais quand TÉglise, à Nicée, vient affirmer dogmatiquement la trinité divine, Tidentité du messie divin et de Thomme Jésus et la divinité de ce messie fait homme, à quel besoin répond-elle? à quelle loi de Tesprit humain? à quelle nécessité de TÉvangile?...
Dans notre opinion, bien arrêtée, appuyée sur l'analyse du dogme et les faits historiques, TÉglise n'a fait à Nicée, qu'une œuvre de précipitation, un acte de pure politique, commandé par le besoin de la situation, mais nullement légitimé, ni amené en soi, par le développement naturel du Christianisme.
Le Christianisme de Jésus et des apôtres affirmait Dieu et Yimmorialiié de Vâme,
Il ne connaissait ni le Logos ni la Triade. Son Pneuma n'était pas celui des gnostiques ni des trinitaires.
Il fallait s'en tenir à ce double dogme, qui suffisait; laisser la controverse libre, y encourager philosophiquement, la suivre, la résumer de temps en temps ; la traiter en un mot, comme Apollonius et Simon traitaient les philosophes et les cultes, qu ils regardaient comme des expressions diverses de la même vérité.
Par cette conduite, l'Église se réservait le bénéfice entier des spéculations et des controverses ; elle posait le dogme, comme solution à obtenir, non comme révélation positive et
faite; elle répondait dignement à l'attente du monde Cette
conduite avait-elle rien d'exorbitant?
Depuis sept siècles, la philosophie avait propagé le dogme d'un Dieu unique; des peuples entiers la professaient, et la multiplication polythéiste elle-même y ramenait.
Sur les hypostases divines, elle n'avait qu'à constater l'état des études et dire simplement : Dieu crée le monde^ gouverne la nature^ inspire et protège l'humanité^ par ses
émanations (éons, esprits, vertus, puissances, etc.). Téméraire serait celui qui voudrait limiter ou dénombrer les attributs de rinfini.
Sur la messianité de Jésus, elle n'avait qu'à s'en tenir k la foi apostolique, que Jésus avait été le dernier et le plus grand des prophètes, inspiré de Dieu, rempli de son verbe, de son esprit, de sa charité, de sa grâce, etc.
Ce que Mahomet sut dire, trois siècles plus tard, avec tant de grandeur et de simplicité, sans anéantir nullement la spéculation religieuse, théosophique et morale : Dieu est Dieu, et Mahomet est son prophète, l'Église rassemblée à Nicée ne le pouvait-elle dire de Jésus, comme le voulait et le demandait Arius?...
L'Église, judaïsée, fanatique, ambitieuse, pleine d'orgueil et d'intolérance, ne sut ni comprendre sa position, ni se poser dans la hauteur et la largeur de la révolution qu'elle dirigeait. Elle ne songea qu'à excommunier ceux qui lui déplaisaient; elle voulut trancher sur des fictions qu'elle prétendit donner pour des réalitées transcendantales, tandis que le progrès philosophique devait finir par n'y trouver que de pures catégories, des abstractions!
Le concile a donc décrété une profession de foi, qui restera comme le monument de son intolérance, de son incapacité, de son illogisme, de son méchant vouloir, de son détestable esprit, et, ce qui est pis : le monument de ses transactions perpétuelles et lâches au Césarisme et à l'idolâtrie.
Les ariens avaient raison de dire que le dogme de Nicée était emprunté aux valentiniens et marcionites; mais ils pouvaient ajouter que les Pères de Nicée avaient défiguré en vrais ignorants les idées d'hommes de génie.
Les premiers mots de ce symbole, mTcxeoD, j'ai foi, sont la négation même de l'esprit philosophique et du droit d'examen. — Aussi l'ensemble n'est qu'un syncrétisme ridicule et incohérent, irrationnel, des propositions de la gnose.