SCENE V
Par des soins assidus mon ardeur s'annonça. Pour un cœur amoureux est-il rien de pénible ? A mon zèle bientôt mon amant fut sensible. J'en obtins ces égards, ces marques de bonté ^ Si dignes de flatter ma sensibilité ; Mon amour, en un mot, alla jusqu'à l'ivresse ; Mais si j'eus ses transports , j'eus sa délicatesse. Ardent jusqu'au délire , et jamais indiscret , Il fut couvert toujours du voile du respect. D'un regard mon amant faisait%ma destinée.
ROSÉIDE. le serrant dans fes bris.
Et. cet amant enfin ne t'a pas devinée? Au-devant de ton cœur le sien ne volait pas ?
VALÈRE
Quelquefois l'amitié me pressait dans ses bras. Jugez de mes transports.... de ma douleur amère. Je. brûlais de parler, je craignais sa colère. Par mes pleurs quelquefois j'espérais l'attendrir. Mon cœur par cet espoir se laissait éblouir ; Mais mon ame bientôt, à ses craintes livrée. Ne sentait que le trait dont elle est déchirée.
ROSJÊIBE.
£h ! pourquoi persister à cacher ton ardeur ? A ton heureux amant que n'ouvrais-tu ton cœur ?
VALÈRE
Je vous l'ai déjà dit , je craignais sa colère. Le devoir l'enchaînait par une loi sévère. Victime d'un hymen qui consumait ses jours, • Devais^je de mes feux empoisonner leur cours ? Fidèle à ses sermens , il m'aurait abhorrée.
se 4 IL FAUT CROIRE A SA FEMME.
< ROSEIDE.
Ah! s'il t'avait connue, il t'aurait adorée.
VALÈRE
Madame.... le devoir....
ROSEIDE.
Ah! Finette, l'amoi^r....
VALÈRE
Sans doute le mépris....
ROSlélDE.
Sans doute le retour Eût versé sur ta vie une ivresse constante. L'amant vaincu tombait dans les bras de l'amante.. ^
Rends- toi justice enf^n, peut-on te résister?
VALÈRE
Amour, d'un vain espoir voudrais-tu me flatter? J'obéis à ta voix.... Connaissez-moi , madame. Je vous trompais, c'est vous dont la beauté m'enflamme; Vous voyez un amant tremblant à vos gçnoux.
ROSEIDE.
(Avec transport) (Avec effroi.)
Qu entends-je ? tu serais... Monsieur, relevez-vous. Je suis faible un instant; mais c'est pour ne plus l'être. Vous surprenez mon cœur , vous allez le connaître.
VALÈRE
L'amour , vous le pensez , ne peut être un forfait. Lui-même , Roséide , a dicté cet arrêt. Sur les pas du plaisir que ce dieu nous entraîne. Tu m'aimes , je le vois : ose briser ta chaîne. Dans les brasid'un amant,...